"Gare aux mesures bien intentionnées qui ont l'effet contraire" : le secteur belge de la chimie émet des doutes sur le plan climatique européen

L'industrie de la chimie et des sciences de la vie salue le plan "Fit for 55" mais émet quelques doutes.

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Si le plan aux objectifs climatiques "Fit for 55" présenté ce mercredi par la Commission européenne a été salué par certains, dont la ministre du Climat Zakia Khattabi (Ecolo) qui estime néanmoins que certaines "propositions novatrices doivent encore être affinées", des critiques ont tout de même déjà vu le jour. La fédération d'entreprises du secteur de la chimie, des matières plastiques et des sciences de la vie, essenscia, l'a d'ailleurs fait savoir.

Si le représentant du secteur "salue" également "les clarifications de l’Europe sur la manière dont elle entend atteindre ses objectifs climatiques ambitieux", elle pointe trois "conditions préalables essentielles" : l'approvisionnement garanti en énergie décarbonée à un coût abordable, le soutien à l'innovation pour la transition et des mesures de protection contre la concurrence déloyale. "La mise en œuvre et le financement posent encore question concernant ces trois aspects", affirme l'organisation.

"Les chiffres démontrent que le secteur belge de la chimie et des sciences de la vie est un catalyseur de solutions climatiques. Les émissions de gaz à effet de serre en Europe ont diminué de près d'un quart depuis 1990. Les entreprises actives dans le secteur de la chimie et des sciences de la vie en Belgique – qui représentent 95 500 emplois et plus d’un tiers des exportations belges – ont, sur la même période, diminué leurs émissions de plus de 37 %", entame essenscia, en préambule.

Des effets délétères ?

"Gare aux mesures bien intentionnées qui ont l'effet contraire", alerte-t-elle dans la foulée.

"Les deux mesures les plus marquantes de l'initiative ‘Fit for 55’ sont la réforme du système européen d'échange de quotas d'émission (ETS) et l'introduction d'un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, une sorte de taxe carbone aux frontières européennes sur l'importation de certains produits. Le dispositif ETS fixe une limite sur les émissions totales et réduit ce plafond d'année en année. En conséquence, le nombre de quotas d’émission a été systématiquement réduit et le prix des émissions de CO₂ a été multiplié par dix en moins de quatre ans. Les ajustements proposés visent à un nouveau resserrement", commente essenscia, avant d'ajouter que si "cela encouragera l'industrie à investir massivement dans la transformation radicale des processus de production", une hausse du prix de l'électricité est à attendre "car les producteurs d'énergie répercuteront ce coût additionnel des droits d'émission. Le prix de l'électricité a déjà considérablement augmenté l'année dernière et cette révision du dispositif ETS pourrait freiner l'électrification des bâtiments, des transports et des processus industriels, pilier pourtant important de la transition verte".

Concurrence et compétitivité

De plus, essenscia pointe l'inégalité de traitement entre entreprises européennes, alors que la zone représente 10 % des émissions de CO₂ mondiales, ainsi qu'un risque de conflit commercial généré par la proposition de taxe carbone aux frontières.

"Via la proposition actuelle d'une taxe carbone aux frontières, l'Europe souhaite protéger son industrie contre les importations déloyales. Cependant, elle perd de vue le fait que des secteurs économiquement forts, dont les exportations sont mondiales, ne sont pas protégés par cette mesure et risquent même d'être victimes de conflits commerciaux. Cette mesure a en effet déjà suscité des inquiétudes de la part des États-Unis, de la Chine et de certaines économies émergentes. Il est important de créer des conditions de concurrence équitables entre l'Union européenne et les régions dont les règles climatiques sont moins strictes, mais cela doit être fait de manière réfléchie, en tenant compte de la position concurrentielle de toutes les entreprises", ajoute essenscia, soucieuse de la "compétitivité" des produits créés par les entreprises belges.

"Que ce soit clair. L'industrie de la chimie et des sciences de la vie en Belgique soutient l'ambition de tendre vers la neutralité climatique. Les matériaux et les innovations du secteur sont également indispensables pour réaliser l'importante transition vers une société climatiquement neutre. L'objectif commun est donc évident, mais la manière dont nous y parviendrons dépendra de différents facteurs. Ce dont nous avons besoin avant tout, c'est d'une énergie à faible intensité de carbone en quantité suffisante et à des prix compétitifs, d'une protection adéquate de la compétitivité internationale et d'un soutien au développement de technologies de pointe. Ces conditions préalables sont cruciales et le gouvernement fédéral et les autorités régionales de notre pays doivent également en tenir compte", a déclaré Els Brouwers, directrice Énergie, Climat et Economie chez essenscia.

Reste à l'Union européenne de réussir à mettre son plan en place en tenant compte des différentes inquiétudes et d'en évaluer leur légitimité.

"Le gouvernement fédéral s'engagera de manière constructive dans les discussions en Belgique et en Europe sur ces propositions, qui doivent encore être approuvées par les États membres et le Parlement européen", a également commenté Zakia Khattabi à propos de ce plan.

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