Matthias Müller, l’homme providentiel de VW

Matthias Müller, patron de VW, doit gérer le "dieselgate"… et son après. L’avenir, il le prépare en poussant le développement des voitures électriques. Portrait.

Marcel Linden, Correspondant en Allemagne
Matthias Müller, l’homme providentiel de VW
©AP

Matthias Müller, patron de VW, doit gérer le "dieselgate"… et son après. L’avenir, il le prépare en poussant le développement des voitures électriques.


Matthias Müller, patron de Volkswagen depuis septembre, est certainement le manager obligé de gérer la plus grande crise que connaisse un groupe industriel allemand. Les défis sont multiples : il doit faire la lumière sur les manipulations d’émissions de moteurs diesel, engager le rappel de 11 millions d’automobiles de par le monde, régler le contentieux avec les autorités américaines et les automobilistes ayant porté plainte, assurer la marche des affaires de VW et préparer l’avenir en forçant le développement de voitures électriques.

Le chef du groupe est dynamique. Mercredi, à l’assemblée générale à Hanovre, il a dit aux actionnaires qu’un "choc peut être salutaire. Nous devons fixer de nouvelles priorités et voir les chances qui s’offrent à nous." Lui qui connaît bien VW, pour y avoir passé toute sa vie professionnelle, a dit que Volkswagen est une "entreprise magnifique, plus qu’un investissement", où les ouvriers s’identifient avec les automobiles qu’ils produisent. En temps normal, cet appel à l’esprit Volkswagen lui aurait valu des ovations, mais cette fois, les petits actionnaires ne l’ont pas fait parce qu’ils étaient furieux à cause du "dieselgate". Ceci dit, aucun petit porteur n’a attaqué M. Müller qui, pourtant, à l’époque de son prédécesseur Martin Winterkorn obligé de quitter en septembre, avait été président de la filiale Porsche et, pendant six mois, membre du directoire du groupe.

A l’assemblée générale, c’est Hans-Dieter Pötsch, ex-directeur financier et actuel président du conseil de surveillance, qui a été insulté et vilipendé. Il a, pour ainsi dire, servi de paratonnerre. Matthias Müller s’est dûment excusé pour le scandale, mais sinon, il était détendu et souriant comme à l’habitude.

L’homme au charmant accent bavarois sait gagner des sympathies. Né en juin 1953, il a débuté, après des études secondaires à Ingolstadt, siège d’Audi, comme apprenti mécanicien-outilleur dans les ateliers de l’entreprise. En fait, il était né à Chemnitz (ex-RDA). Son père avait été directeur des courses des motos de l’entreprise Zschopauer Motorradwerk, nationalisée par les communistes. En 1955, le père avait fui en Allemagne de l’Ouest et fait suivre sa famille.

Après des études informatiques à Munich, le jeune homme a rapidement gravi les échelons chez Audi, où le président Martin Winterkorn, futur chef du groupe VW, l’a découvert. Quand celui-ci est devenu patron de VW en 2007, son protégé l’a suivi à Wolfsburg en tant que responsable du lancement sur le marché de tous les modèles du groupe.

Après le tumultueux rachat de Porsche, Matthias Müller a pacifié l’entreprise de Stuttgart, qu’il a dirigée de 2010 à septembre 2015, quand il a pris sans préparation les commandes du groupe Volkswagen.

A l’assemblée générale, sans critiquer directement Martin Winterkorn, il a indiqué que la nouvelle direction a changé de style. Le successeur récuse le "centralisme" du "vieux" et veut renforcer l’autonomie des filiales, la marque VW, Audi, Porsche, Seat et Skoda. Geste symbolique : il a annoncé aux actionnaires la vente de l’Airbus de la flotte d’entreprise.

En présentant sa stratégie à l’horizon 2025 il y a huit jours, le patron a vu grand : non content de vouloir rattraper l’avance des concurrents BMW et Daimler dans le domaine des voitures électriques, il a annoncé qu’en 2025, une nouvelle VW sur quatre serait électrique : deux à trois millions de voitures électriques par an quitteraient alors les usines du groupe. Electrique, cela fait propre et VW doit absolument redorer son blason. Mais à Francfort, la Bourse n’a pas réagi.

Avant l’assemblée générale, le patron a précisé dans le "Handelsblatt" que le groupe allait éventuellement abandonner le diesel, qui pourtant fait la moitié des ventes en Allemagne. Un porte-parole a précisé que cela est imaginable dans 10 à 15 ans, si l’offensive électrique aboutit.

On le voit, Matthias Müller cherche encore sa voie.