Ryanair asphyxie ses rivaux à Bruxelles

EasyJet et Vueling réduisent la voilure à Zaventem face à la guerre des prix de la compagnie irlandaise. Analyse.

20140227 - ZAVENTEM, BELGIUM: Illustration picture shows an airplane of Ryanair at the first flight from Brussels Airport by Irish low-cost airline Ryanair, Thursday 27 February 2014 in Zaventem. BELGA PHOTO ERIC LALMAND
20140227 - ZAVENTEM, BELGIUM: Illustration picture shows an airplane of Ryanair at the first flight from Brussels Airport by Irish low-cost airline Ryanair, Thursday 27 February 2014 in Zaventem. BELGA PHOTO ERIC LALMAND ©BELGA
Raphaël Meulders

On va beaucoup grandir dans les années à venir et cela va devenir très compliqué pour certains de nos concurrents de suivre un tel degré de compétition à Zaventem." Kenny Jacobs, le directeur marketing de Ryanair, avait-il vu juste lorsqu’il annonçait, en 2014, que l’arrivée de sa compagnie sur le tarmac de l’aéroport de Bruxelles-National allait chambouler le marché belge ? Le manager prévoyait déjà une "suroffre" sur de nombreuses lignes. Certaines destinations étant désormais desservies par trois, voire quatre compagnies. "Tous les transporteurs ne survivront pas. Nous, on sait qu’on s’en sortira bien" , rajoutait M. Jacobs.

Deux ans et demi après l’arrivée de la compagnie irlandaise à l’aéroport de Bruxelles-National, deux de ses plus farouches adversaires commencent à courber l’échine. Il s’agit des compagnies low cost Vueling et easyJet qui ont sensiblement réduit la voilure depuis Zaventem ces derniers mois.

Ryanair avait pour cible Vueling depuis le début

Retour en arrière. Quand Ryanair débarque, (par surprise) à l’aéroport de Bruxelles-National début 2014, c’est avant tout pour contrer la compagnie low cost espagnole Vueling. Cette dernière a le vent en poupe et vient d’annoncer son expansion en Belgique, avec pas moins de onze destinations directes depuis Bruxelles (ainsi que trois lignes temporaires fin 2014), soit plus de 700 000 sièges annuels. La compagnie catalane envisage de faire de Bruxelles son troisième "hub" européen après Rome et Barcelone. Mais Ryanair arrive et va contrecarrer ce projet. L’idée ? S’aligner systématiquement sur Vueling en proposant les mêmes destinations, mais à "un prix plus bas" . L’objectif ? "Tuer" l’un de ses concurrents et empocher l’ensemble du marché sur ses lignes.

Cette guerre des prix semble porter ses fruits puisque Vueling a supprimé bon nombre de ses destinations (Porto, Lisbonne, Rome, Venise, Bilbao) depuis Bruxelles. Certaines rumeurs annoncent même une fermeture de la base de la compagnie catalane à Zaventem, qui n’y stationnerait plus aucun avion. Vueling se concentrerait désormais uniquement sur des vols directs depuis la capitale belge vers des destinations espagnoles.

L’autre grand rival de Ryanair, la Britannique easyJet, qui est la deuxième compagnie low cost d’Europe, a aussi sensiblement réduit la voilure à Zaventem. La compagnie vient d’annoncer la fin ses vols directs vers Milan et Berlin, soit deux destinations récentes de Ryanair depuis Bruxelles. En quelques mois, la compagnie orange, directement touchée par le Brexit, a ainsi supprimé d’autres vols directs "bruxellois", dont Lyon ou Londres-Gatwick.

La guerre des prix ne fait que commencer

Depuis les attentats, la destination "Bruxelles" est moins attractive depuis l’étranger. Face à cette réalité, Ryanair a fait son choix.

La compagnie à la harpe celtique préfère remplir ses avions en baissant ses prix. Le but est d’engranger des parts de marché, quitte à revoir ses résultats financiers à la baisse. Récemment, Ryanair a ainsi annoncé l’ouverture de quatre nouvelles lignes depuis Bruxelles (Hambourg, Madrid, Malte et Milan).

Paradoxalement, Brussels Airlines, qu’on annonçait comme la première victime de l’arrivée de Ryanair à Zaventem, s’en sort plutôt bien. La compagnie belge continue d’augmenter le nombre de ses passagers et de ses destinations, même si elle a dû voir ses marges à la baisse. Ses alliances (codesharing) nouées avec de grands transporteurs aériens mondiaux et son rôle de moteur du "hub" bruxellois l’aident aussi à faire face à la compagnie irlandaise.

Mais la guerre des prix ne fait que commencer. Poussée par la chute de la livre et une politique d’achat de pétrole favorable, Ryanair annonce une baisse de ses tarifs de 13 à 15 % sur les six prochains mois. De quoi décourager définitivement certaines compagnies ? A long terme, cela pourrait être une mauvaise nouvelle pour le passager : moins de concurrence signifie presque systématiquement une remontée rapide des prix.

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