Au cœur d'une nuit de négociations européennes pour résoudre la crise grecque

Quinze heures trente, dimanche. "O n va avoir un accord”. La réunion des ministres des Finances de la zone euro se termine et ce diplomate européen affiche un optimisme mesuré. Il se garde toutefois bien de préciser à quelle heure celui-ci pourrait être bouclé. « Ce sera long », prédit un de ses collègues européens. De fait.

Gilles Toussaint

Quinze heures trente, dimanche. "On va avoir un accord”. La réunion des ministres des Finances de la zone euro se termine et ce diplomate européen affiche un optimisme mesuré. Il se garde toutefois bien de préciser à quelle heure celui-ci pourrait être bouclé. « Ce sera long », prédit un de ses collègues européens. De fait.

Il y a un“consensus sur 90 %” des choses, déclare à sa sortie le ministre Johan Van Overtveldt. Les chefs d’Etat et de gouvernement prennent le relais de leurs grands argentiers. Aux “patrons” de trancher les 10 % les plus délicats…


Une absence totale de confiance

Un document de quatre pages synthétisant les conclusions de l’Eurogroupe a commencé à circuler. Il comprend une série de passages entre parenthèses, qui constituent autant de points de désaccord et que les chefs d’État et de gouvernement ont pour mission de dénouer.

A la lecture de celui-ci, qui le mentionne d’emblée, on comprend que la confiance n’est plus vraiment présente entre les parties.

Le texte envisage l’ouverture de négociations pour un nouveau plan d’aide à la Grèce d’un montant de 82 à 86 milliards d’euros, mais assortit ce scénario d’une série de conditions musclées : “reprofilage” de la TVA et élargissement de la base imposable; révision en profondeur du régime des pensions; accélération de la privatisation et de la libéralisation de plusieurs secteurs de l’économie… Autant de mesures que les autorités grecques devraient adopter “sans délai”, c’est-à-dire d’ici à mercredi. Intenable, selon elles.


L'Allemagne met sur la table un « Soft Grexit »

Estimant les propositions de réformes soumises par Alexis Tsipras insuffisantes, l’Eurogroupe va encore plus loin, avançant une série d’exigences supplémentaires dont on voit mal comment elles pourraient passer la rampe devant le Parlement grec. Un paquet qui laisse apparaître clairement une volonté de “punir” Alexis Tsipras pour le “coup” du référendum.

Les ministres des Finances veulent notamment “une totale implication” du Fonds monétaire international, peu en cour à Athènes, dans ce programme. Ils envisagent la mise sous tutelle de la gestion des privatisations d’actifs publics grecs à hauteur de 50 milliards d’euros, via un fonds installé au Luxembourg. Celui-ci offrirait en quelque sorte aux créanciers une garantie au moins partielle de remboursement de l'argent prêté. Le gouvernement grec devrait en outre revenir ou compenser une série de mesures prises depuis l’arrivée au pouvoir de Syriza et, last but not least, “consulter et obtenir l’accord des institutions sur tout projet de loi dans certains domaines importants […] avant de le soumettre à une consultation publique ou au Parlement.”

À l’inverse la piste d’un rééchelonnement de la dette publique du pays n’est évoquée qu’entre parenthèses et de manière très imprécise.

En guise de conclusions, deux phrases suggèrent que si aucun terrain d’entente ne peut être trouvé, “la Grèce se verrait proposer de négocier rapidement une sortie temporaire de la zone euro, avec la possibilité de restructurer sa dette”. Un scénario de “Soft Grexit” échafaudé à Berlin...


Un texte remanié

Une longue nuit de négociations débute alors, ponctuée d'interruptions pour permettre la tenue de discussions en comités restreints, singulièrement entre le Premier ministre grec, son homologue français et la chancelière Merkel, mais aussi pour donner au président du Conseil européen, Donald Tusk, le temps de « masser le texte », explique un diplomate. En clair, reformuler les passages les plus sensibles pour les rendre acceptables par toutes les parties. Car si Alexis Tsipras devra défendre le deal devant les députés de son pays, c'est aussi le cas des dirigeants allemands, néerlandais ou encore finlandais. Chacun s'accroche donc à des éléments de posture qui lui permettront d'affirmer avoir respecté ses « lignes rouges ».

Vers 4h du matin, un compromis remanié par ce quatuor est déposé sur la table. On se dit alors que les choses sont en passe de s'accélérer... Raté. Les débats s'éternisent, les Grecs calent apparemment sur le rôle de supervision du FMI et sur le Fonds qui doit permettre aux créanciers d'exercer un contrôle sur la privatisation de leurs biens publics. Le montant de 50 milliards d'euros est jugé, non sans raison, irréaliste par Athènes.

Ces mesures auraient pourtant été avalisées par Alexis Tsipras un peu plus tôt, affirme une source européenne. Difficile en l'état de parier sur l’issue de ce psychodrame au sommet.