La réforme des pensions que réclame la jeune génération

Le Groupe du vendredi veut plus de transparence et d’égalité. Sinon, gare au poujadisme !

Gérard Laurent
La réforme des pensions que réclame la jeune génération
©REPORTERS

Les pensions, ce n’est pas qu’une histoire de seniors. Loin de là, même, vu que ce sont les générations montantes qui devront financer les pensions de leurs (toujours plus nombreux) aînés. C’est la raison pour laquelle le Groupe du vendredi (1) , groupe multidisciplinaire et pluraliste de jeunes de 25 à 35 ans, s’est penché sur la question. Le fruit de leur réflexion vient d’être publié, sous la forme d’un rapport intitulé "Pensions : parole aux jeunes". Il comporte une série de suggestions pour réformer le système de pensions belge. Le Groupe l’a transmis à la très officielle Commission des pensions, le groupe d’experts mis en place par le ministre De Croo (Open VLD) et dont les conclusions sont attendues dans les prochaines semaines. Pour autant que l’on ne reporte pas la publication de ce rapport ô combien sensible à l’après-25 mai.

En l’état, constate le Groupe du vendredi, notre système de pensions court à la faillite. Si aujourd’hui, nous comptons quatre actifs pour un pensionné, il n’y en aura plus que deux en 2050. Voici dès lors leurs recommandations, réalistes et équilibrées à long terme.

Un double système. Les pensions belges reposent tant sur la répartition des ressources (1er pilier, les pensions légales) que sur leur capitalisation (le 2e pilier, au niveau du secteur ou de l’entreprise, et le 3e pilier de l’épargne-pension personnelle). Le groupe souhaite le maintien de ce double système qui répartit les risques.

Davantage de transparence. "Créer un système moins transparent qu’aujourd’hui, ce serait difficile, ironise Laurent Hanseeuw, économiste et rapporteur du groupe. Le nombre de personnes qui peuvent dire quelle sera la pension d’une personne se comptent sur les doigts d’une main". La première chose à faire, donc, est de rendre le système plus transparent, de mettre l’information à disposition des citoyens, afin de les aider à prendre leurs décisions. "Si les gens savaient mieux ce dont ils disposeront à la retraite, ils changeraient leurs comportements." Aujourd’hui, trop de données sont floues ou tout simplement inconnues : les véritables revenus des pensionnés (capital mobilier et immobilier) ; la pénibilité objective des différents métiers (qui donne droit, le cas échéant, à une pension anticipée) ; le vrai surcoût temporaire lié à la génération baby-boom de l’après-guerre…

Harmonisation du premier pilier. Maintenir trois régimes de pensions légales (fonctionnaires, salariés et indépendants) n’a plus de sens à une époque où les carrières sont faites d’expériences multiples à travers ces trois statuts. Cette différenciation empêche une lecture simplifiée du droit à la pension et peut par exemple décourager un fonctionnaire de se lancer comme indépendant. Du reste, affirme le groupe, sur la base de chiffres de la Banque nationale, la justification traditionnelle des pensions supérieures des fonctionnaires (des rémunérations inférieures pendant la carrière) n’est plus d’actualité. Le groupe ne nie cependant pas les obstacles qui se dressent devant pareille harmonisation. Il préconise dès lors une réforme progressive, étalée sur plusieurs décennies.

Revoir les périodes assimilées. Certaines périodes d’inactivité (chômage, congé parental…) sont assimilées à du travail et sont prises en considération pour le calcul de pension. Pour le groupe, pas question de remettre en cause ce droit pour le chômeur ou le parent qui doit s’occuper de ses enfants, mais bien pour celui dont l’inactivité résulte d’un choix (année sabbatique par exemple).

La carrière plutôt que l’âge. Plutôt que de fixer l’âge de la pension à 65 ans, il conviendrait de baser le droit à la pension sur le nombre d’années de travail. Ce serait plus équitable et engendrerait une plus grande justice sociale (ceux qui commencent à travailler plus jeunes ont des revenus moins élevés en moyenne).

Responsabiliser les entités fédérées. Les Régions et Communautés peuvent accorder à leurs fonctionnaires des retraites anticipées dont le paiement revient en grande partie au Fédéral. A revoir.

7 Tenir compte de l’espérance de vie. Face à l’augmentation de l’espérance de vie, il existe trois pistes : postposer le départ à la pension, augmenter l’épargne des travailleurs ou diminuer le montant des pensions. Le groupe pense que la solution réside dans un mix des trois.

Ouvrir aux fonctionnaires l’accès au deuxième pilier. Ce serait la conséquence logique de l’harmonisation du premier pilier. Le coût supplémentaire de cette épargne à charge de l’Etat pourrait être financé par le gain lié à la diminution des pensions des fonctionnaires. De même, cet accès devrait s’ouvrir aux salariés qui n’en bénéficient pas aujourd’hui.

Verser le second pilier en mensualités. Conséquence d’un régime fiscal favorable ou d’un manque de confiance envers les institutions, le Belge opte dans la grande majorité des cas pour le paiement du capital dans son intégralité au moment du départ à la retraite. Le groupe plaide pour que l’on favorise, via des incitants fiscaux ou autres, le paiement, au moins partiel, par rentes mensuelles, comme cela se fait en général en Europe. Car, rappelle-t-il, la nature d’un revenu de pension est d’assurer un flux de revenus décent à un individu inactif jusqu’à la fin de ses jours. Et pas d’investir dans l’immobilier, que ce soit en Belgique (ce qui accroît la demande de biens et porte les prix à la hausse, aux dépens des jeunes ménages) ou à l’étranger (ce qui représente un manque à gagner en termes de consommation intérieure).

10Limiter les déductions fiscales liées à l’épargne-pension. De la même manière qu’il est opportun de limiter le niveau de certaines pensions légales, il serait bon de limiter les déductions octroyées dans le cadre des 2e et 3e piliers à des niveaux qui permettent de constituer un complément de pension confortable, sans plus. Encourager une minorité à accumuler un grand capital, ou lui donner des avantages pour un capital qu’elle accumulerait de toute façon ne fait pas partie de l’objectif d’un système de pensions.

"Certes, nos propositions de réformes feront tantôt mal à gauche, tantôt mal à droite", convient Laurent Hanseeuw. "Mais en l’absence de changements, menace le groupe, le coût du système s’accroîtra et sera différé sur les travailleurs futurs. Ce jeu est dangereux, car le poujadisme, aujourd’hui absent de cette note, pourrait alors trouver sa place dans les générations qui nous suivent."

L’avertissement est lancé.


(1) www.v-g-v.be - Le Groupe du vendredi rassemble, à l’inititative de la Fondation roi Baudouin, une vingtaine de jeunes de 25 à 35 ans, flamands et francophones, de gauche comme de droite, impliqués dans la vie sociale, économique ou politique belge.

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