Lettre à un jeune entrepreneur #2

Dans ton gentil email, tu demandes si je peux (ou si quelqu’un d’autre peut) t’apprendre l’entrepreneuriat. Réponse.

Contribution externe
Lettre à un jeune entrepreneur #2
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Roald Sieberath, Multi-entrepreneur, coach de start-up pour accélérateurs, dont LeanSquare

Chère B.,


Dans ton gentil email, tu demandes si je peux (ou si quelqu’un d’autre peut) t’apprendre l’entrepreneuriat.

C’est une demande bien sympathique, mais qui oblige à énormément d’humilité.

Alors que j’ai la chance d’animer des séances d’entrepreneuriat dans plusieurs facultés et écoles d’ingénieurs (StarTech), j’ai coutume de démarrer la première rencontre par cet aphorisme :


“L’entrepreneuriat, je ne peux pas vous l’enseigner, mais vous pouvez l’apprendre”


De fait, l’entrepreneuriat, ce n’est pas tellement une “matière”, qui se transmettrait comme la biologie ou le calcul différentiel. C’est un ensemble d’attitudes, d’expériences, d’actions (et de rétro-actions) qui ne se capture pas aisément (pas du tout !) dans un syllabus. Mais pourtant on peut l’apprendre : c’est davantage l’affaire du porteur de projet, de son parcours d’apprentissage, qui peut aller du livre au partages d’expériences, en passant par l’expérimentation, etc.

Bien sûr, il existe malgré tout une “matière” : un corpus de concepts utiles à connaître pour se lancer.

Depuis une petite dizaine d’années, le modèle historique qui focalisait sur la rédaction d’un business plan, a été battu en brèche par une approche plus pragmatique, que l’on retrouve à présent dans quasi tous les programmes d’accélération de la planète :


– le Business Model Canvas : livre et outil pondu en 2010 par Alex Osterwalder et Yves Pigneur, qui permet de brainstormer et synthétiser en une feuille les 9 éléments essentiels d’un modèle d’affaires ;


– l’approche “Customer Development”, de Steve Blank, qui a réalisé que les équipes focalisaient sur le “développement produit” et négligeaient l’interaction et la validation avec le client (qui permet d’atteindre le si crucial product-market fit);


– les méthodes agiles (venues de l’informatique), qui reconnaissent le côté itératif et adaptatif de cycles de développement et de feedback utilisateur ;


– enfin, Eric Ries a synthétisé ces dernières approches dans le modèle “lean startup”, qui est devenu l’évangile de quasi tous les programmes d’accélérations de par le monde… (et que l’on pratique chez LeanSquare, avec une attention particulière à la customer traction, à la demande effective de votre produit/service par les clients).

L’entrepreneuriat s’enseigne ? Oui, mais tout tient en quelques heures.


Surtout l’entrepreneuriat s’apprend. En se lançant, et en écoutant : ses pairs, ses mentors, mais surtout ses premiers clients.

Bonne route !

R.

roald@roald.com