La digitalisation, c’est maintenant

Une enquête de SAP montre l’imminence du changement dans les entreprises.

A man in a museum looking at office equipment REPORTERS/Imagesource MODEL RELEASED
A man in a museum looking at office equipment REPORTERS/Imagesource MODEL RELEASED ©ImageSource / REPORTERS
Patrick Van Campenhout

La branche Belux du groupe allemand SAP a publié récemment les résultats d’une enquête sur la transformation numérique des entreprises en Belgique, ce que l’on appelle communément la "digitalisation". Il en ressort essentiellement un sentiment d’imminence du changement, lié au risque concurrentiel pour les entreprises ne disposant pas des outils performants utilisés par d’autres. L’imminence ? Pour Patrick Van Deven, le directeur général de SAP Belux, c’est le principal enseignement de l’étude : "Imaginez que 25 pour 100 des 200 entreprises que nous avons sondées estiment que la digitalisation va impacter leur métier ou leur secteur dans le courant de cette année ! Cette tendance à l’utilisation du numérique, des objets connectés ou encore de l’aide à la décision, est plus rapide et plus profonde que ce que l’on attendait…"

Analyse et inaction

Pourtant, l’enquête menée pour SAP par Market Probe montre que si quatre entreprises sur cinq - un peu plus en Wallonie qu’en Flandre - déclarent souhaiter investir dans l’innovation technologique dans les années à venir, elles ne consacrent que 25 % de leurs budgets informatiques à de nouveaux projets. Il y a donc une apparente contradiction entre la perception de l’importance de l’innovation technologique et les décisions pratiques.

Où se situe la principale menace d’après les entreprises sondées ? Ce qui leur fait peur globalement, c’est la concurrence émanant de start up innovantes, et c’est l’arrivée d’applications mobiles, avec le risque pour elles de ne pas être à la hauteur de ce défi. "Pour comprendre cela, il faut se mettre à la place d’un client, particulier ou professionnel, qui utilise un smartphone pour passer ses commandes. Ce même client veut que lors d’un appel au service après-vente, son interlocuteur ait une vue directe sur son dossier. Dès qu’il a utilisé un tel outil, que fera-t-il des offres d’un autre fournisseur qui ne lui propose pas le même confort ?" , explique Patrick Van Deven.

La direction reprend la main

Qui prend des décisions au niveau des investissements dans la politique digitale de l’entreprise ? L’étude montre que le département informatique est de moins en moins présent au niveau de la prise de décision. Un seul département IT sur cinq estime jouer un rôle directeur dans la définition de la stratégie digitale. Plus de la moitié des départements informatiques estiment ne faire qu’appliquer la stratégie décidée à un autre niveau. L’étude montre que dans quatre entreprises sur cinq, cette responsabilité incombe à la direction générale ou aux responsables de différents services concernés. "C’est de là que vient cette ‘profondeur’ dans le changement. Les responsables du marketing ou de la production prennent des options importantes qui changent littéralement leur métier." L’informatique n’est dès lors plus une simple mécanique mais un outil de mutation des métiers fondamentaux des entreprises, principalement grâce à l’utilisation du "cloud".

Gare aux pertes d’emplois !

Et ceci a une foule de conséquences : baisse des coûts, amélioration du service à la clientèle… "Pour que ce soit clair, imaginez un producteur de machines complexes. La relation client classique est simple : le client achète la machine à un distributeur et contacte le distributeur lorsqu’il remarque un problème ou une panne. Le distributeur envoie un technicien pour analyser le problème et commander puis installer les pièces défectueuses. Dans le schéma actuel, on bourre la machine de capteurs et elle contacte elle-même le fabricant dont le système informatique peut diagnostiquer l’origine du problème, commander la pièce et envoyer un technicien sur place. Dans ce schéma, on supprime des rôles chez le distributeur et on réduit le travail du technicien. C’est là un volet inquiétant à propos duquel je souhaite que l’on réfléchisse. Les pertes d’emplois liées à l’adoption de nouvelles techniques numériques risquent d’être bien plus importantes qu’on l’imagine. Il faut donc trouver des solutions pour pallier ce risque. Je pense avant tout à l’enseignement qui doit changer pour éviter de créer une situation dans laquelle les jeunes termineraient leurs études pour se retrouver avec une formation ne répondant à aucun besoin."


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