Trop fragiles, les PME wallonnes

Une étude EY constate que ces entreprises ont une bonne croissance mais restent trop peu nombreuses.

Trop fragiles, les PME wallonnes
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Dominique Simonet

Une étude EY constate que ces entreprises ont une bonne croissance mais restent trop peu nombreuses.

C’est fou comme le hasard peut bien faire les choses. A quelques semaines des élections, sondages et autres études déboulent opportunément de partout, afin de mettre la pression sur des décideurs politiques souvent accusés de ne pas décider. Qu’est-ce qui a changé pour le secteur des petites et moyennes entreprises (PME) lors de l’actuelle législature ? "On n’a pas fait grand-chose" , constate, de manière dépitée, Vincent Reuter, administrateur-délégué de l’Union wallonne des entreprises (UWE).

Or, c’est devenu un souverain poncif, ces mêmes PME constituent l’un des principaux moteurs de la croissance dans une Europe de l’Ouest en voie de désindustrialisation. L’étude sur le tissu PME wallon par le cabinet d’audit financier EY (anciennement Ernst&Young), présentée lundi au siège de l’Union wallonne des entreprises, confirme ce que l’on sait depuis longtemps : le grand déficit économique de la Wallonie par rapport à la Flandre (un PIB de 23 000 euros par habitant en Wallonie contre 33 000 euros en Flandre).

Enjeu aussi bien politique que socio-économique majeur, la réduction de l’écart du PIB wallon par rapport à la Flandre passe par les PME. Or, que constate-t-on dans ce secteur ? Une valeur ajoutée de 5 513 euros par habitant en Wallonie contre plus de 10 000 euros en Flandre, soit un différentiel de 85 %.

Du chemin à parcourir

Il reste donc du chemin pour rattraper le temps perdu, la Flandre ayant entamé sa mutation économique postindustrielle dans les années cinquante, vingt ans avant la Wallonie.

Cela se marque fortement dans la taille des PME et dans leur nombre. Sur un échantillon de 11 000 entreprises wallonnes et de 30 000 flamandes, analysé entre 2006 - soit juste avant la crise - et 2012 et comportant entre 3 et 500 employés, il est constaté qu’il y a beaucoup moins de grandes entreprises dans le sud du pays, et plus de petites, voire très petites. Autour de 5 %, le niveau de croissance est légèrement supérieur en Wallonie.

Par contre, en matière de création d’emploi, l’écart est largement favorable à la Wallonie : + 15 % d’équivalents temps pleins, contre 9 % en Flandre. Ce qui représente 28 000 postes de travail supplémentaires créés par les 10 000 PME wallonnes entre 2006 et 2012, contre 58 000 emplois créés par les 30 000 entreprises flamandes.

Les petites et moyennes entreprises sont au nombre de 324 par 100 000 habitants en Wallonie, contre 487 en Flandre. "A population égale, on devrait avoir une fois et demie de PME en plus en Wallonie", constate Philippe Pire, associé chez EY. On en crée moins, certes (69 par an et par 100 000 habitants en Wallonie, contre 87 en Flandre), soit 24 % d’écart, mais "ce déficit tend à fondre comme neige au soleil", constate Philippe Pire. Ce déficit était de 53 % en 1970, de 31 % en 1990 et il n’était plus que de 18 % en 2010.

Par contre, les PME wallonnes ont un taux de disparition bien supérieur à celui de la Flandre. En 2013, 6,3 % des sociétés étaient en difficultés financières au sud du pays, contre 3,9 % dans le nord. La fragilité est le problème le plus crucial du tissu des petites et moyennes entreprises en Wallonie, qui se marque notamment par un taux d’investissement qui a baissé de 60 % en 2012 par rapport à 2006, "ce qui est très dommageable pour le futur", constate Philippe Pire.

Pas seulement la faute à la crise

Cette dégringolade s’explique bien sûr par la crise de 2008, mais aussi par une structure financière moins solide, et donc une plus grande difficulté d’accès au financement. Et une frilosité des entrepreneurs wallons à ouvrir leur capital : "Il y a une forte différence de mentalité entre Flandre et Wallonie, d’après Didier Paquot, économiste à l’UWE, le Wallon préfère avoir un petit gâteau à lui tout seul plutôt que de voir son gâteau grandir, quitte à le partager avec quelqu’un d’autre."

Tout en demandant aux pouvoirs publics un contexte favorable à la croissance et à la solidification des PME, l’UWE plaide donc aussi pour un changement de mentalité au sein des entreprises elles-mêmes.