Crise des opiacés : le "big pharma" ouvre sa bourse pour éviter les procès

Quatre entreprises paieront un total de 26 milliards de dollars.

Crise des opiacés : le "big pharma" ouvre sa bourse pour éviter les procès
© Shutterstock
AFP

Trois distributeurs américains de médicaments, qui ont accepté en juillet de payer 21 milliards de dollars pour solder des milliers de litiges liés à la crise des opiacés aux États-Unis, ont annoncé samedi avoir reçu le soutien de suffisamment d’États fédérés pour passer à la prochaine étape de l’accord.

AmerisourceBergen, Cardinal Health et McKesson ont, dans un communiqué commun, expliqué avoir reçu le feu vert de 42 des 49 États qui les poursuivent, ainsi que du district de Washington, la capitale, et de cinq territoires américains.

La crise des opiacés

Le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson, qui avait également annoncé en juillet qu'il acceptait de payer 5 milliards de dollars pour éteindre les poursuites dans cette même affaire, n'est pas mentionné dans le communiqué. L'entreprise n'a pas, dans l'immédiat, donné suite aux sollicitations de l'AFP. La "crise des opiacés" fait référence à l'augmentation rapide du nombre de morts par overdose de produits dérivés de l'opium lorsque des firmes pharmaceutiques ont activement promu, auprès des médecins, la prescription de médicaments antidouleur à base d'opiacés (oxycodone, fentanyl, notamment), dont ils avaient - faussement - garanti, à la fin des années 1990, qu'ils ne créaient pas d'accoutumance. Selon le ministère américain de la Santé, "l'accroissement des prescriptions de médicaments à base d'opiacés a conduit à un large mauvais usage de produits prescrits et non prescrits avant qu'il devienne clair que ces médicaments pouvaient se révéler hautement addictifs".

80 % des héroïnomanes

Selon un département du ministère, le National Institute on Drug Abuse (NIH), "quelque 80 % des gens qui utilisent de l'héroïne ont commencé par abuser de prescriptions médicales d'opiacés". Le ministère avait déclaré en 2017 une "urgence de santé publique" au sujet de cette crise, alors que quelque 50 000 personnes meurent chaque année, aux États-Unis, d'overdose d'opiacés (contre 38 000 pour les décès par armes à feu), un chiffre qui a explosé depuis la fin des années 1990. En 2016, on estimait que 40 % des décès par overdose d'opiacés impliquaient une prescription médicale, selon le ministère de la Santé.

Avoir fermé les yeux

Les distributeurs de médicaments sont accusés d’avoir fermé les yeux sur des commandes d’opiacés suspectes. Ces groupes espèrent, par les accords annoncés, mettre fin à près de 4 000 actions en justice intentées par une quarantaine d’États américains et par des collectivités locales, dans le cadre d’une proposition d’accord à l’amiable.

Selon les termes négociés, le versement des 26 milliards de dollars au total - qui doivent permettre aux États et collectivités de financer les traitements rendus nécessaires par ce fléau - dépend du nombre d’États américains qui valideront l’accord. Chaque État participant a maintenant jusqu’au 2 janvier pour demander à ses collectivités locales si elles veulent aussi être parties prenantes à l’accord.

Si les conditions sont remplies, l'accord entrera en vigueur "60 jours après que les distributeurs auront déterminé qu'il y a une participation suffisante pour procéder", détaille le communiqué.

L’accord le plus important

S’il se confirme, l’accord sera le plus important de l’épique et complexe bataille juridique engagée par les États et collectivités pour faire payer les entreprises.

Dans un autre dossier, un juge américain a approuvé mercredi le plan de faillite proposé par Purdue, accusé pour sa part d’avoir contribué à la crise des opiacés aux États-Unis en promouvant agressivement son médicament antidouleur OxyContin. Ce plan prévoit que les propriétaires de la société, la famille Sackler, versent 4,5 milliards de dollars au total aux victimes et institutions affectées et que l’entreprise soit démantelée, en échange d’une certaine immunité pour les membres de la famille.

Sur le même sujet