SNCB Logistics enfin privatisée

Le fonds d’investissement Argos Soditic dépose 20 millions et prend deux tiers des parts.

Mathieu Colleyn
- Evénement Thalys / SNCB / SNCF: signature des contrats - Thalys / NMBS / SNCF: contractondertekening * Jo Cornu, CEO NMBS 30/3/2015 pict. by Didier Lebrun © Photo News
- Evénement Thalys / SNCB / SNCF: signature des contrats - Thalys / NMBS / SNCF: contractondertekening * Jo Cornu, CEO NMBS 30/3/2015 pict. by Didier Lebrun © Photo News ©Photo News

Il y a deux ans, nous n’aurions pas été là." C’est en grande partie grâce aux résultats encourageants de la SNCB Logistics en 2013 et 2014 qu’Agos Soditic se lance dans l’aventure du fret ferroviaire, assure Gilles Mougenot, son président. Si la société européenne d’investissement spécialisée dans la reprise (complexe) d’entreprises n’avait jamais été active dans ce domaine, c’est bien elle qui a été préférée par la SNCB pour entrer dans le capital d’une filiale qui a connu de nombreux déboires.

Jo Cornu, CEO de la SNCB et président de la SNCB Logistics, évoquait hier une quinzaine de mois de tractations diverses, de scénarios nombreux et finalement abandonnés, tel celui de l’arrivée du Port d’Anvers dans le capital de Logistics. L’accord avec Argos Soditic a été avalisé vendredi par le conseil d’administration et se décline comme suit. Le nouvel arrivé dépose 20 millions d’euros sur la table alors que des financements externes permettront de porter la recapitalisation de la filiale SNCB à un total de 70 millions d’euros. Un sacré bol d’oxygène donc. Du coup, Argos Soditic s’empare de 66,6 % du capital de Logistics, jusqu’ici exclusivement détenu par la SNCB. Ce nouveau partenaire viendra naturellement chambouler la composition du CA de l’entreprise où il occupera une position dominante avec 7 représentants contre 2 à la SNCB. Celle du CEO de l’entreprise, Geert Pauwels, n’est pas remise en cause.

Pas de menace directe sur l’emploi

Au contraire, c’est lui qui est explicitement chargé d’assurer le redéveloppement des activités de la société. Son objectif : augmenter la part du rail dans le transport de ses principaux clients en Belgique que sont Arcelor Mittal, Esso, Total, BASF, etc. Ce dessein passera par une amélioration de l’offre de transport vers des zones stratégiques de l’économie européenne, plaide Geert Pauwels. Cette arrivée d’argent frais, couplée à des résultats financiers positifs, devrait renforcer la crédibilité de l’entreprise en vue de nouveaux financements. Notamment afin d’investir dans du nouveau matériel roulant.

En 2008, la SNCB Logistics était frappée de plein fouet par les conséquences de la crise financière sur l’économie européenne. Cette année-là, son Ebitda fut négatif de 84 millions. Cette perte allait culminer à 115 millions l’année suivante pour diminuer progressivement et atteindre un résultat positif de 3 puis 11 millions en 2013 et 2014. Le résultat d’une politique drastique de réduction des coûts destinée à la survie de l’entreprise, rappelle Geert Pauwels. Aujourd’hui, celle-ci dégage un chiffre d’affaires de quelque 450 millions d’euros et transporte plus de 28 millions de tonnes de marchandises par an.

Hier, les responsables de la SNCB Logistics et d’Argos Soditic ont indiqué que cette recapitalisation n’allait pas entraîner de réduction d’emploi au sein du personnel qui compte environ 1 900 personnes. Par contre, dans les milieux politiques, on s’interroge toujours quant à l’avenir du soutien public dont a bénéficié la SNCB Logistics ces dernières années. Un soutien fédéral destiné au secteur du transport de marchandises mais taillé sur mesure pour la filiale de la SNCB et qui avait fait tiquer la Commission européenne. "Maintenant qu’un partenaire privé est entré en piste, on pourrait considérer ces subsides comme de véritables aides d’Etat", souffle un observateur.

Les ambitions d’Argos Soditic sont palpables. Cet investissement, doublé d’un projet solide, doit permettre à la SNCB Logisitics de se positionner comme un leader européen du transport de fret, indique Gilles Mougenot qui envisage même une entrée en bourse dans les deux ou trois ans. En moyenne, Argos reste 5 ans dans le capital des entreprises qu’elle souhaite redresser.