Paul-François Vranken: "Je ne suis pas surpris de la réussite des bulles belges"

LIBRE ECO WEEK-END | Le dossier L’occasion de demander son avis au plus Belge des Champenois et au plus Champenois des Belges.

Paul-François Vranken: "Je ne suis pas surpris de la réussite des bulles belges"
©D.R.

LIBRE ECO WEEK-END | Le dossier

C’est en 1976 que Paul-François Vranken, docteur en droit de l’université de Liège, lance la marque éponyme Champagnes Vranken. Quarante ans plus tard, il est, et depuis longtemps, le n°2 de la région, avec ses marques Vranken, Pommery, Laffite et Heidsieck&Co Monopole, derrière le groupe LVMH. Il a aussi investi, notamment, dans des vignobles de sparkling wines (vins mousseux) en Californie, Angleterre et Camargue. En 2006, il avait également proposé à la Ville de Liège de cultiver 2ha de vignes (et plus si affinités) sur les coteaux de la Citadelle pour y réaliser un Crémant liégeois. L’occasion de demander son avis au plus Belge des Champenois et au plus Champenois des Belges.

Que pensez-vous du phénomène "bulles belges" ?

Je ne peux qu’applaudir à son expansion. Je ne suis pas surpris de la réussite, je m’y étais d’ailleurs intéressé. Cela n’a pas pu se faire (une pétition contre l’utilisation des pesticides en ville a eu, à l’époque, raison du projet, remis sur la table dix ans plus tard en version bio, NdlR), et je ne peux que le regretter.

Pourquoi cette progression aujourd’hui ? Et comment jugez-vous la qualité des produits ?

La progression est bien normale, c’est un produit de "chez nous", et très bien fait. Certes, nous sommes loin du champagne ! C’est normal, la terre n’est pas la même. À titre de comparaison, le Crémant de France, quelle que soit sa région d’élaboration, est également bien loin du champagne. Cela ne l’a pas empêché de prospérer, mais sans jamais faire de l’ombre au champagne, le roi des vins…

Avez-vous pensé, quand vous vous êtes lancé, à l’alternative belge ou était-ce impossible à l’époque ?

M’installer pour produire des vins en Belgique était impensable en 1976. Le climat ne l’autorisait pas. À ce sujet, l’évolution climatique est telle qu’en Champagne, bien au sud des vallées belges, si le vignoble gelait régulièrement par le passé, il ne gèle plus désormais…

Peut-on parler de nouvelle concurrence pour vous sur le marché belge ?

Pour moi, le champagne n’est absolument pas en concurrence avec les "bulles locales", qu’elles soient américaines, australiennes, chinoises, indiennes ou belges ! Toutes ces bulles sont au contraire de véritables tremplins pour les vins effervescents, donc pour le champagne qui, lui, ne peut élargir sa production limitée à une aire d’appellation d’environ 300 millions de bouteilles. Il faut aussi se souvenir que la "bulle" régionale est le résultat d’une émulation mondiale qui trouve origine en Champagne, et c’est fort bien ainsi car le champagne ne peut pas suivre la demande. Le champagne de demain sera, encore plus qu’hier, voué à l’excellence. Si le champagne est depuis longtemps mondial, le phénomène s’accélère, au point que les ventes internationales ont largement dépassé les ventes en France. Je terminerai par une confidence : Belge je suis, et j’ai toujours été soutenu par mes compatriotes. Et ce sera toujours un honneur de privilégier mes partenaires, amis et clients de Belgique.