Benoît Coeuré (BCE) : "Il est impossible d'accepter une restructuration de la dette grecque"

La BCE détient actuellement 27,2 milliards d'euros de dette grecque négociable, soit environ 42% du total. Deux de ces obligations arrivent à échéance le 20 juillet, pour 3,5 milliards d'euros, et deux autres en août, pour 3,2 milliards d'euros.

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Benoît Coeuré (BCE) : "Il est impossible d'accepter une restructuration de la dette grecque"
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La BCE ne pourrait pas accepter une restructuration de ses titres grecs et le nouveau pouvoir à Athènes doit payer ses dettes et ne surtout pas agir de manière unilatérale, a estimé lundi Benoît Coeuré, membre du directoire de l'institution.

Le nouveau gouvernement qui sera formé après la victoire électorale du parti de gauche radicale Syriza "doit payer, ce sont les règles du jeu européen, il n'y a pas de place pour un comportement unilatéral en Europe", a affirmé au micro d'Europe 1 lundi M. Coeuré.

"Cela n'exclut pas un rééchelonement", a dit M. Coeuré, ajoutant qu'il "y aura une discussion" sur la dette grecque, conduite par les gouvernements.

Les Grecs ont donné dimanche une victoire historique au parti de gauche radicale Syriza. Son chef de file, Alexis Tsipras, souhaite négocier avec l'Europe la réduction de l'énorme dette du pays (175% du PIB), tout en se déclarant "prêt à coopérer et à négocier (...) une solution juste, viable et qui bénéficie à tous".

"Il est absolument clair que nous ne pouvons approuver aucune réduction de la dette qui toucherait les titres grecs détenus par la BCE. Cela est impossible pour des raisons juridiques", a également averti M. Coeuré dans une interview au quotidien économique allemand Handelsblatt.

Le mandat de la BCE lui interdit de financer les Etats européens ce qui serait le cas lors d'une telle opération.

La BCE détient actuellement 27,2 milliards d'euros de dette grecque négociable, soit environ 42% du total. Deux de ces obligations arrivent à échéance le 20 juillet, pour 3,5 milliards d'euros, et deux autres en août, pour 3,2 milliards d'euros.

Mais pour ce qui est des autres titres en circulation, "ce n'est pas à la BCE de décider si la Grèce a besoin d'une réduction de sa dette", a expliqué M. Coeuré, renvoyant la balle dans le camp politique européen.

C'est notamment "40 milliards d'euros que la Grèce doit à la France. Ils ne sont pas dus aux spéculateurs ou aux marchés financiers. Ils sont dus aux contribuables francais", a-t-il renchéri sur Europe 1. "Annuler ces 40 milliards d'euros ce serait un don à la Grèce, tout rééchelonnement de la dette doit avoir un sens", a-t-il ajouté en précisant que des négociations commenceraient "certainement" lundi ou mardi.

La nouvelle donne politique en Grèce sera de toute façon au menu de la réunion des ministres des Finances de la zone euro, réunis à Bruxelles lundi et mardi.

"Il faut que l'Europe montre qu'elle peut s'adapter à un changement de gouvernement, même radical, dans un pays membre", a estimé M. Coeuré tout en insistant sur la nécessité pour Athènes de "continuer les réformes pour que l'économie grecque s'en sorte".

Le président français François Hollande a été l'un des premiers à féliciter M. Tsipras pour son élection. Le Premier ministre britannique David Cameron s'est en revanche ouvertement inquiété, sur son compte Twitter, d'un choix du peuple grec qui "accroîtra l'incertitude économique en Europe".

Quant au président de la banque centrale allemande, Jens Weidmann, il a pour sa part exhorté M. Tsipras à "ne pas faire de promesses illusoires" à ses concitoyens.

"Faire partie de la zone euro signifie respecter les accords"

Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a affirmé lundi que "faire partie de la zone euro signifie qu'il faut respecter l'ensemble des accords déjà passés", après l'arrivée de la gauche radicale de Syriza au pouvoir en Grèce.

"Sur cette base, nous sommes prêts à travailler" avec le nouveau gouvernement grec, a poursuivi M. Dijsselbloem.

De son côté, la Commission européenne "respecte entièrement le choix souverain et démocratique des Grecs", a déclaré au cours d'un point de presse son porte-parole, Margaritis Schinas. "La Grèce a fait des progrès considérables et nous sommes prêts à l'aider à affronter les défis qui lui restent en matière de réformes", a-t-il ajouté.

La question de la dette grecque, qui atteint 177% du PIB du pays, n'est pas la plus urgente à régler, a déclaré M. Dijsselbloem. "Nous avons toujours dit que nous continuerions de travailler avec (les Grecs), notamment si nécessaire en ce qui concerne la viabilité de la dette", a-t-il dit.

Mais "c'est trop tôt pour en parler", a-t-il aussitôt ajouté, insistant sur la nécessité de conclure la 5e revue du programme d'aide en cours avec les créanciers du pays. Celle-ci aurait dû être bouclée en décembre, mais une prolongation a été accordée jusqu'à fin février. "Nous allons discuter aujourd'hui à l'Eurogroupe de la possibilité d'une nouvelle prolongation", a dit le ministre travailliste néerlandais.

Concernant la dette, "nous avons déjà fait beaucoup pour en alléger le fardeau", a-t-il souligné, ajoutant: "un effacement de dette en terme de valeur nominale, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de soutien pour cette idée".