Axa Banque a-t-elle ouvert la voie au télétravail illimité ?

Axa Banque sera-t-elle suivie en ne fixant plus de nombre maximum de jours de télétravail dans sa nouvelle convention collective de travail (CCT) ?

Les employés d’Axa Banque n’auront pas une entière liberté puisque la nouvelle CCT exclut le télétravail à plein temps.
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Le titre du communiqué avait un côté triomphant. La semaine dernière, Axa Banque annonçait avoir conclu une nouvelle convention collective de travail (CCT) qui l’a rendue “pionnière dans le domaine du télétravail”. Pionnière car l’institution ne fixe plus de nombre maximum de jours de télétravail par semaine, contre deux jusqu’à maintenant. “Les employés d’Axa Banque pourront chaque jour choisir de travailler à domicile ou au bureau en fonction de leurs propres préférences, des rendez-vous avec l’équipe et du service aux clients”, souligne le communiqué. La Libre a essayé d’analyser la portée exacte de cette nouvelle CCT et les conséquences qu’elle pourrait avoir sur d’autres entreprises.

1. Que dit exactement la convention collective de travail ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les employés d’Axa Banque n’auront pas une entière liberté puisque la CCT (qui n’est pas rendue publique) exclut le télétravail à plein temps. “Il est important que les employés viennent au bureau de temps en temps pour maintenir la cohésion sociale”, explique Nathalie Devenijns, la responsable des ressources humaines (RH).

Basé sur le principe de la “responsabilité et la confiance”, chaque employé devra se mettre d’accord avec son manager et ses collègues. “Il n’y aura plus de règles générales comme dans d’autres entreprises (par exemple un nombre ‘conseillé’ de jours de télétravail par semaine), mais bien des team agreements (conventions entre travailleurs et managers), des conventions évolutives pouvant varier d’une équipe à l’autre”, poursuit la responsable.

Si les membres de l’équipe ne parviennent pas à un accord, “le manager aura le droit de décider. Les team agreements feront l’objet d’une évaluation annuelle et seront modifiés le cas échéant”.

2. En quoi Axa Banque se démarque-t-elle ?

Même s’il aurait aimé connaître le contenu de la CCT avant de se prononcer, Laurent Taskin, professeur en management à l’UCLouvain, ne se montre pas étonné de ce pas franchi par Axa Banque. “Cela fait dix ans qu’elle est pionnière dans le new way of working, note-t-il. Et de pointer du doigt “une culture managériale basée sur la responsabilisation”.

Philippe Samek, permanent syndical CNE, souligne, quant à lui, le fait qu’Axa Banque, a toujours “essayé d’être créatif” dans la rédaction de ses CCT. Y compris, glisse-t-il au passage, dans “l’optimisation fiscale des rémunérations qui permettent d’exonérer les tranches les plus élevées”…

Ce qui ne l’empêche pas d’estimer qu’en matière d’organisation du travail, “il y a avantage à être intelligent. Il faut que tout le monde y trouve son compte. Le télétravail peut apporter des avantages en termes de déplacements et d’économies de surface”.

Pour Kris De Meester, 1er conseiller à la FEB dans les matières de bien-être au travail, estime, quant à lui, que cette CCT n’est pas pionnière. “Cela fait 20 ans que des entreprises comme Randstad ou Adecco vont dans cette direction.”

3. D’autres institutions financières vont-elles faire de même  ?

Pour Laurent Takin, l’accord trouvé par Axa Banque “est un bon exemple de ce qui est attendu. Le timing est bon. Cela montre qu’il est important que chaque organisation définisse un cadre général dans lequel s’inscrit le télétravail. Et cela met en avant la nécessité d’investir dans le management humain.”

Il ne croit toutefois pas à un copier/coller de ce qui vient d’être décidé chez Axa Banque. Car une fois encore, celle-ci avait une culture managériale qui rend possible une telle CCT.

Les entreprises qui veulent s’en inspirer doivent donc pouvoir avoir ou mettre en place une organisation qui s’y prête, qui met fortement l’accent sur la responsabilisation et la confiance. “On connaît peu d’entreprises qui fonctionnent comme Axa Banque”, note le professeur.

4. Quels sont les écueils à éviter  ?

Comme écrit ci-dessus, la CCT d’Axa Banque interdit le télétravail 5 jours sur 5. Les avis sont d’ailleurs unanimes pour dire qu’une telle possibilité est à éviter. “Les recherches scientifiques montrent qu’au-delà de 50 % en télétravail, les inconvénients – c’est-à-dire la rupture sociale – prennent le pas sur les avantages, c’est-à-dire la qualité du travail, commente Laurent Taskin.

Kris De Meester met lui en garde sur l’incapacité d’un certain nombre de travailleurs – de l’ordre de 15 à 20 % – à gérer l’autonomie qu’induit le télétravail. “Il ne faut pas rendre le télétravail obligatoire. Il faut trouver un équilibre entre la motivation du travailleur et son confort de travail.”

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