Les ABS, produits financiers douteux ou salut de la zone euro?

Rendus en partie responsables de la crise financière de 2008, les ABS, produits financiers complexes reposant sur des prêts bancaires, bénéficient d'un retour en grâce auprès de certains décideurs européens, qui comptent sur eux pour soutenir l'économie en zone euro.

AFP
Les ABS, produits financiers douteux ou salut de la zone euro?
©Jean-Luc Flémal

Rendus en partie responsables de la crise financière de 2008, les ABS, produits financiers complexes reposant sur des prêts bancaires, bénéficient d'un retour en grâce auprès de certains décideurs européens, qui comptent sur eux pour soutenir l'économie en zone euro.

Qu'est-ce qu'un ABS?

Un ABS (asset-backed security) est un produit financier "adossé" à un panier d'actifs, le plus souvent des prêts bancaires, regroupés en fonction notamment du niveau de risque qu'ils présentent ou d'un secteur d'activité donné. Il peut s'agir par exemple d'un paquet de crédits à la consommation, de prêts aux petites et moyennes entreprises ou encore de prêts immobiliers.

Une fois compactés et saucissonnés, ces crédits sont transformés en titres vendables et échangeables, d'où l'expression de titrisation qui désigne cette pratique. Chaque ABS peut ainsi reposer sur plusieurs milliers de crédits.

Chaque ABS est catégorisé selon une "tranche", en fonction du degré de risque que ceux qui y investissent sont prêts à prendre. On parle ainsi de tranches "senior" (les plus sûres), ou bien "mezzanine", pour lesquelles le risque de défaut est un peu plus élevé.

A quoi servent les ABS?

Les banques vendent des ABS par l'intermédiaire d'une structure ad hoc, ce qui leur permet de se refinancer pour pouvoir fournir de nouveaux crédits à leurs clients.

La titrisation peut également leur permettre de sortir de leur bilan les créances cédées grâce à un tour de passe-passe comptable. Cela diminue d'autant les contreparties de capital qu'elles doivent détenir pour se conformer aux exigences règlementaires, et transfère tout ou partie du risque de crédit - risque de ne pas être remboursé - aux autres acteurs du marché, les acheteurs des ABS.

Du point de vue des investisseurs, les ABS donnent droit à une rémunération régulière, constituée des intérêts perçus sur l'ensemble des prêts sous-jacents, et offrent la possibilité de diversifier leur portefeuille d'actifs.

Pourquoi redynamiser le marché des ABS?

En Europe, les émissions d'ABS, qui représentaient quelque 1.200 milliards de dollars en 2008, n'atteignaient plus que 239 milliards en 2013, soit un effondrement de 80%, selon une étude récente de l'institut économique bruxellois Bruegel.

La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé son intention de racheter à grande échelle des ABS à partir de ce trimestre afin de redymaniser ce marché et par ricochet de fluidifier le crédit en zone euro. Ces rachats doivent durer au moins deux ans.

Ce faisant la BCE se fait, dans les grandes lignes, indirectement le banquier du ménage qui acquiert un appartement ou prend un crédit-bail pour sa voiture, ou de l'entreprise qui s'endette pour remplacer ses machines. Concrètement, les banques devraient ainsi être incitées à octroyer plus de crédits puisqu'elles ont la possibilité de pouvoir se débarasser d'une partie du risque auprès de la BCE via des ABS.

Des produits complexes qui suscitent la méfiance

Très en vogue au milieu des années 2000, les ABS ont connu une envolée spectaculaire jusqu'à l'éclatement en 2008 de la bulle des subprimes aux Etats-Unis, qui s'est rapidement propagée à l'ensemble du secteur bancaire mondial, suite justement à la titrisation par les banques américaines de montagnes de créances douteuses.

La crise de confiance qui a suivi s'est soldée par un brutal coup de frein à cette pratique, devenue le symbole des dérives de la sphère financière. L'effondrement des crédits au secteur privé en zone euro après 2008 et le durcissement de la réglementation ont également contribué à réduire son attrait.

La BCE a d'ores et déjà fait savoir qu'elle ne ciblerait que des produits "simples et transparents", mais pour certains en Europe, vouloir ressusciter ce segment est une manoeuvre dangereuse.

A chaque ABS, comme aux obligations émises par les entreprises ou les Etats, est attachée une note accordée par une agence de notation, les fameux AAA ou BB de Standard and Poors ou Moody's.

Les ABS émis par des banques chypriotes ou grecques, notées elles-mêmes comme "junk" ("titres pourris"), héritent également de cette catégorisation, ce qui fait dire à certains, notamment en Allemagne, que la BCE va acheter des titres pourris et se muer en "bad bank".