Lettre à un jeune entrepreneur #1

Merci pour ton e-mail. Tu te dis fatigué de ta carrière de cadre télécoms et tu te demandes si la carrière d’entrepreneur n’est pas davantage faite pour toi. Tu me cites à l’appui de ta motivation l’exemple de ton pote Z. (de ta promotion à Solvay) qui a lancé sa start-up il y a juste 3 ans, l’a déjà revendue à Proximus, et semble s’en porter à merveille. Mon impression à chaud.

Contribution externe
Lettre à un jeune entrepreneur #1
©DR

Vocation entrepreneuriale


Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up pour accélérateurs, dont LeanSquare


Merci pour ton e-mail. Tu te dis fatigué de ta carrière de cadre télécoms et tu te demandes si la carrière d’entrepreneur n’est pas davantage faite pour toi. Tu me cites à l’appui de ta motivation l’exemple de ton pote Z. (de ta promotion à Solvay) qui a lancé sa start-up il y a juste 3 ans, l’a déjà revendue à Proximus, et semble s’en porter à merveille.

Mon impression à chaud : il est très possible que tu ressentes les premiers symptômes d’une poussée de fièvre entrepreneuriale. Je voudrais toutefois attirer ton attention sur la grande diversité de variantes de cette affection. Certaines poussées intenses flambent en quelques jours ou semaines, mais retombent avec la première douche froide. Alors que d’autres individus sont sur la piste entrepreneuriale depuis 20 ans, et semblent toujours animés par une fièvre qui les emmène sans cesse au bout d’eux-mêmes.

A propos de piste, sache que l’on ne parle guère de “carrière” entrepreneuriale. Si tu es las de la monotonie de ta carrière “sur des rails”, dis-toi que l’entrepreneuriat, ce sera plutôt sortir des sentiers battus, ce ne sera pas la SNCB (avec ou sans retard), ce sera plutôt les montagnes russes de Walibi ! Quelqu’un a même eu cette autre comparaison : “Entreprendre, c’est se jeter d’une falaise, et construire un avion pendant la chute…”.

Ma recommandation : prends du temps pour te poser, et te poser quelques questions :

- si tu n’entreprends pas, est-ce que cela va te démanger, t’empêcher de dormir ?

- dans quel univers souhaites-tu évoluer, ou plus précisément : quel est le marché, le client que tu veux servir ?

- veux-tu seulement “être ton propre patron”… pour avoir un patron qui soit coulant avec toi ? Ou, au contraire, réalises-tu que le patron que tu seras devra être d’autant plus exigeant avec la ressource que tu es également ?

- veux-tu surtout avoir “CEO” sur ta carte de visite, sans réaliser que dans une start-up, cela veut surtout dire “Chief Everything Officer”…?

- on est rarement seul à se lancer : de quels soutiens peut-on disposer, et quel impact est-ce que ça aura sur l’entourage (en particulier familial) ?

La flamme de l’entrepreneuriat est une fort belle chose. Si je me suis permis de souffler dessus, c’est pour voir si elle menace déjà de s’éteindre, ou, au contraire, si elle a été attisée.


roald@roald.com