Le cimentier Lafarge aurait versé plusieurs millions d’euros à des groupes terroristes

La Cour de cassation rouvre le débat sur la “complicité de crimes contre l’humanité” suite aux soupçons de financement de groupes terroristes via sa filiale en Syrie

Le cimentier Lafarge aurait versé plusieurs millions d’euros à des groupes terroristes
©Belga Image
Ariane van Caloen avec AFP

Pour le cimentier français Lafarge, la décision prise mardi par la Cour de cassation française constitue une sérieuse menace.

Dans un arrêt très attendu, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a renvoyé devant la justice le débat sur la mise en examen du cimentier pour “complicité de crimes contre l’humanité” en Syrie, annulée en novembre 2019 par la cour d’appel de Paris. Elle a aussi cassé la décision de la cour d’appel de maintenir la mise en examen du groupe pour “mise en danger de la vie d’autrui”, et renvoyé ces deux questions devant la chambre de l’instruction, dans une composition différente, afin qu’elle se prononce à nouveau. La Cour a en revanche confirmé la mise en examen du cimentier pour “financement du terrorisme”.

"La décision prise aujourd'hui par la Cour de cassation ne présume en aucun cas d'une éventuelle culpabilité de Lafarge SA", a réagi le groupe dans une déclaration adressée à l'AFP, assurant qu'il continuait "de coopérer pleinement avec la justice".

Rappelons les faits. Dans une information judiciaire ouverte en juin 2017, Lafarge SA est soupçonné d’avoir versé en 2013 et 2014, via sa filiale Lafarge Cement Syria (LCS), près de 13 millions d’euros à des groupes terroristes, dont l’organisation Etat islamique (EI) ainsi que des intermédiaires afin de maintenir l’activité d’une cimenterie située en Syrie alors que le pays s’enfonçait dans la guerre.

Albert Frère actionnaire

Le principal actionnaire du cimentier français (qui a fusionné en 2015 avec le Suisse Holcim) est à l’époque le holding belge GBL, contrôlé par les familles Frère et Desmarais.

En avril 2018, Le Monde révélait qu'en décembre 2017, un mois après avoir mené une perquisition au siège de GBL à Bruxelles, la police belge avait entendu quatre administrateurs : Gérard Frère (le fils de feu Albert Frère), Gérard Lamarche (qui était membre du comité d'audit de Lafarge), Ian Gallienne (actuel CEO de GBL et gendre d'Albert Frère) et le Canadien Paul Desmarais.

Ces perquisitions et interrogatoires visaient à comprendre le rôle joué par l'actionnaire. Ils avaient suscité beaucoup de nervosité au sein de GBL qui a, depuis, fortement réduit sa participation (2,1 % actuellement contre plus de 9,4 % en 2017). "Concernant les accusations liées à la poursuite des activités de Lafarge en Syrie entre 2011 et 2014, nous répétons que nous n'en avons jamais eu connaissance avant 2016, ni au sein du conseil de Lafarge, ni au sein du conseil de Lafarge Holcim, ni en dehors de ceux-ci", avait souligné Gérard Lamarche en 2018 dans la presse.

La décision de la Cour de cassation a fait chuter le cours d'Holcim de 3 %, lors de la séance de mardi. Elle "envoie un message important à toutes les entreprises qui sont susceptibles de profiter ou de faciliter des crimes commis au cours de conflits armés et qui prétendent encore que leurs activités commerciales sont neutres", a estimé Cannelle Lavite, juriste contentieux à l'ECCHR (European Center for Constitutional and Human Rights), citée dans un communiqué.

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