La réserve naturelle du Zwin, 24 millions d'euros investis pour créer un "aéroport international des oiseaux"

Les deux propriétaires du Zwin Parc Nature ont réalisé d’importants investissements ces dernières années.

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© Zwin Parc Nature

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Situé sur une surface de 770 hectares dont une toute petite partie aux Pays-Bas (43 hectares), le Zwin est devenu, au fil des ans, une des attractions majeures de la Flandre. Où les près de 300 espèces d’oiseaux qui y pointent le bout de leur bec aux quatre saisons de l’année sont les vedettes admirées par des centaines de milliers de touristes. Mais il fut une époque où la cigogne, l’avocette élégante et la spatule blanche n’étaient pas au centre de tous les regards. Une époque où l’être humain était le maître des lieux.

Au Moyen Âge, le Zwin était un pôle d’activités de la Région au même titre que Damme ou Bruges. Dans ce bras de mer aujourd’hui ensablé, un canal avait été construit, qui allait jusqu’à Bruges. Aujourd’hui, il n’en reste aucune trace. Ni du port où transitaient des marchandises venues du monde entier. "On était au cœur économique de la Flandre", raconte Ina De Wasch, directrice du Zwin Parc Nature.

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© IPM Graphics


En 1924, le Hazegraspolder a transféré le marais salant et les dunes à Léon Lippens, le père du bourgmestre décédé en février dernier, qui voulait en faire une réserve naturelle. Ce qui n’empêcha pas de maintenir une activité économique et sportive.

Un aéroport entre 1929 et 1959

Car aussi incroyable que cela puisse paraître, il y avait, de 1929 jusqu’en 1959, un aéroport en face de l’actuel centre de visiteurs. Au début, il accueillait seulement des vols privés et de loisir, entre autres ceux qui transportaient Léon Lippens et sa famille, avant d’avoir quelques vols commerciaux. À la même époque, il y avait aussi un jumping auquel aimait assister la bonne société venue passer ses vacances dans les stations balnéaires.

Mais avoir un aérodrome dans une réserve naturelle, c’est pour le moins contre-nature. En 1959, les avions ont été rangés dans les hangars. C’en était fini avec le vrombissement des moteurs. Finis aussi, les sauts d’obstacles pour les cavaliers et leurs chevaux. Plus question de déranger la faune et la flore qui s’épanouissaient dans le sable mouillé par les allées et venues de la mer du Nord.

Pendant près d’un demi-siècle, la réserve naturelle resta dans les mains de la Compagnie du Zoute contrôlée par la famille Lippens. Son "règne" prit fin en 2006 quand la Région flamande acheta la plaine du Zwin pour 1,882 million d’euros (179 hectares) et la Province de Flandre occidentale l’ancien parc ornithologique pour 1,520 million (18 hectares).

Les deux propriétaires actuels du Zwin Parc Nature sont la Province de Flandre occidentale et l’Agentschap Natuur en Bos (l’Agence Nature et Forêt, ou ANB). "L’idée des propriétaires est d’en faire un parc ornithologique qui combine tourisme et éducation", explique Ina De Wasch.

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© Zwin Parc Nature


En 2013, le parc ornithologique fut fermé "pour pouvoir en établir un nouveau", poursuit la directrice. Les travaux ont duré trois ans jusqu’à la réouverture en juin 2016. Ils ont nécessité des investissements conséquents : près de 24 millions dont quasi 20 millions à charge de la Flandre occidentale. "Ils avaient pour objectif de créer un aéroport international des oiseaux où ceux-ci peuvent décoller quand ils le veulent. Les cages ont ainsi été supprimées", raconte Ina De Wasch.

Plaine élargie

En 2019, la plaine du Zwin fut élargie de 120 hectares et surtout la nouvelle digue qui mène jusqu’aux Pays-Bas fut construite. "Il s’agissait de donner plus de paysage marin au site. La digue permet de mieux protéger les terres contre les inondations. Elle apporte aussi une fonction récréative puisque les cyclistes peuvent l’emprunter pour aller jusqu’aux Pays-Bas", explique Ina De Wasch.

Comme tout lieu touristique, le Zwin a souffert de la crise sanitaire. Durant dix semaines, le parc ornithologique a été fermé. "Pendant toute cette période, nous n’avons eu ni entreprises ni écoles. Cela fait baisser le nombre de visiteurs. On a atteint 60 % des revenus attendus en 2020", déplore Ina De Wasch.

Depuis le relâchement des mesures sanitaires, la fréquentation est repartie à la hausse. Le 3 juillet, une exposition a été ouverte, ayant pour thème les ports disparus. On peut y découvrir l’écosystème économique de l’époque. "Il y a eu une très belle coopération entre les différents partenaires, dont la province de Zélande. Une partie a également été financée par le port de Zeebrugge", indique Ina De Wasch.

Le passé économique a aussi sa place dans le royaume belge… des oiseaux.

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