Le "grand coup" de GDFSuez

GDFSuez a déprécié ses actifs en Europe à hauteur de 15 milliards d’euros. Le coût de la transition énergétique.

French energy giant GDF Suez CEO Gerard Mestrallet (C) talks as Vice Chairman Jean-Francois Cirelli and Executive Vice-President in charge of Finance Isabelle Kocher listen, during a press conference to present the group's 2013 results in Paris on February 27, 2014. AFP PHOTO ERIC PIERMONT
French energy giant GDF Suez CEO Gerard Mestrallet (C) talks as Vice Chairman Jean-Francois Cirelli and Executive Vice-President in charge of Finance Isabelle Kocher listen, during a press conference to present the group's 2013 results in Paris on February 27, 2014. AFP PHOTO ERIC PIERMONT ©AFP
Vincent Slits, envoyé spécial à Paris

Le "grand coup" de GDFSuez. C’est l’expression utilisée hier à Paris par Gérard Mestrallet, le patron du groupe énergétique français, lors de la présentation des résultats annuels 2013. Un chiffre pour fixer les esprits : 15 milliards d’euros. C’est le montant colossal des dépréciations comptables visant un certain nombre de ses actifs en Europe, principalement des centrales électriques thermiques et des capacités de stockage de gaz.

Objectif de cette stratégie de choc comptable qui se traduit donc par une réduction de la valeur de certains outils énergétiques sur le Vieux Continent : s’adapter ou mieux anticiper "la transition énergétique en cours" . Car Gérard Mestrallet en est convaincu : cette transition énergétique - marquée notamment par une baisse de la demande, des surcapacités, une pression sur les prix et une décentralisation de la production - n’est ni "une mode" ni "une crise passagère" mais ce qu’il appelle "un changement de paradigme" . "Nous assistons au passage d’un monde ancien à un monde nouveau. Il y aura encore des surcapacités de production pendant de nombreuses années en Europe. C’est un phénomène irréversible. C’est une transformation stratégique qui touche à la culture de l’entreprise" , a ainsi expliqué Gérard Mestrallet, pointant notamment l’échec d’une véritable stratégie européenne en matière d’énergie. Sur ce chiffre de 15 milliards de dépréciations, 10 milliards concernent les activités d’Electrabel en Europe. En Belgique, le groupe évoque une perte de valeur pour les centrales thermiques d’un peu plus de 880 millions d’euros.

Illustration de cette révolution énergétique en cours : ces dernières années, GDFSuez a fermé ou mis sous cocon 11,5 gigawatts (GW) de centrales au gaz, soit l’équivalent de douze réacteurs nucléaires ! La Belgique sera concernée et plusieurs outils seront fermés, mis sous cocon ou transformés en 2014 et 2015.

Cette remise à plat comptable se traduit pour GDFSuez par une perte nette, en 2013, de 9,7 milliards d’euros. En ne tenant pas compte de ces ajustements comptables, le bénéfice était de 3,4 milliards d’euros à fin 2013. "Cette opération n’a pas d’effet sur la génération de cash du groupe, ni sur sa trésorerie ni sur sa solidité financière" , a expliqué Gérard Mestrallet. GDFSuez dispose en effet d’un trésor de guerre de l’ordre de 17 milliards d’euros, dont 9 en cash. Et le groupe entend investir en moyenne au cours des trois prochaines années entre 9 et 10 milliards d’euros par an, notamment pour accélérer son développement dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et nouveaux business (biogaz, smart energy, etc.). Chez nous, GDFSuez compte investir 3 milliards d’euros entre 2014 et 2019.

Le marché salue "cette opération vérité"

"GDFSuez poursuit un double objectif : rester l’énergéticien de référence dans les pays à forte croissance et le leader de la transition énergétique en Europe" , a résumé le patron de GDFSuez. Le marché a apprécié cette opération "vérité" : le cours du titre GDFSuez a progressé de 6 % à Paris. En ce qui concerne l’énergie nucléaire, GDFSuez n’intègre pas dans sa politique comptable la fin de l’atome en Belgique, pourtant programmée chez nous à l’horizon 2022-2025. "La Belgique ne pourra pas se passer de nucléaire. Nous ne voyons pas le premier signe de la mise en place d’un plan alternatif afin de faire émerger une production d’électricité de nature à prendre le relais de ces centrales" , a expliqué Isabelle Kocher, en charge des finances chez GDFSuez. Un message à destination du monde politique belge…

Sur le même sujet