Dans les pas de Bill Gates

Après avoir raté la révolution mobile, Microsoft cherche à rattraper son retard. Satya Nadella doit lui montrer le chemin. Portrait.

Dans les pas de Bill Gates
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Stéphanie Fontenoy

Naissance de Satya Nadella en 1967 à Hyderabad, en Inde. 1992 : il entre chez Microsoft, après un passage chez Sun Microsytems. En 2001, il est responsable du développement de logiciels pour petites et moyennes compagnies. En 2007, il est chargé du volet technique de Bing, le moteur de recherche de Microsoft. En 2011, Satya Nadella chapeaute la division serveurs et informatique délocalisée. 4 février 2013 : il est nommé PDG de Microsoft.Portrait Stéphanie Fontenoy Correspondante à New York

En 2011, le dessinateur français Manu Cornet croquait l’organisation du travail dans de grandes sociétés de high-tech comme Amazon, Google, Apple ou encore Microsoft. Cette dernière était représentée par plusieurs pyramides correspondant à ses divisions, se braquant mutuellement à l’aide d’un pistolet. Cette caricature résumait les défis de la compagnie fondée par Bill Gates en 1975, devenue trop éparpillée. Après une période de transition, Microsoft a annoncé le 4 février la nomination d’un jeune vétéran de l’entreprise, Satya Nadella, au poste de nouveau PDG - le troisième seulement depuis sa création - en remplacement de Steve Ballmer, qui avait donné sa démission en août dernier après 14 ans à ce poste. "Pour aller de l’avant, nous devons évoluer de multiples Microsoft à un seul Microsoft", soulignait M. Ballmer avant son départ.

A 46 ans, dont 22 passés chez l’inventeur de Windows, Satya Nadella, ingénieur et informaticien d’origine indienne, serait plus proche de la vision de Bill Gates que son prédécesseur. Entré dans la maison en 1992, Satya Nadella a grandi avec le géant du logiciel. Cette expérience interne et sa bonne connaissance de l’histoire et de la culture de l’entreprise ont joué dans sa promotion au sommet de la hiérarchie. Le fondateur de Microsoft a d’ailleurs déclaré que M. Nadella l’avait personnellement encouragé à abandonner son rôle de président du conseil d’administration pour le rejoindre dans l’arène, face à ses très encombrants concurrents, Apple et Google. Bill Gates reprend donc du service aux côtés du nouveau PDG, en qualité de "conseiller technologique" et consacrera un tiers de son temps à l’entreprise, en aidant Nadella dans la définition de technologies et de produits.

La tâche de repositionner ce poids lourd sur un marché de l’informatique de plus en plus diversifié et concurrentiel ne sera pas chose facile. La société de Seattle, trop longtemps attachée aux ordinateurs PC, à la vente de Windows et de ses logiciels de bureautique, a largement raté la révolution du mobile survenue grâce aux tablettes et aux smartphones. La mission de corriger le tir revient donc à cet habitué de Microsoft, que l’on dit posé, à l’écoute de ses équipes et non dénué de sens des affaires.

Originaire d’Hyderabad, dans le sud de l’Inde, M. Nadella obtient son diplôme d’ingénieur en électricité dans son pays natal, avant d’émigrer aux Etats-Unis. Il poursuit alors des études d’informatique à l’université du Wisconsin, puis passe une maîtrise en administration des affaires (MBA) à l’université de Chicago. Précoce, il n’a que 24 ans quand il entre chez Microsoft, après un passage chez Sun Microsystems.

Très vite, il travaille en étroite collaboration avec Bill Gates. Il gravit les échelons et chapeaute diverse branches, comme vice-président de la division Recherche et développement (division des Services en ligne), vice-président de la division Entreprises et, dernièrement, président de l’activité Serveurs et outils destinés aux entreprises, en charge principalement de l’informatique dématérialisée, le fameux cloud computing. Sous sa direction, le chiffre d’affaires de la plateforme cloud Azure de Microsoft passe de 16,6 à 20,3 milliards de dollars.

Le choix d’un profil technique d’ingénieur, plutôt que de celui d’un commercial comme Steve Ballmer, correspond à un tournant pour Microsoft, qui évolue désormais vers les activités "appareils et services", "serveurs et outils" et "informatique dématérialisée". Son nouveau patron est conscient de l’effort d’adaptation à réaliser à une époque où la demande de PC a régressé. "Notre mission était le PC sur chaque bureau et dans chaque maison. Nous avons largement atteint cet objectif dans le monde développé. Aujourd’hui, nous sommes concentrés sur une gamme plus large d’équipements. De grandes opportunités attendent Microsoft, mais pour les saisir, nous devons nous recentrer clairement, plus rapidement, et continuer à nous transformer. Une grande partie de mon travail consiste à accélérer notre capacité à apporter plus rapidement des produits à nos clients", a résumé Satya Nadella lors de sa prise de fonction.

Parmi ses priorités, l’intégration de Nokia (et de ses 33 000 salariés), racheté fin décembre 2013 pour 5,4 milliards d’euros, et le plan de restructuration hérité de son prédécesseur.

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