Il y a un peu de Buster Keaton dans la vallée de la Molignée

Comme chaque année, La Libre Eco profite de juillet et août pour proposer des séries d’été. La première est dévolue aux attractions touristiques belges, alors que de nombreux Belges ont à nouveau choisi de rester au pays pour les vacances. Au-delà de l’histoire du site, l’idée est de voir, en coulisses, comment marchent les affaires et quelles sont les perspectives. Place ce week-end aux draisines de la Molignée.

Paul Arnould est le patron de cette activité phare de la vallée de la Molignée, entre Anhée et Maredsous, depuis son lancement dans les années 90.
©Ennio Cameriere

Libre Eco été | Le tour(isme) de Belgique

Jacques, 84 ans, est assis à un tout petit bureau qui sent bon l’ancien temps. Le bruit de ses doigts tapotant une vieille machine à calculer contribue grandement à l’ambiance un peu surannée qui se dégage du quartier général de la SA Les Draisines de la Molignée, du nom de ces petits wagons à pédales qui longent une voie de chemin de fer désaffectée depuis les années 60. Le junior du jour – 83 ans – est assis à quelques mètres de là.

Paul Arnould est le patron de cette activité phare de la vallée de la Molignée, entre Anhée et Maredsous, depuis son lancement dans les années 90. Après une carrière bien remplie dans le marketing et l’exportation, chez 3M à Anvers et dans l’une des plus grandes manufactures textiles françaises, la Lainière de Roubaix, Paul Arnould se lance en mai 1994.

Il y a un peu de Buster Keaton dans la vallée de la Molignée
©IPM GRAPHIC


Une ligne stratégique pour l’armée

C’est au départ de Falaën que les draisines se meuvent et crissent toute l’année, le long d’une voie ferrée qui longe le Ravel sur l’un des sites de la Vallée de la Meuse les plus prisés par les touristes. “ J’avais pris une année sabbatique en 1993 et le hasard des rencontres dans le coin, mon inscription au syndicat d’initiative de Anhée… et un film de Buster Keaton où l’on voit une draisine (NdlR : Le Mécano de la “General” , 1926) m’ont décidé à me lancer, d’autant que dans la région, cela suscitait de l’intérêt de la part des commerçants et du secteur hôtelier.”

La voie de chemin de fer était une ligne stratégique de l’armée belge, pour le transport de matériel notamment. Elle a été entretenue jusque dans les années 60, avant que la société des chemins de fer ne la reprenne ”, se remémore Paul Arnould. Aujourd’hui, la société Les Draisines de la Molignée (10 personnes) loue cette voie longue de 7 km – “L’excursion est donc longue de 14 km, pour l’aller et le retour” – à la Région Wallonne, qui s’occupe de l’entretien du Ravel qui jouxte les rails. “ L’installation du Ravel nous a aidés à franchir le pas. Sans quoi l’entretien annuel complet aurait été impossible à assurer (NdlR : 500 000 euros par an). Nous devons entretenir la voie, naturellement, et les ponts sur lesquels passent les draisines ”, précise-t-il.

Les draisines de la vallée de la Molignée attirent environ 60 000 visiteurs par an.
©Yves Vézant


Il n’est en effet pas rare que les falaises qui se hissent le long du parcours vers l’abbaye de Maredsous laissent s’échapper un bout de rocher de temps à autre. “ On n’a jamais vraiment eu de gros soucis en près de 27 ans d’existence, si ce n’est une fois l’écroulement d’un pont. Mais cela n’a eu aucune conséquence ”, sourit Paul Arnould, qui en a manifestement vu d’autres.

60 000 visiteurs en rythme de croisière

Aujourd’hui, les draisines de la vallée de la Molignée attirent environ 60 000 visiteurs par an, de tous horizons, depuis le début. “ Des reportages sur les principales chaînes nationales – RTBF, RTL, VRT,… – ont contribué à notre visibilité et alimenté le bouche-à-oreille, mais on a aussi beaucoup travaillé sur les combinaisons dans la région, en nouant des partenariats avec l’escargotière, les ruines de Montaigle ou l’abbaye de Maredsous. En réalité, notre principale difficulté, c’est que tout le monde veut venir à la même heure le même jour” , plaisante-t-il. Les événements d’entreprises – “ On appelle ça des teams buildings je crois ” – et les visites d’écoles permettent de compenser cet écueil. “ Même la police fait parfois des réunions chez nous ”, se rappelle-t-il.

Si l’année 2020 a été particulière en raison de la crise du Covid, elle n’a pas été catastrophique pour autant, même si le public était forcément plus local, plus belge, “ alors que d’habitude, on attire aussi pas mal de monde de l’étranger. Comme c’est une activité de plein air, et que les protocoles sanitaires ont rapidement pu être instaurés, on a évité la saison morte, mais j’aspire tout de même à ce qu’on en sorte” , poursuit Paul Arnould. Pour qui la question de la succession se pose doucement. “ On a l’âge qu’on a, et on est bien aidés par nos fils ou beau-fils… Il y a déjà eu des pourparlers avec d’autres mais ce n’est pas facile de trouver des gens motivés, prêts à travailler 7 jours sur 7, qu’il vente ou qu’il neige”, sourit Paul Arnould, 83 ans.

Cet article a été réalisé avant les intempéries qui ont touchés la Belgique. Contacté par nos soins, Paul Arnould, nous a expliqué qu'il n'y avait "heureusement pas a eu de dégât !"