Brussels Airlines rachetée par Lufthansa ce jeudi : voici ce qui va changer

- Stofwolk van de vulkaanuitbarsting Ijsland: opheffing vliegverbod / vertrek eerste vluchten - Nuage de cendres en provenance du volcan islandais en éruption: ouverture de l'espace aérien / premiers départs de vols 20/4/2010 pict. by Philip Reynaers - © Photo News
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Meulders Raphaël

La compagnie belge va être rachetée par Lufthansa ce jeudi : elle devient une filiale à 100 % du groupe allemand. Ce rachat amène plusieurs changements, dont certains sont positifs, comme l’achat ou le "leasing" de nouveaux avions. Le management belge restera en place et la compagnie gardera son nom durant deux ans.


Ce mardi était un jour historique pour Brussels Airlines, dont le conseil d’administration a entériné le rachat de la compagnie par Lufthansa. "Nous nous sommes réunis en vue de faire des déclarations communes avec Lufthansa ce jeudi, explique Etienne Davignon, le président de Brussels Airlines. Ces déclarations porteront sur les missions de Brussels Airlines dans le cadre de sa prise de contrôle par le groupe allemand au début de l’année prochaine."

Concrètement, Brussels Airlines va donc officialiser, ce jeudi 15 décembre, son rachat total par le groupe Lufthansa. La compagnie belge deviendra une filiale à 100 % du transporteur allemand. Rappelons que Lufthansa possédait jusqu’ici 45 % de l’actionnariat de la compagnie belge et qu’ils avaient une option pour racheter les 55 % restants. Restait à obtenir l’accord des actionnaires historiques belges, ce qui est désormais chose faite. Brussels Airlines vit donc ces dernières heures de vol en tant que compagnie "belge". Voici les quelques changements que ce rachat entraîne.

1. Brussels Airlines va-t-elle changer de nom ? Pas dans l’immédiat. La marque Brussels Airlines est maintenue pour une durée de deux ans au moins. "Cette marque fait du sens commercialement, notamment en Afrique", explique-t-on du côté de la compagnie belge. Ce n’est qu’un sursis : après ces deux années, le nom devrait changer, mais uniquement avec l’accord des administrateurs belges. "Nous ne sommes pas dans une perspective d’immobilité ou uniquement de revendications, mais dans une perspective de consensus", fait savoir un proche du dossier. Une chose semble acquise aussi : si la marque devait changer, elle maintiendrait de toute façon un aspect belge. "C’est une question de bon sens et de marketing". En coulisses, on évoque un changement probable vers Brusselswings, en référence à Eurowings, la plateforme low cost de Lufthansa.

2. Quel changement pour les passagers ? Les clients ne devraient, dans un premier temps, pas voir de grandes différences. Le changement devrait même être positif pour les passagers. L’un des avantages de ce rachat est que Brussels Airlines va pouvoir bénéficier entièrement de la force de frappe du premier groupe aérien d’Europe. Jeudi, l’achat ou la location de nouveaux avions, notamment long-courriers, devrait ainsi être officialisé par la compagnie belge… grâce à l’apport de cet argent frais venu d’Allemagne. Lufthansa a aussi conscience de l’attractivité de l’aéroport de Bruxelles ("Nous avons obtenu des garanties structurelles pour que ce hub demeure", assure-t-on côté belge) et devrait permettre à Brussels Airlines de pouvoir se développer depuis Zaventem sur d’autres continents. Le vrai changement pour les clients pourrait arriver sur les destinations européennes, car Lufthansa a bien l’intention d’intégrer, à terme, la compagnie belge à sa plate-forme low cost Eurowings surtout active sur le moyen-courrier. Et là, cela reste la grande inconnue. Les deux parties se sont donné un an pour déterminer comment cette intégration se fera, "en fonction des intérêts de chacun".

3. Qui sera maître à bord ? Cela aussi été l’un des clés des discussions de ce rachat : les Belges ne voulaient pas laisser entièrement et directement le contrôle de la compagnie entre les mains germaniques. Si les Allemands seront majoritaires (5 contre 4 Belges) au sein du conseil d’administration de la future compagnie, les décisions ne pourront y être prises qu’à l’unanimité, du moins pendant un an. Après ce délai, les administrateurs belges resteront, mais l’unanimité ne sera plus requise. Théoriquement, rien n’empêcherait donc les administrateurs allemands de passer en force et d’imposer leur façon de penser. Selon ce proche du dossier, ce n’est pas l’intention de Lufthansa. "Lufthansa veut garder des administrateurs belges et ce n’est pas qu’un simple habillage. L’idée du consensus demeure : il est obligatoire pendant un an et nécessaire après". Pour le reste, le management belge est conservé. Bernard Gustin est maintenu au poste de CEO de la compagnie et le Vicomte Etienne Davignon reste président du conseil d’administration, en compagnie du président de Lufthansa.

4. Faut-il craindre des pertes d’emplois ? Comme dans tout rapprochement entre deux sociétés ou rachat, il y aura forcément des postes qui feront "doublons" et seront donc supprimés. Mais le chiffre global d’emplois ne diminuera pas, "au contraire il augmentera", nous assure-t-on. La compagnie va proposer de nouvelles destinations et continuer à croître. Un exemple ? La nouvelle ligne opérée par Brussels Airlines vers Mumbai début mars prochain va créer 200 emplois.

5. Pourquoi Brussels Airlines est rachetée pour une bouchée de pain ? Le montant du rachat des 55 % restants (2,6 millions d’euros) est dérisoire par rapport aux 150 millions d’euros qu’attendaient les actionnaires belges. Lufthansa l’a joué finement en profitant d’une clause de 2008, contestée par les Belges. La clause expliquait que si Brussels Airlines avait une dette envers Lufthansa (ce qui est le cas pour 45 millions d’euros), le prix de rachat serait alors réévalué à la baisse. Or les administrateurs belges de Brussels Airlines avaient proposé de rembourser cette dette récemment, mais avaient reçu le "niet" des Allemands. Malgré leurs pressions et leurs menaces d’aller en justice, les actionnaires "historiques" n’auront donc pas pu faire augmenter ce prix. Quand on sait que Lufthansa avait racheté ses premiers 45 % de Brussels Airlines pour 65 millions d’euros en 2008, alors que la compagnie n’était pas au mieux, on peut se dire que Lufthansa fait l’affaire du siècle. Même si en rachetant une société, on rachète aussi ses dettes.


Premier de cordée

Les affaires, c’est les affaires… Mais au moment où il cédera virtuellement jeudi les clés de Brussels Airlines aux Allemands de Lufthansa, Etienne Davignon, président du conseil d’administration de la compagnie belge, aura sans doute un petit pincement au cœur. Car l’homme, aux multiples carrières, d’abord dans le monde politique belge puis la sphère européenne et enfin dans les affaires, aura vécu tous les moments de la vie de Brussels Airlines. C’est lui qui aura, en tandem avec Maurice Lippens encore alors l’un des patrons les plus puissants du pays, fédéré en 2001 des investisseurs belges pour relancer une compagnie sur les cendres encore fumantes de la Sabena. Lui aussi qui aura poussé pour un rapprochement entre SN Brussels Airlines, sa domination à l’époque, et Virgin Express, évitant du même coup une guerre fratricide dans le ciel belge. Lui enfin qui a été l’un des artisans du rapprochement opéré avec Lufthansa.

Mais ces derniers mois, au gré de négociations très dures avec le géant allemand et accusé par certains actionnaires belges de la première heure de ne pas défendre assez leurs intérêts financiers, le Vicomte avait haussé le ton. Expliquant en février dernier à "La Libre" que "Lufthansa ne passerait pas en force", puis nettement plus remonté encore fin septembre en lâchant : "Nous ne sommes pas des carpettes". On le sentait nerveux sur le sujet. Sans doute voulait-il éviter une sortie de piste sur un dossier qui touche à l’identité nationale. C’est dans cet esprit qu’il a obtenu pour une durée de deux ans le maintien de la marque Brussels Airlines. Après ? Lufthansa aura les coudées plus franches. Mais même un négociateur hors pair comme lui ne pouvait sans doute pas espérer davantage…


L’homme de marque

Bernard Gustin, l’actuel CEO de Brussels Airlines, incarne le renouveau de la compagnie. Lorsque cet ingénieur commercial prend seul les manettes de Brussels Airlines en 2012, la compagnie bat de l’aile, avec une perte nette de plus de 60 millions d’euros. M. Gustin va alors redresser la barre en mettant en place un plan de restructuration. L’idée est d’éviter le crash de la compagnie en diminuant ses coûts et en demandant des efforts supplémentaires à son personnel. Le deal ? Si le personnel accepte ces sacrifices, il n’y aura aucun licenciement sec.

Quatre ans plus tard, le pari semble réussi pour Brussels Airlines qui a renoué avec les bénéfices et dont le modèle "hybride" (low cost-business-long courrier) est reconnu pour être l’un des plus innovants d’Europe.

Depuis toujours favorable au rachat total de Brussels Airlines par Lufthansa, cet ancien de Solvay aura aussi pu convaincre les Allemands de garder un ancrage belge fort dans la future compagnie. Et pour les convaincre, M. Gustin n’aura pas joué sur un quelconque patriotisme ou nationalisme, mais sur une simple logique marketing : le mot "Brussels" fait vendre en Belgique et en Afrique. "C’est le client qui choisit la marque", se plaît-il à répéter.

Le Bruxellois sait de quoi il parle, puisqu’il a entamé sa carrière au sein de la multinationale Procter&Gamble. "Procter, c’est le meilleur MBA du monde. En huit ans, j’ai eu 4 jobs et 11 patrons." Ce passé dans le marketing aide M. Gustin au quotidien. "J’ai beaucoup de collègues qui raisonnent en termes de nombre d’avions et de pilotes. Moi, je réfléchis, avant tout, en termes de consommateurs et de marques. Mais les deux visions sont très importantes dans l’aérien."  

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