Le foot français attend que la justice tranche entre Canal+ et beIN Sports

Une nouvelle décision judiciaire est censée clarifier ce jeudi l'identité de la chaîne qui diffusera deux rencontres de Ligue 1 par semaine dès samedi et réglera le premier versement de droits TV.

Le foot français attend que la justice tranche entre Canal+ et beIN Sports
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La Libre Eco avec AFP

Canal+ ou beIN Sports ? Aux abois, le football français attend jeudi une nouvelle décision judiciaire censée clarifier enfin l'identité de la chaîne qui diffusera deux rencontres de Ligue 1 par semaine dès samedi et réglera le premier versement de droits TV, attendu fébrilement jeudi.

Le feuilleton n'en finit plus ! Depuis le défaut de l'ancien diffuseur Mediapro, à l'automne 2020, les clubs vivent dans une incertitude quasi permanente sur le montant de leurs revenus audiovisuels...

La Ligue de football professionnel (LFP) semble avoir trouvé un acteur solvable en attribuant, en juin, 80 % des matches au géant Amazon contre 250 millions d'euros. Mais ce choix a offusqué Canal+ et beIN Sports, ses autres partenaires: sous contrat avec la LFP depuis 2018, les deux chaînes refusent de débourser 332 millions d'euros pour 20 % des rencontres et multiplient les recours.

Au coeur de l'été, le conflit a gagné les tribunaux. Voici les clubs suspendus à une décision de justice à 24 heures seulement du lancement du Championnat vendredi, et au jour-même du premier versement des droits de la Ligue 1, une manne de 68 millions d'euros TTC attendue jeudi.

Jeudi matin, personne ne peut affirmer qui diffusera Troyes-Paris SG samedi à 21h00, ni Metz-Lille dimanche à 17h00...

Litige beIN/Canal

Clubs, sponsors, joueurs, dirigeants et téléspectateurs sont désormais suspendus à une décision du tribunal de commerce de Nanterre, attendue vers 14h00.

Saisi en référé par beIN Sports, soutenue par la LFP, le tribunal de commerce doit décider si Canal+ est en droit de résilier son contrat de sous-licence signé avec la chaîne qatarie sur ce fameux "lot N.3" comprenant deux matches par semaine.

"La décision de jeudi est cruciale: ou bien Canal n'a pas le droit de résilier son contrat de sous-licence et c'est elle qui doit produire, diffuser et payer; ou bien Canal a le droit de sortir de son contrat, auquel cas l'obligation reposera sur beIN", développe un acteur du dossier.

Mercredi, la LFP a pu s'offrir une petite respiration: dans un premier volet de l'affaire, la justice a ordonné à beIN d'honorer sa part du contrat, éloignant l'hypothèse redoutée de "l'écran noir", des matches non-diffusés ce week-end.

Mais cette décision ne libère pas le secteur de ses incertitudes. Si Canal+ est condamnée, quelle sera sa réaction, alors qu'elle martèle depuis juin qu'elle compte "se retirer" de la Ligue 1 ?

Plusieurs sources ayant connaissance du dossier s'attendent à ce que la chaîne cryptée fasse appel - un recours n'étant a priori pas suspensif. Quant à la LFP, elle espère que le groupe reviendra à la raison face à de possibles pénalités d'1,5 million d'euros par jour de retard dans l'exécution du contrat, demandées par la Ligue et beIN dans ce dossier.

beIN sous protection

En cas de décision défavorable à beIN, l'orage se ferait encore plus menaçant au-dessus de la planète football. "Pour défendre ses intérêts" et face au risque financier que représente ce lot à 332 M EUR par an qu'elle n'envisageait pas de récupérer, beIN Sports s'est en effet lancée dans une procédure de conciliation auprès du tribunal de commerce de Nanterre, qui peut durer plusieurs mois.

"Dans 99,9 % des cas, cette procédure implique une suspension des paiements", pointe un acteur du dossier, laissant redouter de longs mois d'impayés dans ce cas de figure, qui contraindrait sans doute la Ligue à souscrire de nouveaux emprunts dans l'attente d'un accord amiable sur le montant du lot N.3.

A court terme, la LFP mise donc sur une condamnation de Canal+, plus susceptible d'assurer des revenus immédiats. Mais elle n'échappera pas à d'autres procédures au fond d'ici quelques mois: beIN Sports l'a assignée devant le tribunal judiciaire de Paris en vue de faire reconnaître la caducité du lot N.3, et la chaîne qatarie a également porté l'affaire devant la Commission européenne pour "abus de position dominante".

"Que de temps perdu", s'alarme un acteur du dossier. "Les fans de foot français à l'arrêt, les annonceurs à l'arrêt, les clubs qui craignent la banqueroute, les diffuseurs historiques de la Ligue qui s'en éloignent... C'est de la folie et cela va continuer encore et encore".

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