Le nouveau CEO du Biopark affiche de grandes ambitions pour l'écosystème biotech de Charleroi

Rencontre avec Florence Bosco et Bertrand Alexandre, l'ancienne et le nouveau CEO du Biopark de Gosselies.

Passage de témoin entre Florence Bosco et Alexandre Bertrand.
Passage de témoin entre Florence Bosco et Alexandre Bertrand. ©Biopark de Gosselies

Le Brussels South Charleroi BioPark (BSCB), nom donné au pôle constitué d'instituts et d'entreprisés biotech à Gosselies, a annoncé ce vendredi matin la nomination de Bertrand Alexandre, actif dans le domaine de la pharmacie et de la biotechnologie depuis trente ans, au poste de CEO pour conduire la prochaine phase de croissance du Biopark. M. Alexandre prend le relais de Florence Bosco, qui avait rejoint le Biopark en 2017. Nous les avons interrogés.

Florence Bosco, votre départ de la direction du Biopark était-il programmé?

Florence Bosco (F.B.). J'imagine que ça peut apparaître comme une surprise. En fait, j'ai reçu, il y a quelques semaines, une proposition que je pouvais difficilement refuser. Pour la première fois, je serai dans un projet de développement de médicaments, c'est-à-dire au cœur du métier de l'industrie biopharma et biotech. Cela fait plus de 15 ans que j'évolue dans cette industrie. J'ai eu l'occasion de développer des bioréacteurs pour la production de médicaments; j'ai développé une organisation de recrutement de patients pour des études cliniques; puis je suis arrivé au Biopark en 2017. Aujourd'hui, je suis heureuse de pouvoir entrer dans le cœur dans l'industrie.

Pour quelle société allez-vous travailler?

F.B. C'est une start-up de Boston. Nous sommes en train de créer une filiale qui s'implantera au Biopark et dont je serai la CEO. On communiquera le nom en septembre. Je peux juste vous dire que c'est une start-up active dans le domaine du cancer et du "global health".

Vous êtes CEO du développement du Biopark depuis 5 ans. Comment a-t-il évolué?

F.B. On a vécu une forme de révolution avec l'apparition des premiers fruits de la stratégie, initiée il y a 20 ans, de création de spin-off et de start-up. Aujourd'hui, si on a pu attirer au Biopark de grands groupes internationaux, c'est grâce à toutes ces sociétés pionnières en biotech. On a deux groupes canadiens, Nexelis et CellCarta, qui sont arrivés en rachetant une spin-off de l'ULB et une start-up locale. On a aussi deux groupes américains, Catalent et Thermo Fisher. Tous ces groupes ont fait de Gosselies et du Biopark leur centre de développement européen, avec des plans d'investissement importants de long terme. Ces présences étrangères sont à la fois une confirmation et une consolidation de tout ce qui a été construit ici depuis vingt ans.

Cette internationalisation a été de paire avec une spécialisation du Biopark.

F.B. Quand je suis arrivée, on était déjà dans la haute technologie, mais sans véritables axes de spécialisation. On a décidé de se spécialiser dans le développement de médicaments biologiques, car c'est là que résidaient nos principaux atouts, grâce notamment à la présence de l'ULB. Aujourd'hui, l'écosystème est très développé au niveau thérapeutique. C'est devenu notre grande force. En l'espace de cinq ans, on a acquis une place importante en Europe puisque le Biopark représente 20 % de l’ensemble des capacités de production européennes pour les thérapies cellulaires et géniques.

Le Biopark ne se résume plus à un parc scientifique de R&D?

F.B. Tout à fait. Aujourd'hui, nous avons toute une série d'entreprises dont le métier est de faire de la bioproduction. C'est le fameux modèle de "CMO" (Contract Manufacturing Organization) adopté par des sociétés telles que Univercells/Exothera, Catalent, Thermo Fisher, BePharBel, etc. Ce sont des façonniers, qui se caractérisent par une croissance de l'emploi beaucoup plus rapide que dans la R&D.

Florence Bosco et Alexandre Bertrand.
Florence Bosco et Alexandre Bertrand. ©D.R.

Bertrand Alexandre (B.A.), vous avez longtemps travaillé dans l'industrie pharmaceutique, notamment chez GSK Vaccines, avant de rejoindre le secteur biotech belge en œuvrant pour Celyad. Comment avez-vous été amené à reprendre la direction du Biopark?

B.A. Après Celyad, j'ai cofondé une start-up, qui est basée en Angleterre, pour laquelle j'ai fait le business plan et j'ai trouvé des partenaires financiers. J'ai notamment eu des contacts avec des fonds belges, qui eux-mêmes m'ont mis en contact avec Florence. C'est comme ça qu'on m'a demandé si la fonction m'intéressait.

Vous connaissez donc déjà bien l'écosystème biotech belge et wallon?

A.B. Je l'ai connu à travers mon expérience chez Celyad, qui se trouve à Mont-Saint-Guibert. Je connais aussi des anciens de GSK. Et en venant ici au Biopark de Gosselies, je recroise pas mal de têtes connues.

Quel regard portez-vous, aujourd'hui, sur cet écosystème?

B.A. C'est assez extraordinaire comme réussite. Je vais vous raconter une petite anecdote. Quand j'ai commencé à travailler pour Celyad, en 2015, pas mal de personnes, en France, m'ont demandé ce que j'allais faire là-bas. En fait, je me suis vite rendu compte que l'écosystème biotech belge comptait plus de sociétés cotées, en France et aux Etats-Unis, que des sociétés biotech françaises ! La Wallonie et la Flandre sont parvenues à construire des écosystèmes tout à fait remarquables en surpassant de nombreux pays qui, en principe, avaient plus de moyens et d'atouts pour le devenir.

Quels sont les principaux atouts de l'écosystème biotech wallon?

B.A. L'un des atouts est la très belle offre financière. Je m'en suis rendu compte lorsque j'ai voulu lever des fonds pour ma start-up. J'ai eu un très bon accueil auprès des fonds d'investissement belges. L'écosystème intègre aussi l'ensemble de la chaîne de valeur (R&D, CMO, etc.). C'est une très grande force. La position géographique de la Wallonie joue également un rôle important, tout comme le soutien des autorités publiques.

Vous annoncez, d'emblée, que vous avez hâte de faire du BioPark "la première destination européenne pour les pépites biotechs locales et internationales". C'est ça votre première ambition?

B.A. Comme l'expliquait Florence, les récentes acquisitions par des groupes étrangers sont une validation de la stratégie suivie par le Biopark et ses membres depuis vingt ans. L'objectif, désormais, est d'attirer encore davantage de sociétés étrangères qui veulent avoir une tête de pont en Europe. Pas seulement en rachetant des spin-off ou des start-up wallonnes, mais en venant installer une activité à Gosselies pour se développer en Europe et dans le monde. L'ambition du Biopark reste aussi d'attirer des projets innovants à des stades précoces. Il faut aussi faire en sorte de garder toutes celles qui sont déjà présentes au Biopark et les accompagner dans leur croissance. Il ne s'agit pas de les laisser tomber !

Y a-t-il des objectifs chiffrés que vous souhaitez atteindre?

F.B. Comme vous savez, on a lancé un vaste projet immobilier qui va ajouter 40.000 m² sur une période de dix ans. Cela doit nous permettre de doubler la taille du Biopark, ce qui signifie notamment de passer de 3.000 à 6.000 emplois à un horizon de 5 à 7 ans.