Quinze ans après, l'affaire Sabena n'est toujours pas classée

Le 7 novembre 2001, disparaissait le fleuron de l'aviation belge. Aujourd'hui, un tabou belgo-suisse post-traumatique continue de diviser. Héritage de ce passé, Brussels Airlines doit encore rembourser une dette de 50 millions d'euros.

Quinze ans après, l'affaire Sabena n'est toujours pas classée
©Sabena
Alice Dive

Le 7 novembre 2001, disparaissait le fleuron de l'aviation belge. Aujourd'hui, un tabou belgo-suisse post-traumatique continue de diviser. Héritage de ce passé, Brussels Airlines doit encore rembourser une dette de 50 millions d'euros. 

Les Belges n’ont rien vu venir, ils se sont fait avoir comme des bleus ! Les Suisses ont géré la Sabena comme si elle était intégrée au groupe Swissair. Si tel était le cas, alors ces derniers devaient boire le calice jusqu’à la lie en l’intégrant aussi financièrement en son sein. Les Suisses ont pillé la compagnie aérienne belge et ont filé à l’anglaise malgré leur promesse de recapitalisation. Ils étaient administrateurs de fait, ils sont aujourd’hui responsables du passif de la compagnie étatique, déclarée en faillite le 7 novembre 2001. Voilà, voilà.

Cela, c’est la version "made in Belgium" qui, 15 ans après le crash du fleuron de l’aviation nationale, continue de dominer le discours post-traumatique belge. Côté suisse, le malheureux récit se résumerait comme suit, nous rapporte-t-on : C’est la compagnie aérienne belge qui a tué Swissair. Les Belges considéraient les Suisses comme leur "banquier volant", ils ont finalement mis ces derniers sur la paille. La Sabena s’est révélée être un gouffre financier pour son actionnaire minoritaire qui, in fine, a mis les voiles.

Verhofstadt, Swissair et la commande d’avions Airbus

On l’aura compris, malgré les années qui défilent, le dossier reste on ne peut plus "touchy" dans les mémoires belgo-suisses. Certains évoquent même l’existence d’un véritable tabou dans le chef des deux actionnaires de l’ancienne compagnie aérienne belge. "Ni les Belges ni les Suisses n’aiment entendre la vérité", assure le curateur de la Sabena, Christian Van Buggenhout. Car, expose-t-il, il faut bien rappeler que la Sabena était composée d’une majorité d’adminis trateurs belges, tous installés là par le Politique. Les Suisses étaient quant à eux actionnaires à 49,9 %. Guy Verhofstadt ( NdlR : il est alors Premier ministre) voulait être le premier à privatiser une compagnie aérienne publique, il voulait faire sortir l’Etat belge du capital de la Sabena mais l’arrivée tardive du fameux traité Europe-Suisse (relatif à l’accès au marché suisse pour les Européens et inversément) en a décidé autrement. Les Belges étaient censés trouver un partenaire de confiance tandis que les Suisses cherchaient à avoir un pied en Europe, à avoir un ‘hub’intercontinental avec l’Afrique."

Dès 1995, les Suisses investiront beaucoup et achèteront d’autres compagnies aériennes, notamment Austrian Airlines. "Les Suisses ont vu trop grand, commente Maître Van Buggenhout. Ils ont joué aux prédateurs, cela leur a coûté les yeux de la tête. En quelques années, Swissair est devenu un géant aux pieds d’argile." L’Etat belge perdra rapidement les commandes de sa compagnie aérienne. Selon plusieurs sources proches du dossier, les Suisses transféreront plus de 500 millions d’euros vers la Suisse. Faux, rétorquent les principaux concernés.

Enfin, la fameuse commande de 17 avions Airbus neufs sonnera le glas de la compagnie belge. "Les Suisses ont voulu doubler la flotte parce qu’ils avaient de grandes ambitions mais une fois qu’il s’agissait de financer, c’était autre chose." Véritable cataclysme social, pas moins de 11 000 personnes perdront leur emploi. Le gouvernement belge injectera plus de 10 milliards d’euros pour venir au secours de celles-ci.

Quinze années de travail acharné, des centaines de procès

Aujourd’hui, 15 ans après la faillite de la Sabena, le travail de la curatelle n’est toujours pas terminé. Concernant le passif social d’abord (créanciers dits "privilégiés"), toutes les indemnités de rupture ont été versées aux 11 000 travailleurs touchés de plein fouet par la faillite sabénienne, soit pour un montant de 516 millions d’euros. Concernant les créanciers ordinaires ensuite, le passif initial (en 2001) de 3 milliards d’euros n’est à présent "plus que" de 600 millions d’euros. "Pour y parvenir, nous avons fait des centaines de procès", se félicite Maître Van Buggenhout. Le plus gros morceau concernait les créanciers touchés de près ou de loin par les contrats de leasing de divers avions Airbus conclus à l’époque en vue de l’extension jugée démesurée de la nouvelle flotte de la Sabena. "Nous avons récupéré 1,4 milliard d’euros, rien que via notre contestation avec les ‘leaseurs’", illustre le même. Last but not least, tandis que certains espéraient récupérer 100 à 120 millions d’euros d’actifs au grand maximum en 2001, Me Van Buggenhout assure aujourd’hui qu’il devrait atteindre le milliard d’euros d’actifs d’ici 2021 (date théorique de la liquidation totale), soit deux décennies après le crash du fleuron de l’aviation belge.



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