Présentation douteuse du "Cybertruck" de Tesla: Mais à quoi carbure Elon Musk ?

La présentation du nouveau pick-up de Tesla, jeudi soir en Californie, a tourné au numéro de cirque raté. Le Cybertruck électrique aux allures agressives va-t-il séduire une clientèle ultra-traditionnelle, attachée aux gros V8 de 5,7 litres de cylindrée?

À quoi roule Monsieur Musk ? On peut une nouvelle fois s'interroger après le show raté, jeudi soir à Hawthorne, dans le centre de design californien de Tesla.

La présentation du nouveau produit maison, un pick-up électrique censé concurrencer les mastodontes des constructeurs américains et japonais, a tourné à la débâcle quand il s'est agi de démontrer la résistance des vitres blindées latérales de l’engin. Le chef du design himself, Franz von Holzhausen, l'homme à qui l'on doit tous les Model ainsi que les Roadster, le Semi et ce pick-up, a balancé une boule de métal, genre pétanque, dans la vitre latérale avant... qui s'est brisée, sans toutefois laisser pénétrer le projectile.

Non content du résultat, le designer, un grand garçon de 51 ans tout de même, a réitéré l’attaque sur la vitre arrière de son oeuvre, pour un résultat équivalent. Sur le coup, M. Musk laisse échapper un juron, avant de tenter un rétablissement: "Nous avons jeté des clés de serrage, nous avons jeté n'importe quoi, nous avons même jeté un évier dans la vitre, et ça n'a pas cassé. Pour une raison bizarre, ça s'est cassé ce soir, je ne sais pas pourquoi."

A-t-on essayé la cuvette de WC ?

Prix canon, performances détonantes

Un moment d'embarras étant vite passé, le boss de Tesla a pu revenir aux fondamentaux, le rapport coût/autonomie aux États-Unis, premier marché concerné: de 39 900 dollars pour 402 km de rayon d'action, jusqu'à 69 900 dollars pour plus de 800 km. Des prix canon et des performances détonantes, pour un engin aux allures de véhicule blindé rétrofuturiste , entre Jeep style Mad Max et DeLorean façon Retour vers le futur, justement.

Le design du véhicule présenté, appelé Cybertruck, est aux antipodes des lignes arrondies et séductrices attachées à Tesla. Que cherche donc Elon Musk, avec cette machine aux lignes droites et anguleuses, dans une couleur acier foncé qui est celle du canon des armes à feu ? S’étonner et se remettre en question lui-même ? Provoquer un marché il est vrai très conventionnel ?

Présentation douteuse du "Cybertruck" de Tesla: Mais à quoi carbure Elon Musk ?
©AP

Une place à prendre

Que Tesla veuille s’aménager une niche dans le marché du pick-up en vogue aux États-Unis se comprend aisément. Au fil du temps, cet utilitaire est devenu un véhicule luxueux, très bien équipé, avec de puissantes motorisations. À côté des limousines, c’est le segment le plus lucratif : il en coûte 50 000 dollars pièce en moyenne. Or, Tesla a peut-être une place à prendre à côté des General Motors, Fiat Chrysler, Ford, Mitsubishi, Nissan ou Toyota. D’autant que ces constructeurs annoncent aussi une offre électrique, Mary Barra l’a encore confirmé jeudi, pour GM, tandis que Ford mitonne son best seller F-150 tout électrique pour 2022.

Mais, outre à des Californiens depuis longtemps acquis à la cause électrique, Tesla s’attaque à la clientèle la plus traditionnelle qui soit, celle des campagnes, des « red necks ». Vont-ils être rebutés ou charmés par les lignes anguleuses et agressives à souhait, d’un engin leur permettant de jouer Mad Max ? Mal parti après sa présentation foireuse, le Cybertruck va devoir affronter autre chose que des boules de pétanque pour s’imposer à partir de l’automne 2021, date de commercialisation annoncée. Notamment quelques tests de résistance des matériaux. A moins que, d’ici là, M. Musk et son designer de choc ne décident de rectifier le tir.