Twitter: le réseau social au petit oiseau qui voulait se faire aussi gros que Facebook

Bouleversement en vue dans la twittosphère. La célèbre contrainte des 140 caractères par tweet pourrait se voir supprimée, pour offrir la la possibilité d'écrire des tweets beaucoup plus longs.

C.C. (st)
Twitter: le réseau social au petit oiseau qui voulait se faire aussi gros que Facebook
©afp

Bouleversement en vue dans la twittosphère. La célèbre contrainte des 140 caractères par tweet pourrait se voir supprimée, pour offrir la possibilité d'écrire des tweets beaucoup plus longs. L'efficacité redoutable de la concision du contenu du réseau social se verrait-elle mise à mal, ou, au contraire, Twitter serait-il en train d'opérer une "saine" remise en question?

La rumeur courait déjà depuis le mois de septembre dernier, mais aujourd'hui, plusieurs sources convergentes proches de l'entreprise déclarent que le réseau social Twitter est en train de tester une nouvelle version dans laquelle seuls les 140 caractères (maximum) autorisés seront visibles, et où il suffira de cliquer sur le tweet pour développer la totalité du message. Désormais, un tweet pourrait comprendre jusqu'à 10.000 caractères. Le but de cette fonction d'extension est surtout de maintenir le design actuel du site: l'ajout de contenu ou l'agrandissement des images avaient déjà réduit « l'engagement » (le nombre de fois qu'on se connecte à Twitter) des utilisateurs par le passé. L'outil de microblogging essaie ainsi d'ajouter davantage de contenu sans pour autant transformer totalement sa physionomie.

Un nouveau CEO et des chiffres insatisfaisants

En octobre dernier, Jack Dorsey, cofondateur de Twitter, qui avait pourtant quitté la boîte depuis sept ans, a repris les rênes de la société. Dépité par le faible taux de croissance de « son bébé », il décide de "remettre en question ses fondamentaux". L'entreprise semble en effet subir la double pression des marchés financiers et des médias qui l'invitent à se réinventer. Que reproche-t-on à Twitter ? Une croissance économique anémique au regard de ses rivaux Facebook ou Instagram, et le relatif statu quo du produit depuis sa création. Mille et une techniques on été tentées afin de booster la fréquentation du site, sans réel succès.
Le Chief executive officer (CEO) Dorsey part d'un constat pragmatique: "La croissance de Twitter est en panne et les pratiques de ses utilisateurs changent". Il est vrai que les twittos, finauds, ne sont pas à court d'imagination pour contourner l'obstacle de la limitation à 140 caractères. En postant des photos ou des impressions d'écran de textes plus longs, ils parviennent à s'exprimer de façon plus bavarde, et vont parfois même jusqu'à écrire des romans grâce à ce subterfuge.

Les « gazouilleurs » divisés

Cette modification de la limite de caractère va-t-elle être la panacée qui va doper les performances de Twitter? Impossible à prédire. En revanche, ce qui est sûr, c'est que le débat bat son plein sur la Toile. Les défenseurs et les opposants à l'extension de la fameuse limite se livrent à une véritable guerre virtuelle. A en croire Timothy B. Lee, reporter "techno-économie" à Vox.com et twitto invétéré, le réseau social, assourdi par les sirènes des marchés financiers, courrait à sa perte en niant ce qui fait sa spécificité. A l'opposé, Philippe Escande, journaliste au quotidien français «Le Monde », pense au contraire que ce besoin de renouveau est absolument légitime, et inhérent à toutes les entreprises. "Après tout, le cinéma s’est converti au parlant, puis à la couleur, ou à la 3D, même si chaque transition a engendré son lot de nostalgiques."

L'avis technique de Damien Van Achter

Pour le spécialiste des nouvelles technologies et professeur à l'Institut des hautes études des communications sociales (IHECS) Damien Van Achter, le visage de Twitter ne changerait pas réellement, s'il venait à mettre en application cette nouvelle mesure. "Quelque part, on a déjà tendance à publier plus de 140 caractères. Souvent, les twittos attachent un lien qui renvoie à un autre site, et qui permet de lire un article entier". Ce qui, selon Damien van Achter, provoque un manque à gagner pour le réseau social. En effet, les internautes qui s'échappent, même momentanément, du site Twitter, sont autant d'internautes qui ne pourront pas voir les messages publicitaires contenus dans son "flux d'actualité". "Le but principal de cette manoeuvre est de garder le plus possible les internautes sur le site. Comme Facebook, ce que Twitter essaie de faire, c'est construire un "Mur". Cela veut dire proposer davantage d'espace pour les contenus, que ce soit pour les internautes lambdas, ou pour les annonceurs".
Cela dit, pour Damien Van Achter, rien n'est encore joué. "Cet effet d'annonce sous le manteau, qui ressemble à un petit bruit qui court, est typiquement une opération de com'. Les dirigeants de Twitter veulent avant tout sonder les réactions, celles des utilisateurs comme celles des publicitaires. Ce n'est pas pour rien que cela se passe au même moment que le CES de Las Vegas, le grand salon des innovations et de la haute technologie, un moment toujours propice aux lancements de nouvelles idées".



Le "Twittoclash"

Les arguments des partisans des 140 caractères:

1. L'impact des infos est d'autant plus grand qu'elles sont brèves.

2. Les produits technologiques sont des succès parce qu'ils s'adressent à une communauté spécifiques d'utilisateurs, et une fois que le seuil des "intéressés" est atteint, difficile d'en gagner davantage.

3. Des produits iconiques comme Gmail ou Facebook n'ont quasiment pas changé depuis leur existence, et ça ne les rend pas moins puissants.

4. La plupart des personnes intéressées par Twitter y sont déjà, et les personnes qui recherchent d'autres fonctions que celles offertes par Twitter sont sur un autre réseau social. Il est vrai que les amateurs de Twitter sont moins nombreux que ceux qui veulent publier des photos d'évènements privés (mariages, bébés...) sur Instagram ou Facebook, mais il n'y a aucune raison de penser que ces gens seraient convaincus par ces nouvelles fonctions et se mettent tout à coup à poster sur Twitter ce qu'ils postaient sur d'autres réseaux sociaux.

5. Twitter est déjà un succès: 300 millions d'utilisateurs et des milliards de bénéfices. Le fait que d'autres boîtes gagnent plus ne veut pas dire que Twitter fait quoi que ce soit de travers.



Les arguments contre le maintien des 140 caractères:

1. Les annonceurs auront un nouveau terrain de jeu et achèteront des espaces publicitaires à Twitter, ce qui lui amènera plus de bénéfices.

2. Il est naturel pour une entreprise de vouloir engranger d'avantage, et pour ce faire, d'évoluer.

3. L'adaptation du "service clientèle" de Twitter devrait être adapté et amélioré dans la mesure où les habitudes des internautes semblent avoir changé.

4. L'innovation ne s'est jamais opérée en ne modifiant rien.

5. Plus de caractères signifie plus de données et donc la possibilité d'analyses plus profondes du profil des utilisateurs, et par conséquent la vente de ces données personnelles.