Du "Grexit" au "poker menteur", les mots de la crise grecque

Des mots-valises comme "Gréférendum" aux références à la mythologie assaisonnées à toutes les sauces, voici un résumé de l'abondant lexique de la crise grecque.

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Des mots-valises comme "Gréférendum" aux références à la mythologie assaisonnées à toutes les sauces, voici un résumé de l'abondant lexique de la crise grecque.

LES MOTS-VALISES

Néologismes formés par la fusion de deux ou plusieurs mots existants, beaucoup de mots-valises ont fleuri à l'occasion de la crise de la dette grecque, surtout en anglais.

Omniprésent, le "Grexit", contraction de "Greece" et "exit" pour évoquer la sortie de la Grèce de la zone euro, avait déjà connu un certain succès en 2011. Mais ces dernières semaines, il a été rejoint par une cohorte d'avatars plus ou moins heureux, comme son presque synonyme "Grexident", ou "Graccident".

L'annonce surprise de l'organisation d'un référendum en Grèce sur les propositions des créanciers a immédiatement fait naître "Greferendum", tandis que la lassitude causée par de longues soirées stériles de négociations a inspiré "Grexhaustion", que l'on peut traduire en français par le moins convaincant "Grépuisement".

C'est sur Twitter que sont testées la plupart de ces trouvailles, qui n'auront pas toutes le même succès. L'une des dernières en date est "Alexit", pour évoquer une possible démission du Premier ministre grec, Alexis Tsipras.

TRAGEDIE, PHILOSOPHIE, MYTHOLOGIE

Impossible pour les commentateurs de résister à la tentation de recourir aux références communes de la culture classique, quitte à en abuser.

"J'ai le sentiment que, contrairement aux tragédies de Sophocle, cette histoire aura une fin heureuse", lancera le président du Conseil européen, Donald Tusk, jouant les pythies.

Pas en reste, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, évoquera le plus célèbre philosophe de la Grèce antique, en citant l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing: "aujourd'hui je ne veux pas voir Platon jouer en deuxième division".

Quant à la mythologie, elle offre un vivier quasi-inépuisable. Le vice-Premier ministre grec, Yannis Dragasakis, compare la situation de son pays écrasé par la dette à celle de Sisyphe, condamné à pousser un rocher en haut d'une montagne, pour le voir inlassablement retomber.

En France, l'homme politique Bruno Le Maire craint que la Grèce ne se transforme en "tonneau des Danaïdes où l'on va verser éternellement de l'argent public", tandis qu'Yves Bertoncini, directeur de l'Institut Jacques Delors, n'hésite pas à mêler en un seul tweet des références au tonneau des Danaïdes, à la boîte de Pandore et à Charybde et Scylla.

FOOTBALL, POKER, LE JEU DANS TOUS SES ETATS

L'arrivée de l'économiste Yanis Varoufakis, spécialiste de la théorie des jeux, comme ministre des Finances, a fait éclore de nombreuses métaphores autour de ce thème. Il faut dire que la stratégie politique des autorités grecques, pas toujours lisible, s'apparente pour beaucoup à du "bluff".

"Ce n'est pas une partie de poker menteur", a dénoncé Jean-Claude Juncker après l'annonce de référendum qui fait trembler l'Europe et la rupture brutale des négociations avec les créanciers. Donald Tusk avait lui appelé plus tôt à mettre fin "aux paris" et avait décrété "la fin de partie" ("game over").

Quand les négociations étaient moins houleuses, c'est la métaphore footballistique qui prévalait. "La balle est dans le camp des Grecs" est devenu en peu de temps le mantra des Européens, qui espéraient un accord au plus vite. Ils appelaient alors les Grecs à "ne pas jouer les prolongations", après cinq mois de négociations au forceps.

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