Ryanair-Brussels Airlines: qui gagnera la guerre du ciel?

La guerre du ciel entre Ryanair et Brussels Airlines décryptée par un consultant.

Vincent Slits
Ryanair-Brussels Airlines: qui gagnera la guerre du ciel?
©BELGA/Reporters

À ma gauche : Ryanair, champion du monde du low-cost. A ma droite : Brussels Airlines, premier client de Brussels Airport. Entre les deux, cela va cogner dur et la bataille du ciel va être impitoyable dans les mois qui viennent. Après l’annonce, il y a quelques semaines, de l’arrivée de la compagnie irlandaise sur le tarmac de Zaventem, Brussels Airlines a répliqué la semaine dernière (lire notre édition du 31 janvier) en dévoilant un plan de développement sur l’Europe - avec 11 nouvelles lignes -, de nouveaux services et l’intention d’en découdre avec Ryanair sur le plan des tarifs.

Une concurrence frontale, on vous le dit. Qui sortira vainqueur ? André Clodong, spécialiste des questions aéronautiques, se montre relativement sceptique sur les choix opérés par la compagnie belge : "La réponse de Brussels Airlines est brave, voire bravache mais je trouve qu’elle manque de réalisme. Etant donné le rapport de force, la meilleure stratégie pour Brussels Airlines n’est pas d’affronter Ryanair sur son propre terrain, celui des bas tarifs."

Deux modèles différents

Pour le consultant, le grand problème de Brussels Airlines est le fait que ses coûts d’exploitation sont nettement plus élevés que ceux de son concurrent irlandais. "Ce sont deux modèles différents", explique-t-il. Et d’appuyer sa démonstration par quelques chiffres. D’un côté, il y a Brussels Airlines avec une flotte à terme de 46 appareils, une flotte diversifiée (Avro, Airbus 319, A320) et avec des avions de moindre capacité (132 places l’A 319) que ceux de son concurrent. De l’autre, chez Ryanair, la flotte est nettement plus imposante et homogène avec 300 appareils (des Boeing 737-800 de 189 sièges) et 175 supplémentaires à terme, ce qui permet évidemment d’importantes économies d’échelle. "Chez Ryanair, le taux de remplissage moyen des avions sur l’ensemble de la flotte est de l’ordre de 80 %, ce qui signifie qu’un siège sur cinq n’a pas été vendu. Chez Brussels Airlines, la proportion, en moyenne toujours, monte à quatre sièges sur dix", poursuit notre interlocuteur. Autre comparaison : le rendement par employé. Chez Brussels Airlines, il faut compter, selon le consultant, 80 employés pour un avion, un chiffre qui descend à 30 chez Ryanair. Une différence qui s’explique par le fait que Ryanair sous-traite un certain nombre d’opérations, ce qui n’est pas le cas de son concurrent belge. Mais pour André Clodong, une autre statistique illustre la puissance de feu de Ryanair : "Ryanair emploie 9 000 personnes. Chaque année, chaque membre de son personnel ‘produit’ 10 000 passagers, ce qui est probablement un record mondial en termes de productivité qui permet à Ryanair de proposer des tarifs très bas, tout en gagnant de l’argent et en rémunérant ses actionnaires."

"Stratégie suicidaire"

Pour le spécialiste, "vouloir affronter Ryanair sur des destinations de tourisme où le prix est prépondérant pour le passager, c’est suicidaire de la part de Brussels Airlines car la structure de coûts ne lui permettra pas de tenir le choc ou de proposer à ses clients des tarifs aussi bas que ceux de Ryanair. Le trafic aérien intra-européen, c’est surtout aujourd’hui du low cost. C’est un phénomène irréversible." D’autant que Ryanair disposerait de liquidités abondantes - on parle de 3,5 milliards d’euros - lui permettant de supporter une guerre tarifaire, d’augmenter rapidement les capacités sur certaines lignes ou au contraire de les réduire, selon les besoins.

Le combat est-il donc perdu d’avance pour la compagnie belge ? Non mais à condition, selon notre spécialiste, de réduire ses coûts d’exploitation, de se focaliser sur des niches - en clair des routes non couvertes par Ryanair - d’optimiser les synergies au sein du réseau Star Alliance et de viser de manière prioritaire une clientèle "affaires", prête à payer davantage pour plus de confort, de flexibilité et de service à bord. "De la réservation à la livraison des bagages, il faut que le produit Brussels Airlines soit supérieur, en termes de service, à celui de Ryanair. Le client de Brussels Airlines doit se sentir bien au chaud, ce que Ryanair n’est probablement pas prêt à faire", ajoute encore André Clodong. Même s’il note que Ryanair a l’intention de proposer à partir de mai un nouveau produit "business".

Une chose semble en tout cas évidente : le passager sera le grand gagnant de cette guerre du ciel… 

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