Un vol Londres-Washington pour 125 euros?

Un vent du Nord souffle actuellement sur le secteur aérien européen. Deux compagnies nordiques, l’islandaise Wow air et la norvégienne Norwegian sont en train de relancer un projet sur lequel beaucoup se sont déjà cassé les dents : le low cost entre l’Europe et les Etats-Unis.

Un vol Londres-Washington pour 125 euros?
Raphaël Meulders

La compagnie islandaise Wow air lance un vol à 125 euros entre Londres et Washington.

Un vent du Nord souffle actuellement sur le secteur aérien européen. Deux compagnies nordiques, l’islandaise Wow air et la norvégienne Norwegian sont en train de relancer un projet sur lequel beaucoup se sont déjà cassé les dents : le low cost entre l’Europe et les Etats-Unis. La petite compagnie Wow air vient ainsi de frapper un grand coup en annonçant des vols simples pour 125 euros (99 livres sterling) entre Londres Gatwick et Boston ou Washington. Un prix d’appel qui est près de deux fois moins cher que les vols des compagnies classiques.

En juillet dernier, Norwegian avait donné le ton, en proposant des vols entre le même aéroport de Londres et New York ou la Floride pour 189 euros, ou 250 euros pour un aller jusqu’à Los Angeles. Bref, les Nordiques font fondre les prix.

Notons toutefois quelques bémols à ces offres qui paraissent alléchantes. Ce sont tout d’abord des prix d’appel, et donc rares à trouver. En surfant sur le site de ces deux compagnies, on se rend ainsi rapidement compte que peu de vols sont effectivement proposés à ces prix au plancher. Mais ils existent. "Si vous commandez tôt, vous avez davantage de chances d’obtenir des tarifs bas", explique un porte-parole de Wow.

Des couvertures payantes

Comme dans la plupart des low cost, à ce prix de base (taxes comprises), il faut ajouter un supplément pour des bagages en soute ou pour avoir davantage de place pour ses jambes. La nourriture et les boissons sont également payantes. Mais ce n’est pas tout. Des clients de Norwegian expliquaient ainsi avoir dû également payer la location de couverture (3 euros) ou celle d’un casque audio (4 euros).

L’offre de Wow oblige aussi à une escale à Reykjavik, la capitale islandaise. Soit un voyage rallongé de trois heures par rapport à un vol classique entre la capitale anglaise et les Etats-Unis. Il faut aussi préciser que ces offres sont au départ de Gatwick, le deuxième aéroport londonien, à 45km au sud de la City, qui est moins habituellement utilisé par les Belges. A noter que la compagnie EasyJet relie désormais cet aéroport quotidiennement depuis Bruxelles-Zaventem. Norwegian et Wow ne sont pas (encore ?) présentes en Belgique.

Malgré sa taille modeste, la jeune compagnie islandaise veut "révolutionner" les vols entre l’Europe et les Etats-Unis, soit l’un des marchés les plus concurrentiels au monde. "Nous voulons ouvrir ce marché à tous les passagers qui ne pouvaient jusqu’ici pas s’offrir un vol transatlantique", explique le CEO Skuli Mogensen à la presse britannique. Le jeune entrepreneur islandais réussira-t-il son pari ? Rien n’est moins sûr. Les exemples sont très nombreux de compagnies ayant échoué sur ce créneau. Le plus connu étant celui du projet "Skytrain" de la compagnie Laker Airways qui proposait des vols à 32 livres sterling (de l’époque) pour relier les Etats-Unis. La compagnie fit rapidement faillite dans les années 80. Ryanair a déjà songé à plusieurs reprises à lancer des vols à 10 euros vers les Etats-Unis, mais même avec sa force de frappe financière, la compagnie irlandaise ne se dit pas encore prête pour se lancer dans ce bain transatlantique.

Pour certains experts, l’offre de Wow air est davantage un coup de pub visant à se faire connaître. "Des passagers peuvent accepter de rester deux heures sans boire ni manger, mais pour des vols long courrier, il faut un certain confort", explique l’un d’eux. "Le long et le moyen courrier sont des business différents. Sur le long courrier, il y a toute une série d’autres frais, comme l’hébergement d’équipages, etc."

Un personnel sous-payé ?

Ceci dit, il existe aussi un argument qui plaide en faveur d’une baisse sensible des prix sur le long courrier. D’après le patron de Norwegian, le 787, le dernier né de Boeing, permet d’économiser de 15 % à 20 % sur la note de kérosène par rapport aux appareils de la génération précédente. Or Norwegian vient d’en commander une quantité impressionnante.

Ces compagnies low cost compriment aussi un maximum le coût de leur personnel. Norwegian, qui relie aussi l’Asie, s’est ainsi fait harponner par les syndicats européens pour employer des hôtesses thaïlandaises "payées 500 euros par mois". La compagnie norvégienne a également immatriculé ses avions en Irlande, notamment pour des raisons fiscales.


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