Fermeture Caterpillar: la direction belge du site se présente aussi en victime et appelle à garder la tête haute

L'annonce a été faite lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire ce vendredi matin. La direction envisage de transférer les volumes de Gosselies vers son site de Grenoble en France et vers d'autres sites dans le monde. Mark Thompson, le directeur financier du groupe Caterpillar, a réagi: "Nous pouvons produire à Grenoble tous les produits fabriqués à Gosselies avec des coûts et des investissements moins importants".

Rédaction en ligne avec Belga

Le géant américain du génie civil Caterpillar a annoncé vendredi matin, lors d'un conseil d'entreprise extraordinaire, la fermeture de son site de Gosselies, où travaillent plus de 2.000 personnes.

"Le contact est établi avec le gouvernement (wallon), nous allons essayer de gérer cette situation au mieux possible", a déclaré vendredi le directeur opérationnel du site de Gosselies de Caterpillar, Thierry Hansen, à l'issue d'une convocation au gouvernement wallon.

M. Hansen s'est dit lui-même "bouleversé" par l'annonce de la fermeture. Malgré son inquiétude des derniers jours, il a été "malgré tout surpris", a-t-il affirmé. "On a tout fait pour éviter cela, l'entreprise a fait d'énormes progrès". Il a appelé à "garder la tête haute et éviter d'ajouter du drame au drame", par le recours à des formes de violence ou d'atteinte à la sécurité.

Le directeur belge de Caterpillar s'est refusé à tout autre commentaire. Il s'en réfère à la procédure de la loi Renault qui lui impose de donner les informations en priorité au conseil d'entreprise.

Dans l'entourage du gouvernement wallon, on avait conscience que l'interlocuteur n'était pas celui qui permettrait de comprendre pourquoi ce site bénéficiaire est amené à la fermeture par la direction internationale. "Il n'est là que depuis quelque temps. C'est lui qui a été le premier licencié. Ce que l'on veut, c'est comprendre les chiffres", commentait une source, espérant pouvoir entendre la direction internationale.

A la demande du groupe PS au parlement wallon, une réunion conjointe des commissions de l'Emploi et de l'Économie devrait se tenir mardi matin, en urgence. Il est probable que les députés réclameront à cette occasion une convocation de la direction internationale du groupe.


Le directeur financier évoque trois raisons

Mark Thompson, le directeur financier du groupe Caterpillar, a confirmé, lors d'une conférence de presse à Nivelles, l'intention du groupe de fermer son site de Gosselies. S'il a dit comprendre le choc et l'émotion du personnel de Gosselies, il a détaillé trois raisons pour lesquelles cette intention avait été prise au terme d'une étude globale approfondie, mais il a préféré ne pas donner, à ce stade, de chiffres spécifiques au site de Gosselies. Les raisons invoquées sont la taille importante du site, donc les coûts importants engendrés, sa surcapacité actuelle, et les possibilités de produire les mêmes équipements ailleurs à moindre coût et moindre investissement.

Mark Thompson a aussi précisé que l'intention de fermeture exprimée par Caterpillar ne concernait pas ses activités de distribution à Grimbergen et Zeebruge. Le choix de Grenoble pour transférer les unités de production de Gosselies permet de maintenir une présence en Europe, et les clients et fournisseurs en Belgique continueront à être soutenus par le groupe.

En ce qui concerne la raison de l'intention annoncée de fermeture du site de Gosselies, Mark Thompson a répété que le chiffre d'affaires du groupe était passé de 66 milliards en 2012 à 40 milliard en 2016.

Alors que la phase d'information et de consultation va débuter avec les représentants du personnel, il a préféré ne pas donner de chiffres spécifiques au site de Gosselies.



2.200 emplois à la trappe...

Ce sont 2.200 emplois qui vont disparaître. Cette décision fait suite à la restructuration globale et au plan de réduction de coûts, annoncés il y a un an.

La direction envisage de transférer les volumes de Gosselies vers son site de Grenoble en France, et vers d'autres sites dans le monde, a-t-elle fait savoir dans un communiqué. Cette annonce entraîne le début de la phase d'information et de consultation avec les partenaires sociaux, ce qui pourrait se traduire par la fermeture de l'usine carolo et un licenciement collectif, selon Caterpillar.

Le recours à des fournisseurs extérieurs est également évoqué, entre autres pour certaines pièces fabriquées jusqu'ici à Gosselies.

"Nous devons envisager des initiatives afin de réduire notre capacité d'assemblage et les coûts et d'ainsi nous aligner sur la baisse de la demande", a commenté Tom Pellette, responsable de la division "Construction Industries" au sein de la société américaine. "Si ces intentions étaient confirmées, nous apporterions notre soutien à la direction locale en vue de limiter les conséquences sur nos employés et leurs familles", a-t-il ajouté.

Au cours de la phase d'information et de consultation, Caterpillar assure sa volonté d'engager un dialogue constructif avec les syndicats en vue de minimiser l'impact social.


... voire peut-être 6.000

La fermeture de Caterpillar Gosselies aura de lourdes conséquences sur les nombreux sous-traitants qu'utilise la multinationale, tant dans la région de Charleroi qu'ailleurs dans le pays et à l'étranger. L'impact total devrait dépasser les 6.000 emplois, selon Jean-Marie Hoslet, responsable provincial de la CSC Métal. Selon lui, le chiffre de 2.200 emplois perdus à Gosselies ne constitue qu'une partie de ce que ce séisme social va entraîner. Une série de petites entreprises dépendent uniquement ou très largement de Caterpillar. C'est le cas de Cediwall, qui produit des pièces détachées pour bulldozers et excavatrices et qui avait dû, l'an dernier, se défaire de près d'une soixantaine d'emplois, ou de Carwall, fabricant de cabines pour les engins de génie civil.

Pour le responsable syndical, on peut estimer que dans la seule région de Charleroi, ces sous-traitants représentent environ 2.000 emplois. Par ailleurs, d'autres PME dépendant de Caterpillar sont situées dans le Namurois, en Flandre et même en France, explique-t-il, ce qui conduit à un total de 6.000 emplois environ.

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Les responsables de Caterpillar Belgium étaient au courant depuis 7 jours

Mark Thompson, le directeur financier du groupe Caterpillar, a indiqué vendredi lors d'une conférence de presse organisée à Nivelles, que les responsables carolos de Caterpillar Belgium avaient été informés de la volonté du groupe de fermer le site de Gosselies (Charleroi) il y a une semaine.

Vendredi matin, après le conseil d'entreprise extraordinaire, plusieurs responsables syndicaux ont pointé le discours rassurant que les responsables carolos du groupe avaient tenu jeudi dernier. A aucun moment, il n'avait été question selon eux d'une fermeture du site.

Quand Mark Thompson parle d'une semaine, il veut très précisément dire sept jours, a précisé Eric De Leye, un des porte-parole de Caterpillar. Ce qui justifie, selon lui, que les responsables carolos n'étaient pas au courant de l'annonce de la fermeture jeudi dernier lorsqu'ils ont rencontré les responsables syndicaux.


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Kris Peeters: "La phase 1 de la loi Renault oblige à examiner toutes les alternatives"

"Nous sommes dans la phase 1 de la loi Renault, qui oblige à examiner toutes les possibilités pour les travailleurs" lors d'une fermeture d'entreprise, a rappelé le ministre fédéral de l'Emploi Kris Peeters, à son arrivée au siège du gouvernement wallon (Elysette) à Namur, où le gouvernement wallon recevait les représentants syndicaux, en présence du Premier ministre Charles Michel. La fermeture annoncée vendredi du site de Gosselies du géant américain du génie civil Caterpillar constitue "une catastrophe énorme", a convenu M. Peeters (CD&V). Il n'est toutefois pas encore temps d'envisager un conciliateur social à ce stade, comme d'aucuns l'ont réclamé. "Ce ne serait pas très intelligent, il est maintenant temps de discuter des alternatives avec les travailleurs".

Le gouvernement wallon était représenté par le ministre-président Paul Magnette, ainsi que la ministre wallonne de l'Emploi Eliane Tillieux (PS) et le ministre de l'Aménagement du territoire Carlo Di Antonio, représentant le vice-président cdH Maxime Prévot empêché. Le ministre wallon de l'Économie Jean-Claude Marcourt (PS) était aussi empêché, en déplacement à l'étranger.

"On a tous le droit d'être profondément en colère, les travailleurs ont fait énormément d'efforts pour la productivité", a relevé Mme Tillieux. "Il ne faut pas être résigné, mais se mettre autour de la table tous ensemble pour trouver des solutions"

"C'est une entreprise bénéficiaire, qui a aussi bénéficié d'aides publiques très larges, notamment de la Région wallonne, des intérêts notionnels, donc ses taux d'imposition sont ridicules", a relevé M. Di Antonio. "Et malgré cela, on joue au Monopoly, c'est affligeant. Il n'est pas question que toutes les aides mises en place ces dernières années puissent ainsi s'évaporer".

Les gouvernements fédéral et wallon espèrent aussi rencontrer dès aujourd'hui la direction de Caterpillar.


La FEB réclame une taskforce

La FEB demande la création d'une taskforce réunissant les pouvoirs publics, les organismes de l'emploi (FOREM - VDAB - ACTIRIS) et les secteurs professionnels pour que les ouvriers de haut niveau, qualifiés et formés soient accompagnés et puissent être réintégrés au plus vite dans le marché du travail, indique jeudi la FEB. La FEB évoque "une terrible nouvelle" et un "drame humain".

"Nous continuerons à tout faire pour que le climat d'investissement en Belgique soit le plus attractif possible. Les chiffres de l'emploi et des investissements démontrent déjà que les choses s'améliorent mais des fermetures comme celle d'aujourd'hui nous rappellent qu'il faut rester attentif aux évolutions mondiales", souligne la FEB.

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©Photo News


Caterpillar avait annoncé plus tôt la suppression de 261 postes en Irlande du Nord

Jeudi, Caterpillar avait déjà annoncé qu’il supprimerait 261 postes de travail en Irlande du Nord, dans les deux années à venir. En septembre 2015, le groupe avait fait savoir qu’il procéderait à la suppression de 10 000 emplois dans le monde d’ici 2018.

L’histoire de Caterpillar à Gosselies dure depuis 1965 et n’a rien d’un long fleuve tranquille, entre des affaires qui marchent puis qui marchent moins bien, des conflits sociaux parfois rudes et puis une sévère restructuration en 2013 : 1 400 personnes avaient alors perdu leur travail.

Le groupe industriel américain fabrique principalement des engins de chantier et des générateurs électriques. Fin juillet, lors de la publication des résultats financiers du 2e trimestre (marqués par une chute de 16 % des revenus et de 31 % du bénéfice net), la direction de Caterpillar avait indiqué que, face à une conjoncture morose (notamment dans le secteur minier et les pays émergents), il allait continuer de réduire ses effectifs.