Les arrêts d’urgence des centrales nucléaires n’ont pas augmenté

"La Libre" a obtenu les chiffres sur les arrêts d’urgence des centrales depuis 2005.

Les arrêts d’urgence des centrales nucléaires n’ont pas augmenté
©bureaux régionaux
Laurent Lambrecht

Les incidents et arrêts d’urgence se sont multipliés ces derniers mois sur le site nucléaire de Tihange. Le 13 juillet, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a envoyé une lettre d’avertissement à Electrabel après que l’exploitant ait commis quatre infractions en quelques mois. Quatre nouvelles infractions plus tard, l’AFCN a envoyé un signal fort à Electrabel, en déposant un pro justitia au parquet de Huy.

À côté du non-respect des procédures techniques relevé par l’AFCN, la centrale de Tihange a aussi connu plusieurs arrêts d’urgence ces dernières semaines. Le 13 août, c’est Tihange 3 qui s’est automatiquement mise à l’arrêt. Le système d’alimentation électrique de contrôle a subi une défaillance qui a provoqué l’arrêt automatique du réacteur.

Entre 6 et 14 arrêts par an

Le 18 septembre, c’était au tour de Tihange 1 d’être mise à l’arrêt d’urgence. Cette fois-ci, c’est une pompe d’alimentation en eau d’un générateur de vapeur qui était défaillante. Et comme les équipes d’Electrabel ont découvert une "anomalie" sur une autre vanne, l’AFCN a exigé qu’une intervention soit réalisée à froid. Ce qui a provoqué l’indisponibilité de Tihange 1 jusqu’à la fin septembre.

Cet enchaînement d’infractions et d’arrêts d’urgence a fait à dire à certains que le nucléaire était devenu une source de production d’électricité peu fiable. Pour rappel, seuls deux réacteurs sur sept sont actuellement opérationnels. D’aucuns n’hésitent d’ailleurs pas à faire le lien entre l’âge de nos centrales et ce manque de fiabilité.

Nous avons donc demandé à l’Agence fédérale de contrôle nucléaire de nous fournir des statistiques sur le nombre d’arrêts d’urgence qui ont été observés à Doel et Tihange ces dix dernières années (voir infographie). Avant de tirer des conclusions, il faut préciser que plusieurs facteurs influencent ces résultats. Fatalement, plus une centrale tourne durant une année, plus elle a des chances d’être arrêtée.

En 2014, Doel 3 et Tihange 2 ont été déconnectés du réseau la majeure partie de l’année en raison du problème des défauts dus à l’hydrogène. Du 5 août au 19 décembre 2014, Doel 4 a également été indisponible, suite à un acte de sabotage toujours non élucidé. Entre la mi-2012 et juin 2013, Doel 3 et Tihange 2 ont également étés à l’arrêt, toujours en raison du problème des microfissures.

Ces précautions prises, on peut néanmoins dire qu’il n’y a pas eu de hausse du nombre d’arrêts d’urgence à Doel et Tihange. Au des dix dernières années, ce nombre a évolué entre six en 2014 (année où seuls quatre réacteurs sur sept ont tourné toute l’année) et quatorze en 2006. On observe néanmoins que le site de Tihange est, en moyenne, plus touché que celui de Doel.

Précisons enfin que l’on parle ici des arrêts d’urgence non programmés. Les incidents qui ont conduit au dépôt d’un PV par l’AFCN au parquet de Huy ne sont pas repris dans ces statistiques.

Les arrêts d’urgence des centrales nucléaires n’ont pas augmenté
©ipm