Newpharma cartonne malgré les obstacles

Newpharma cartonne malgré les obstacles
P.-F.L.

L’e-pharmacie belge dénonce une série de freins à son essor.

La société Newpharma, leader de la pharmacie en ligne en Belgique, tient la toute grande forme. Cette start-up fondée voici huit ans par Mike Vandenhooft et Jérôme Gobbesso vient de boucler un exercice 2016 assez exceptionnel. Mais, de manière assez surprenante, cela ne satisfait pas pleinement les deux entrepreneurs. "Sans les freins auxquels nous sommes confrontés, qui sait de quelle progression Newpharma pourrait se targuer…", confie à "La Libre" Mike Vandenhooft.

Le bilan 2016, tout d’abord. Il peut se résumer en trois chiffres. Un : le chiffre d’affaires de l’e-pharmacie, active essentiellement sur trois marchés (Belgique, France et Pays-Bas), a explosé de 49 % par rapport à 2015 (passant de 29 à 43 millions d’euros). "Pour 2017, nous prévoyons une croissance de 50%, à 64 millions", avance M.Vandenhooft. Deux : le nombre de collaborateurs de Newpharma a doublé en un an ! L’effectif s’élève aujourd’hui à une centaine de personnes. Trois : Newpharma a triplé la surface de ses entrepôts, situés à Liège, depuis deux ans. "En avril prochain, nous ajouterons un bâtiment supplémentaire de 4 000 m2."

Encore trop d’embûches

Ces performances ne suffisent donc pas à combler de joie les deux fondateurs de Newpharma. "C’est exact, concède Mike Vandenhooft. Les chiffres de 2016 sont très enviables mais ils ne sont que le pâle reflet du potentiel de développement de Newpharma si le contexte de marché était optimal."

La frustration affichée par le co-CEO tient à la persistance de plusieurs embûches qui, dit-il, ne permettent pas à la société belge de lutter à armes égales avec la concurrence étrangère (Pays-Bas et France, surtout).

Mike Vandenhooft pointe, comme premier obstacle, le "faux départ" de la législation belge sur le travail de nuit, le dimanche et les jours fériés. "La loi de mars 2016 n’a pas eu l’effet escompté car elle imposait aux e-commerçants d’avoir l’accord des syndicats. Fort heureusement, le gouvernement fédéral a réagi et devrait supprimer prochainement cet accord syndical. Ce serait une grosse épine hors du pied."

Un autre obstacle de taille, poursuit-il, a trait aux fournisseurs de médicaments. "Ils sont mal à l’aise avec l’e-commerce. On se voit donc imposer des prix de revente minimaux et ils ne nous accordent pas les mêmes conditions de distribution que celles octroyées aux officines physiques par certains laboratoires. Ce qui est parfaitement illégal !"

Une Europe à deux vitesses

Mike Vandenhooft pointe enfin du doigt ce qu’il qualifie d’"Europe à deux vitesses". Et d’expliquer par un exemple concret : "Une e-pharmacie hollandaise peut revendre des médicaments français en France alors qu’une pharmacie en ligne belge n’y sera pas autorisée à cause de lois belges empêchant le stockage de médicaments étrangers." Si le gouvernement belge ne devait pas réagir à cet état de fait, Newpharma menace de porter le dossier devant les juridictions européennes.

M.Vandenhooft conclut : "Depuis plus d’un an, nous discutons beaucoup avec les autorités belges pour lever ces obstacles. Certains ministres nous soutiennent. Mais il ne faudrait pas que les choses traînent trop à évoluer…"