"Scandalisé", "incompréhensible", "des absurdités et des surprises" : les bourgmestres flamands en colère contre les infos contradictoires autour des terrasses

Les gérants d'établissements horeca ne peuvent pas placer des plexiglass entre les tables installées sur leurs terrasses afin de les rapprocher l'une de l'autre pour y accueillir plus de clients. C'est ce qu'a indiqué vendredi le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open Vld). Une annonce qui met en colère plusieurs bourgmestres au nord du pays.

"Scandalisé", "incompréhensible", "des absurdités et des surprises" : les bourgmestres flamands en colère contre les infos contradictoires autour des terrasses
©BELGA/HAULOT

Le bourgmestre de Gand ne décolère pas après l'annonce, faite vendredi matin par le ministre de la Justice, selon laquelle les gérants d'établissements horeca ne pourront pas installer de plexiglas entre leurs tables en terrasse, afin de rapprocher celles-ci pour accueillir plus de clients dehors.

"Nous n'allons pas nous y conformer" dans l'immédiat, a réagi Mathias De Clercq. Peu après, le bourgmestre de Louvain, Mohamed Ridouani, a annoncé qu'il suivrait la même voie. "Annoncer cela la veille de la réouverture est incompréhensible", a tempêté Mathias De Clercq (Open Vld). "Nous allons donc laisser le temps aux tenanciers d'appliquer cette nouvelle règle."

Le comité de concertation, qui réunit le gouvernement fédéral et les ministres-présidents des entités fédérées, avait annoncé le 14 avril la réouverture des terrasses pour le 8 mai, entre autres mesures entrant dans un "plan plein air" plus large.

"L'horeca et les services communaux ont travaillé d'arrache-pied pour respecter les protocoles reçus tardivement", poursuit le gantois. Des caméras pour contrôler l'afflux de personnes ont notamment été installées en complément d'actions de sensibilisation. La police locale contrôlera également le respect des mesures à des endroits stratégiques. Mais dresser des amendes aux gérants qui auraient tout de même installé des plexiglas sur leur terrasse n'est pas la priorité, assure M. De Clercq. "Nous allons leur laisser un peu de temps pour se conformer à cette nouvelle règle et dialoguer avec eux."

Du côté de Louvain, le bourgmestre socialiste Mohamed Ridouani a aussi annoncé, sur Twitter, un délai (dont la durée n'a pas été précisée) pour appliquer cette réglementation, qui n'est pas encore fondue dans un arrêté ministériel. "Les protocoles sont déjà arrivés tard (...), nous allons donc offrir du temps à l'horeca pour se conformer à la mesure", a-t-il indiqué.

Les gérants des établissements horeca espéraient pouvoir accueillir le plus de clients possible en installant des parois transparentes, afin de réduire l'espace entre les tables. Moins de 24 heures avant la réouverture, le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne a annoncé qu'utiliser des écrans en plexiglas serait cependant interdit.

Bart De Wever en colère

Une information tardive qui met également le bourgmestre d'Anvers, Bart De Wever (N-VA), en colère. "Je suis vraiment scandalisé que la décision ministérielle arrive si tard", indique-t-il.

"Et bien sûr, il y a encore des absurdités et des surprises. Tu ne peux pas vraiment travailler correctement avec tout ça." Selon De Wever, le décret ministériel aurait dû être prêt plus tôt. "Nous sommes quatorze mois après le début de la crise, ce n'est pas comme si on n'avait pas de textes antérieurs", dit-il.

De Wever s'est dit "perplexe" après avoir appris la nouvelle de l'interdiction des écrans en plexiglas. "J'ai demandé hier à la police de sensibiliser dans un premier temps, car il est totalement déraisonnable de demander aux gens d'appliquer des règles qu'ils ont à peine pu réceptionner", dit-il.

Cependant, Bart De Wever ne veut pas dire qu'il autorisera les écrans en plexiglas à Anvers. "Si cela figure explicitement au Moniteur belge, cela a force de loi", indique-t-il. "En tant que bourgmestre, vous devez faire attention. Je n'ai aucune envie de faire appliquer cette loi, que ce soit clair, mais si c'est dans la loi, les gens peuvent obtenir des PV. En tant que bourgmestre, vous devez donc faire attention à ne pas plonger votre population dans l'incertitude juridique. Je n'ai pas envie de dire aux hôteliers et restaurateurs qui ont investi, de bonne foi et sur la base du protocole hôtelier et de restauration, qu'ils doivent fermer leurs établissements demain."

Côté francophone, on est plus mesurés

A Namur, Maxime Prévot précise que les villes n'ont pas le choix, la règle étant fédérale. Quand on lui demande si il va faire appliquer cette interdiction d'utilisation des plexiglas en terrasse, le bourgmestre de Namur déclare ceci : "La police aura certainement d'autres priorités, mais je n'ai de toute façon pas connaissance que des exploitants horeca namurois comptent en utiliser".

On ne dit, en substance, pas autre chose à Tournai : Paul-Olivier Delannois, bourgmestre, nous explique que toutes les mesures ont été prises pour permettre aux établissements de disposer de l'espace nécessaire en terrasse.

A Mons, l'arrêté ministériel sera également suivi. Tout comme à Charleroi, où l'on nous réaffirme la volonté de "se ranger derrière les décisions du Codeco, comme d'habitude. Par contre, et c'est le cas depuis le début, au niveau de la police, le mot d'ordre est de privilégier, toujours, une approche de dialogue et de la pédagogie comme première option."

Il nous revient également que Liège interdira bel et bien l'utilisation de plexiglas également.

Les règles en vigueur

L'arrêté ministériel confirmant le lancement du plan plein air sera publié incessamment au Moniteur belge, a annoncé de son côté le cabinet de la ministre de l'Intérieur Annelies Verlinden vendredi en début d'après-midi. Les mesures entreront donc en vigueur à minuit, comme annoncé. La ministre avait sollicité l'avis du Conseil d'État à la suite des comités de concertation des 14, 23 et 28 avril. Cet avis lui est parvenu jeudi à 22h15, précise le cabinet. Le texte a été affiné, sans modifier fondamentalement les mesures déjà annoncées.

L'arrêté ministériel réglemente tout d'abord l'ouverture des terrasses. Les mesures sont inchangées par rapport à celles figurant dans le projet d'arrêté ministériel approuvé par le gouvernement fédéral et communiqué le 29 avril. Concrètement, les tables doivent notamment bien être disposées de manière à garantir une distance d'un mètre et demi entre les tablées. Un maximum de 4 personnes par table est autorisé, sauf lorsqu'il s'agit d'un seul et même ménage. Seules des places assises à table sont autorisées. Chaque personne doit rester assise à sa propre table et aucun service au bar n'est autorisé. Un côté au moins de la terrasse est ouvert en tout temps dans son entièreté et doit assurer une ventilation suffisante. La consommation de boissons et de repas doit obligatoirement avoir lieu à l'extérieur. Le client peut uniquement accéder à l'espace intérieur occasionnellement et pendant une courte durée pour aller aux toilettes, pour accéder à la terrasse ouverte ou pour payer l'addition. Enfin, les clients et le personnel portent un masque ou toute autre alternative en tissu. Les clients peuvent retirer leur masque lorsqu'ils sont assis à table. Le niveau sonore ne peut pas dépasser les 80 décibels.

Les heures d'ouverture de la terrasse sont confirmées de 8h00 à 22h00. L'heure limite de vente d'alcool coïncidera avec l'heure de fermeture des établissements horeca (22h00 également).