L’industrie culturelle belge aura son incubateur en 2017

Pierre-François Lovens
L’industrie culturelle belge aura son incubateur en 2017

Le projet, novateur, est porté par Creatis, KissKissBankBank et ING. Il verra le jour à Bruxelles.

Dans le jargon des start-up, on parle d’incubateur. Soit une structure d’hébergement et d’accompagnement de projets de création d’entreprise innovante à haut potentiel de croissance. Ces structures, souvent organisées autour de secteurs d’activité (sciences du vivant, technologies digitales, finances, spatial…), se sont multipliées ces dernières années en Belgique. Au fil du temps, des incubateurs se sont aussi enrichis, proposant des services de plus en plus diversifiés (programmes d’accélération, réseautage, outils d’investissement…).

Ce préambule permettra, à ceux qui ne sont pas initiés à l’univers bouillonnant et florissant des start-up, de mieux apprécier l’initiative dévoilée ce mercredi, à Bruxelles. Avec "Creatis Belgique", dont les portes s’ouvriront le 1er février 2017 à une douzaine de start-up, Bruxelles va en effet se doter du premier incubateur de "jeunes pousses" belges entièrement dédié aux industries culturelles et créatives (1).

Le projet est le fruit d’une collaboration entre trois partenaires : l’incubateur français d’entrepreneurs culturels Creatis, la plateforme européenne de financement participatif (crowdfunding) KissKissBankBank et le groupe bancaire ING Belgique. Les deux derniers cités se connaissent déjà : voici un an, ils avaient noué un partenariat visant à soutenir financièrement des projets entrepreneuriaux innovants, en particulier dans les secteurs de l’économie sociale et circulaire, ainsi que celui des industries culturelles et créatives.

Le savoir-faire de Creatis

Avec Creatis, KissKissBankBank et ING Belgique vont pouvoir franchir un pas supplémentaire dans leur soutien aux start-up actives dans ces industries. "On va leur apporter des solutions d’accompagnement avec du coaching, des ateliers collectifs, des suivis individualisés, des mises en contact avec des entreprises, etc., souligne Stephan Salberter, représentant du projet chez ING. L’objectif est que cela devienne un lieu de fertilisation croisée, où l’on créera des ponts entre des univers souvent cloisonnés."

Pour atteindre cet objectif, Creatis apportera l’expérience acquise depuis quatre ans à Paris. Soutenu par la Ville de Paris, la Région Ile-de-France et la Banque publique d’investissement (BPI), Creatis a déjà "incubé" 105 start-up des secteurs culturels et créatifs. "Cela représente 350 emplois créés, 22 millions de chiffre d’affaires cumulé et une levée de 8 millions d’euros auprès de fonds privés", détaille Edouard Meier, jeune Français qui dirigera Creatis Belgique.

Déficit d’accompagnement

Pourquoi Creatis a-t-il décidé de s’implanter au cœur de Bruxelles, et plus précisément au troisième étage du superbe Hôtel Coudenberg, place des Palais (là où ING dispose d’un centre d’art) ? "On est en train de voir émerger, à Bruxelles, une industrie culturelle et créative bien plus importante qu’on l’imagine, répond Edouard Meier. Mais il y a encore un déficit d’accompagnement des entrepreneurs culturels et un manque de structuration de cette industrie. Souvent, ces entrepreneurs sont issus du monde culturel et ils rencontrent des difficultés à définir un business model, à rédiger un plan d’affaires, à lever des fonds pour financer leur activité. C’est là que Creatis, qui a l’ambition de devenir une plateforme européenne, peut apporter quelque chose, en partenariat avec ING et KissKissBankBank."

Douze start-up, douze mois

Pratiquement, Creatis Belgique pourra accueillir entre 10 et 12 start-up dans un espace de 240 m2. L’appel à candidatures a été lancé hier sur le site www.residencecreatis.fr. Une sélection aura lieu mi-janvier, pour un démarrage de l’incubation à partir du 1er février. "Nous veillerons à avoir des projets couvrant plusieurs domaines et se trouvant à différents stades d’avancement", disent MM. Salberter et Meier.

Moyennant un loyer mensuel de 270 euros par poste de travail (au nombre de 25), chaque start-up bénéficiera, durant douze mois, d’un programme d’accompagnement mené par des coaches et des experts, à la fois issus du monde des technologies numériques, de l’entrepreneuriat et de la finance, mais aussi, bien entendu, de milieux culturels et créatifs.Pierre-François Lovens

(1) En Région bruxelloise, l’industrie culturelle et créative représente 45 000 emplois et génère 6,3 % du PIB. Cette industrie recouvre un champ très diversifié : média, audiovisuel, animation, musique, architecture, web culture, mode, arts plastiques, design, spectacle vivant, etc.