Pourquoi le télétravail doit être mieux protégé

Les travailleurs à domicile doivent être mieux protégés, à l'heure où le télétravail a fortement augmenté à cause de la pandémie de coronavirus, plaide l'Organisation internationale du travail (OIT) dans un rapport, publié mercredi.

Pourquoi le télétravail doit être mieux protégé
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La Libre Eco avec Belga

L'OIT estime qu'en 2019, il y avait environ 260 millions de travailleurs à domicile dans le monde, ce qui représentait 7,9% de l'emploi mondial. Parmi eux, 147 millions étaient des femmes. Durant les premiers mois de la pandémie de coronavirus en 2020, un employé sur cinq faisait du télétravail et les données pour l'ensemble de l'année devraient mettre en exergue une augmentation significative par rapport à l'année précédente, ajoute l'Organisation internationale du travail dans son rapport.

Il est donc d'autant plus important de combiner travail à domicile et travail décent, souligne-t-elle. En effet, dans certains pays par exemple, des obstacles juridiques persistent à la formation de syndicats parmi les travailleurs à domicile, "parce qu'ils sont classés comme travailleurs indépendants ou que leur catégorie professionnelle est exclue du champ d'application du code du travail", illustre l'OIT. Les "télétravailleurs" ont aussi moins accès aux formations.

Si de nombreux pays ont mis sur pied "une législation, parfois complétée par des conventions collectives, traitant des différents déficits de travail décent associés au travail à domicile", seuls 10 Etats membres de l'organisation, dont la Belgique, ont ratifié la convention 177. Celle-ci promeut l'égalité entre les travailleurs à domicile et les autres travailleurs salariés.

En outre, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, 90% des personnes basées en télétravail le faisaient de manière informelle. Le statut des travailleurs à domicile est également moins bon dans les pays à revenu élevé. Ainsi, au Royaume-Uni, ils gagnent 13% de moins que les autres salariés. Aux Etats-Unis, la différence grimpe à 22% de moins, 25% en Afrique du Sud et 50% en Inde, en Argentine et au Mexique. Il n'y a qu'en Italie qu'un léger bonus est observé.

L'attention doit aussi être portée sur les risques psychosociaux découlant de l'isolement social ainsi qu'au "droit à la déconnexion".

Enfin, l'OIT constate d'importantes lacunes en termes de protection sociale du travail industriel à domicile, souvent associé à la pauvreté. Pour ces travailleurs, "une action politique concertée sur tous les fronts" est nécessaire, "à commencer par l'accroissement de la visibilité du travail, l'extension des protections juridiques, l'amélioration du respect des règles applicables et la sensibilisation des travailleurs" à leurs droits.