Draghi peut-il sauver l'économie européenne?

V. S.
Draghi peut-il sauver l'économie européenne?
©AP

Sur fond de déflation, l’intervention du président de la BCE est très attendue ce jeudi.

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), sera ce jeudi au cœur de toutes les attentions. Lors de la traditionnelle conférence de presse de l’institution basée à Francfort, chacun de ses mots sera décortiqué, analysé, disséqué.

Il faut dire que celui dont on a dit qu’il avait sauvé la monnaie unique européenne en déclarant durant l’été 2012 qu’“il ferait tout pour sauver l’euro” aura fort à faire pour tenter de relancer la machine économique européenne, totalement au point mort. Les derniers indicateurs l’ont démontré : la zone euro est complètement à l’arrêt même si de rares pays comme l’Espagne montrent des signes de reprise. Et puis surtout, le scénario noir d’une déflation – un cycle de baisse des prix qui incite les consommateurs à reporter leurs achats, plombant dès lors le carnet de commandes des entreprises – suivi d’une nouvelle récession, a gagné en consistance ces dernières semaines au gré de la sortie des derniers chiffres. En août, l’inflation en Europe est ainsi tombée à son plus bas niveau depuis cinq ans : celle-ci est en effet ressortie à 0,3  %.

Des mesures inédites ?

Mais que peut faire “Super Mario” comme on le surnomme régulièrement  ? Les marchés financiers attendent en tout cas à tout le moins de sa part une posture nettement plus offensive alors que la pression politique s’accroît dans certains pays pour voir la BCE faire preuve d’imagination. Mais la plupart des économistes ne vont pas jusqu’à anticiper, dès ce jeudi, un changement de cap radical dans la stratégie de la BCE avec l’activation d’outils jusqu’ici inédits pour secouer une économie à la traîne, contrairement à sa concurrente américaine qui, elle, a retrouvé des couleurs. 

Mario Draghi pourrait donc se contenter de l’arme des mots à ce stade, en espérant un effet à tout le moins psychologique de ses propos dans l’attente que les récentes initiatives prises de la BCE – notamment la baisse de son principal taux directeur – commence petit à petit à produire leurs effets. En mettant au passage la pression sur les gouvernements nationaux de la zone euro pour qu’ils accentuent certaines réformes structurelles (marché du travail, pensions, etc). Mais cette stratégie pourrait aussi être a double tranchant et la déception pourrait être à la hauteur des attentes. Resterait alors à la BCE à passer au plan B qui consisterait par exemple à prendre des mesures “à l’américaine” via un financement direct des États. Une piste qui jusqu’à présent s’est heurtée à un “nein” de l’Allemagne.