Exiger des paiements plus rapides tout en demandant des délais : la schizophrénie des entreprises belges vis-à-vis des factures

Selon le dernier coup de sonde effectué par Intrum, les entreprises belges souhaiteraient que leurs clients règlent les factures plus rapidement. Problème : elles sont loin d'être irréprochables quand elles doivent à leur tour payer leurs fournisseurs...

L'instabilité présente depuis l'arrivée du Covid-19 complique la bonne gestion des finances.
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François Thys

La gestion des liquidités est devenue un vrai défi pour les entreprises. L'instabilité présente depuis l'arrivée du Covid-19 complique en effet la bonne gestion des finances. Une situation qui amène une certaine schizophrénie chez les entrepreneurs. Selon le European Payment Report 2021 mené par le prestataire de services financiers Intrum, "les entreprises belges appliquent le principe du 'deux poids, deux mesures' pour leur facturier d’entrées et de sorties. Elles estiment que les paiements ponctuels sont cruciaux pour une bonne relation de confiance client-fournisseur. Néanmoins, bon nombre d’entre elles essaient d’obtenir des délais de paiement plus longs alors qu’elles exigent des paiements à l’échéance de leurs propres clients".


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Pas tous logés à la même enseigne

Cette double politique peut entraîner des situations pour le moins complexes, avec plusieurs variables à prendre en considération, comme la nature du client. "Les instances publiques paient en moyenne avec 7 jours de retard, les clients professionnels avec 10 jours de retard et les particuliers avec pas moins de 11 jours de retard. Ce fossé qui se creuse est assez préoccupant pour les PME qui disposent de moins de réserves financières depuis la pandémie de coronavirus et qui dépendent largement de la stabilité de leur trésorerie", détaille Intrum.

"Le risque accru de non-paiement est principalement lié aux craintes latentes qu'il y ait encore des répliques de la crise du Covid-19 et surtout dans les secteurs les plus touchés. L'arrêt des moratoires et les aides gouvernementales alimentent également cette demande", ajoute Christophe De Boeck, porte-parole d'Intrum.

Conserver des liquidités

Certains acteurs économiques se renvoient également la balle. Ainsi, "les entreprises belges sont unanimes pour dire qu’il incombe socialement aux grandes entreprises de payer les PME à temps. Pourtant, les chefs d’entreprises reconnaissent aussi ne pas vraiment réfléchir aux répercussions négatives d’un paiement tardif de leurs factures sur les finances des PME auprès desquelles ils achètent des produits ou des services", explique Intrum. Un comportement qui mène donc à ce délicat constat : si les entreprises souhaitent recevoir les paiements de leurs clients plus rapidement, elles sont loin d'être exemplaires au moment de régler leurs propres factures.

L'objectif de la manœuvre est notamment de pouvoir conserver plus longtemps des liquidités au sein de l'entreprise. "Non seulement cette attitude est répréhensible, mais elle pourrait également avoir des conséquences à terme sur notre économie en cas de pénurie de liquidités au niveau de certains éléments stratégiques tels que le recrutement de nouveaux employés ou les investissements dans la numérisation et l'automatisation", conclut Christophe De Boeck.

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