La tragédie selon George Soros

Le financier s’inquiète de la déflation en Europe et de la politique de la BCE.

La tragédie selon George Soros
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Ariane van Caloen

Le financier s’inquiète de la déflation en Europe et de la politique de la BCE.

Né en août 1930 à Budapest, George Soros gardera toute sa vie l’étiquette de l’homme qui s’est fait beaucoup d’argent en faisant chuter la livre sterling en 1992. Aujourd’hui, le milliardaire américain d’origine hongroise préfère parler d’autre chose que de sa vie de spéculateur. Il vient de sortir "La tragédie de l’Union européenne", un livre où il répond aux questions de Gregor Peter Schmitz, le correspondant Europe du magazine Der Spiegel (1).

Mal majeur

Dans ce livre, George Soros se montre sévère sur le rôle de l’Allemagne dans la crise que traverse l’Europe depuis 2008. "Certes, on ne peut pas reprocher à l’Allemagne de vouloir une monnaie forte et un budget équilibré. Mais on peut lui reprocher d’imposer ses prédilections aux autres pays, dont les préférences et les besoins sont différents, et de faire comme Procuste, dans la mythologie grecque, qui forçait les gens à s’allonger dans son lit et les étirait ou leur coupait les jambes pour qu’ils s’y intègrent. Le lit de Procuste dans lequel la zone euro doit s’allonger se nomme austérité et dernièrement déflation" , explique le financier.

Il faut combattre à tout prix cette déflation, ce mal majeur dont souffre l’Europe. Mais d’après lui, l’achat d’actifs de la Banque centrale européenne, (BCE) qui peut être assimilée à la "Quantitative Easing" comme la pratique la Réserve fédérale américaine, ne suffit pas et comporte aussi certains inconvénients, comme il nous l’a expliqué lors d’un récent passage à Bruxelles. "Cela peut générer des bulles financières car c’est une façon d’injecter des liquidités supplémentaires", nous a-t-il dit. Et de pointer du doigt le risque d’une bulle immobilière voire une surévaluation des actions (surtout américaines). En clair, le QE peut entraîner "des déséquilibres plutôt que des équilibres. C’est dangereux".

En injectant des liquidités, la BCE cherche à déprécier la valeur de l’euro contre d’autres devises. "C’est une arme inefficace contre la déflation. Cela transfère le problème de l’Europe sur d’autres pays" , poursuit George Soros.

Menace russe

Ce dernier ne croit toutefois à pas à une désintégration de l’euro. "L’Allemagne fera en sorte de maintenir la monnaie unique" , estime-t-il. Mais, cela ne suffira pas pour générer de la croissance. La seule manière, à ses yeux, de relancer l’Europe c’est par une réforme des politiques économiques et fiscales. Il soutient le chiffre de 300 milliards d’euros avancé (mais encore à concrétiser) par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Ce soutien, poursuit-il, ne doit pas s’arrêter aux 28 pays de l’Union. Il doit aussi viser un pays comme l’Ukraine. Car "L’Europe est aussi menacée par la Russie" . AvC

La Tragédie de l’Union européenne. Désintégration ou Renaissance ? Avec Gregor Peter Schmitz. Editions Saint-Simon. Environ 17,50 €.

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