Rachat de Brussels Airlines: les belles paroles de Lufthansa vont-elles s’envoler?

La compagnie allemande avait fait des promesses alléchantes à Brussels Airlines en 2008. Mais les temps ont changé.

Meulders Raphaël
CEO of Lufthansa AG, Carsten Spohr, speaks during a company general meeting in Hamburg, Germany, 28 April 2016. Photo: CHRISTIAN CHARISIUS/dpa Reporters / DPA
CEO of Lufthansa AG, Carsten Spohr, speaks during a company general meeting in Hamburg, Germany, 28 April 2016. Photo: CHRISTIAN CHARISIUS/dpa Reporters / DPA ©Reporters / DPA

Au lendemain de l’annonce par Lufthansa de son intention d’acquérir la totalité de Brussels Airlines, les questions demeurent. Pour beaucoup d’actionnaires belges, la volonté, affichée à plusieurs reprises ces derniers mois, de Lufthansa d’intégrer la compagnie belge dans sa filiale low cost Eurowings ne correspond pas aux termes de l’accord de septembre 2008.

A l’époque, Lufthansa acquiert, via une augmentation de capital de 65 millions d’euros, 45 % de SN Airholding, la maison-mère de Brussels Airlines. Il est alors stipulé que le prix pour l’acquisition complète de Brussels Airlines s’élèvera à un maximum de 250 millions d’euros et dépendra de "facteurs liés aux performances de la compagnie".

"Propre marque, équipage et flotte"

En 2008, le plan d’intégration, établi en commun avec les Belges, "s’inspire du modèle de coopération réussie entre Lufthansa et la compagnie helvétique Swiss". Il prévoit que Brussels Airlines continue à opérer en tant que compagnie "en grande partie indépendante" au sein du groupe Lufthansa; et ceci en tenant compte "d’objectifs, de lignes stratégiques et de moyens financiers coordonnés au sein du groupe".

Le document précise qu’après la levée de l’option d’achat, Brussels Airlines "maintiendra son siège et son management à Bruxelles" et continuera à s’appuyer sur ses points forts pour "développer encore plus ses avantages sur le marché belge" avec "sa propre marque, ses propres équipages et sa propre flotte".

D’après le géant allemand, un "hub à Bruxelles, avec un réseau "répondant à la demande" et "comprenant des liaisons intercontinentales", complétera les hubs existants du groupe Lufthansa à Francfort, Munich et Zurich. "Ce hub au cœur de l’Europe pourra se développer en fonction du potentiel de marché, des préférences des clients, et de sa structure de coûts", explique le document. Lufthansa précise enfin que cette intégration a pour but de permettre à Brussels Airlines de "continuer à se développer, d’atteindre ses objectifs de croissance […] offrant ainsi aussi bien à ses clients qu’à son personnel, tous les avantages de perspectives à long terme".

Les négociateurs belges en position de faiblesse

Bref, le document avait de quoi rassurer n’importe quel actionnaire sur les intentions de garder à jamais un ancrage belge pour Brussels Airlines. Le problème ? Ce texte n’est qu’un catalogue d’intentions, sans aucune garantie légale. A l’époque, Brussels Airlines était en position de faiblesse et avait besoin du capital de Lufthansa. Les négociateurs belges ont bien tenté de lier ces belles paroles allemandes à des accords contraignants. Sans succès.

Le discours a même changé du côté de Francfort avec l’arrivée de Carsten Spohr à la tête de Lufthansa en mai 2014. D’après certaines sources, le manager allemand en a fait une obsession : il veut faire d’Eurowings la première compagnie low cost d’Europe, pour pouvoir notamment concurrencer Ryanair et easyJet.

D’où l’idée, relayée abondamment en Allemagne, d’intégrer Brussels Airlines à la plateforme à bas prix allemande. Le patron allemand, qui se rend en Belgique le 17 octobre pour discuter des modalités du rachat avec les actionnaires belges, sera attendu de pied ferme.

Du côté de Brussels Airlines, on reste confiant. Ces négociations "auront pour but de confirmer dans le futur les spécificités de Brussels Airlines ainsi que la croissance de ses activités assurant le maintien d’emplois en Belgique". La compagnie entend ainsi préserver son modèle économique comprenant par exemple ses réseaux africains et intercontinentaux qui "contribuent au développement du hub de Bruxelles". Brussels Airlines devrait garder son nom actuel pour encore deux ans au moins.R.Meu.