Le patron de Belfius sacré "Manager de l’Année 2016"

V. S.
may
©Christophe Bortels

Marc Raisière a fait de la banque publique une société moderne et rentable.

And de the winner is… Marc Raisière. Le patron de Belfius (53 ans) a été sacré mardi “Manager de l’Année 2016” par le magazine Trends-Tendances lors d’une cérémonie organisée à Brussels Expo en présence de plus de 1 300 personnalités du monde économique. Il succède ainsi à Dominique Leroy, la patronne de Proximus qui avait décroché le prix il y a tout juste un an.

Marc Raisière a donc été préféré à d’autres patrons qui figuraient également dans la liste des finalistes francophones et dans laquelle on retrouvait notamment Arnaud Feist (Brussels Airport Company), Olivier Legrain (IBA) ou Dominique Petta (4M Group).

Aux yeux de pas mal d’observateurs de la chose économique, le choix de Marc Raisière est logique. Depuis trois ans maintenant, l’homme a, il est vrai, réussi le tour de force d’inscrire la banque publique dans une dynamique de transformation gagnante. Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance. Petit flash-back. Nous sommes en 2012 : le conseil d’administration de Dexia valide son plan de démantèlement. Victime de la crise financière de 2008 et de ses répliques successives jusqu’en 2012 mais aussi d’une stratégie d’acquisition aussi onéreuse que désastreuse, l’ex-banque des communes prend alors l’eau de toutes parts. Au prix d’un sauvetage assuré par les Etats belge (NdlR : pour 4 milliards d’euros), français et luxembourgeois, l’essentiel est alors évité  : l’effondrement d’une banque “systémique” pour le système financier international. Mais la voie est ouverte donc au démantèlement de l’ex-Dexia qui verra ses actifs financiers risqués relogés dans une structure de “défaisance” – toujours appelée Dexia aujourd’hui et qui continuera à faire peser pendant de nombreuses années un risque sur nos finances publiques – tandis que les activités bancaires saines renaissent au sein de Belfius.

Après un passage à la tête de Belfius Insurance, la filiale d’assurance de Belfius, le gouvernement décide en janvier 2014 de propulser Marc Raisière à la tête de la banque publique. La tâche de celui qui a fait également une partie de sa carrière chez Fortis AG et Axa après des études en sciences mathématiques et actuarielles, est alors triple. Un  : retisser un lien de confiance, alors au plus bas, entre les Belges et la banque. Deux : construire rapidement une nouvelle identité à Belfius tout en gérant encore, dans les comptes financiers, l’héritage de l’ère Dexia. Trois  : inscrire Belfius dans une dynamique de changement et d’innovation en investissant notamment massivement dans les nouveaux canaux digitaux.

Sa feuille de route, bien remplie, fût accomplie. Car Belfius est aujourd’hui une banque saine et rentable. Au point de s’être payée le luxe de verser, il y a quelques mois, ses premiers dividendes à l’Etat belge, son unique actionnaire. Avec 3,5 millions de clients et un bénéfice annuel de 506 millions d’euros en 2015 et qui devrait être dépassé à fin 2016, en dépit d’un contexte de taux bas, peu favorable au secteur bancaire, Marc Raisière peut avoir le sourire. Et envisager déjà de nouvelles échéances. Par exemple celle d’une éventuelle introduction en Bourse – déjà en 2017 ou plus tard – de la banque, ce qui permettrait au passage à l’Etat de dégager une solide plus-value. Car s’il y a bien un scénario que Marc Raisière veut éviter à tout prix, c’est celui d’une vente de Belfius à une banque étrangère.

Précisons enfin que c’est Bart De Smet (Ageas) qui a été sacré au nord du pays.