La voiture volante est dans l’air du temps (VIDEO)

Un engin de Zee. Aero vu en Californie relance les passions autour d’un rêve de mobilité.

Dominique Simonet

Elle est passée par ici, elle repassera par là… Depuis quelques jours, des images circulent sur le Net d’une “voiture volante” repérée sur les installations de la société Zee. Aero. Où d’autre que dans la Silicon Valley  ? Zee. Aero est le rêve de multimilliardaire de Larry Page, cofondateur de Google avec Sergueï Brin. Selon Bloomberg, il a déjà investi plus de 100 millions de dollars dans l’affaire. Observé à une centaine de kilomètres de Mountain View, où siège Google, l’engin d’allure étrange tient plus du petit avion électrique à décollage et atterrissage vertical que de la voiture. Il est mû par deux rangées parallèles d’hélices, façon drone.

De Fantômas à Harry Potter

La voiture qui vole, inaccessible rêve des automobilistes coincés dans les embouteillages, peuple l’imaginaire depuis la naissance de l’automobile et de l’aéronautique. Elle a fait des apparitions au cinéma, de Star Wars à “Blade Runner” en passant par l’inévitable James Bond. Dans “Fantômas se déchaîne” (1965), une Citroën DS blanche déploie ses ailes et une Ford Anglia décolle de “Harry Potter et la chambre des secrets” (2002). Entre-temps, films d’animation et jeux vidéo ont souvent fait voler des voitures ou rouler des avions.

Pourtant, outre le projet un peu fou de Larry Page – qui cofinance Kitty Hawk, société concurrente à Zee. Aero –, de plus en plus d’acteurs se positionnent. Des

start-ups comme Terrafugia ou Aeromobil, des géants comme Airbus ou Toyota, qui vient de déposer, aux Etats-Unis, un brevet de voiture à ailes dépliables.

Est-on proche d’une concrétisation du rêve de voiture volante ? Techniquement, sans doute. Le projet TF-X de Terrafugia déploie ses ailes à l’extrémité desquelles des rotors lui permettent de décoller verticalement puis de voler horizontalement, un peu comme le Bell Boeing V22 Osprey, entre avion et hélico. Sauf que là, l’engin ressemble définitivement plus à une automobile qu’à un aéronef. A motorisation hybride, le TF-X est prévu pour voler 800 km à 322 km/h, et pour rouler plusieurs kilomètres sur route, ou en rue…

Reste la question : faudra-t-il un permis de conduire ou une licence de pilote d’ULM  ? Peut-être aucun des deux, car Terrafugia envisage des solutions de pilotage automatique, utiles dans les phases critiques de décollage et d’atterrissage. D’autres, comme Juraj Vaculik, à la tête d’Aeromobil en Slovaquie, pensent certes d’abord à un engin piloté, mais compte sur une machine totalement automatique et autonome dans la première moitié des années 2020. Le prototype TF-X de Terrafugia (Boston) est attendu pour 2018, pour une commercialisation envisagée entre 2023 et 2027.


Technologie et règlements

Conduite autonome et connectée, motorisation hybride essence électricité, commandes électriques : les progrès de l’industrie rendent désormais envisageable la voiture volante. De là à la voir circuler sur route et dans les airs, il y a une marge. Outre le prix – 250 000 dollars estimés pour une Terrafugia –, les diverses réglementations régissant la circulation en deux et trois dimensions vont être des obstacles majeurs au lancement industriel de telles machines.

Sans parler des normes environnementales – un rotor qui tourne à vitesse grand V, ça fait du bruit, comme le zinzin énervant des drones de loisir. Enfin, quelles seront les normes de sécurité appliquées à ces voitures volantes ? Sachant que celles régissant le secteur automobile, notamment européen, sont parmi les plus drastiques, la compatibilité avec des ailes et des moteurs déployables ne va pas être simple.

Mais bon, le rêve paraît désormais à portée de main, comme celui que caresse Larry Page dans son hangar secret, à une centaine de kilomètres de Mountain View  : rouler et voler de chez lui à son bureau et retour.