Les quatre grandes banques belges lancent leur réseau de distributeurs "Bancontact" dans la contestation

Ecolo et Financité estiment que la promesse de service de proximité pour les utilisateurs n’est pas tenue.

Les nouveaux "points Cash" remplaceront progressivement les distributeurs automatiques de billets.
Les nouveaux "points Cash" remplaceront progressivement les distributeurs automatiques de billets. ©Didier Bauweraerts

En janvier 2020, les quatre grandes banques du pays (BNP Paribas Fortis, ING, Belfius et KBC) annonçaient leur volonté d’unir leurs forces pour “optimiser” leur réseau de distributeurs automatiques de billets de banque (ATM) et créaient, pour ce faire, l’opérateur Batopin.

Après un an et demi de préparation et quelques changements visant à répondre aux critiques, notamment de l'ASBL Financité, Batopin a ouvert ce mercredi les six premiers distributeurs automatiques de billets neutres du pays qui porteront le logo Bancontact. Ces "points Cash" sont situés à Anderlecht, Gand, Lierneux, Stavelot, Nimy et Clavier. "Une aubaine pour les habitants de Lierneux et Stavelot, vu que ces communes ne disposaient déjà plus de distributeur de billets", souligne le communiqué. Une façon de répondre aux critiques selon lesquelles certaines communes de Wallonie avaient été oubliées dans le projet initial…

Pas de virements bancaires

Pour fin 2024, il y aura environ 2 200 distributeurs sur 700 sites (notamment dans des gares ou des rues commerçantes mais aussi dans les locaux d'agences fermées). Ils remplaceront les quelque 5 062 distributeurs actuels pour les 4 grandes banques. Ces "points Cash" ne permettent pas à ce stade de faire des virements bancaires. Y aura-t-il encore des machines dans les agences pour faire des virements bancaires ? "Nous ne sommes pas habilités à répondre aux systèmes propres à chacune des quatre banques", nous répond-on chez Batopin.

Il y aura donc une forte réduction des ATM, même si chez Batopin, on assure que "95 % des citoyens auront accès à un distributeur à moins de 5 km de leur lieu de travail ou de leur domicile". Et d'ajouter que "22 sites ont été sélectionnés" car ils étaient considérés comme "sensibles" étant donné la faible densité de population. "Parler de réduction des distributeurs est anxiogène et inexact. Il y aura moins de distributeurs mais pas moins d'accessibilité. Le réseau neutre sera mieux réparti", explique le porte-parole de Batopin, Vincent Bayer.

Sept communes wallonnes

Des arguments qui sont loin de faire l'unanimité. "À en croire Batopin, la Wallonie sera la grande gagnante de cette nouvelle version puisque seules sept communes wallonnes n'auront aucun distributeur sur le territoire, contre neuf actuellement. Mais ce chiffre tient compte de tous les services, en ce compris donc les distributeurs des banques ne faisant pas partie du projet Batopin et ceux mis en place par bpost, qui pallie trop souvent l'absence de service bancaire", souligne Financité dans un communiqué. Le réseau alternatif rappelle aussi que "le critère des 5 km (à vol d'oiseau !) utilisé par Batopin est loin d'être une distance acceptable".

Les Verts, qui parlent d'une "annonce inacceptable", remettent eux aussi en cause la norme des 5 km. Celle-ci "devrait être la suivante : au moins un guichet automatique dans chaque zone résidentielle et les zones rurales, quelle que soit la distance entre deux guichets", explique Nicolas Parent, député fédéral Ecolo, dans un communiqué.

Pour les Verts, les agences bancaires doivent être organisées de la même manière que les guichets automatiques : soit une même agence offrant les mêmes services bancaires physiques aux clients de différentes banques. "Il est important d'assurer un service bancaire de proximité de qualité, comme c'est le cas pour les points de service postal", conclut Nicolas Parent.

Pas de frais supplémentaires

Une demande similaire émane de la secrétaire d’État au Budget et à la Protection des consommateurs Eva De Bleeker (Open VLD). Dans un communiqué publié ce mercredi, elle demande que les guichets automatiques puissent également être utilisés pour les virements traditionnels et qu’ils restent facilement accessibles pour les clients des autres banques (dont certaines ont un projet de joint venture équivalent à celui de Batopin). Elle demande que les banques soient aussi ouvertes et flexibles que possible et ne facturent pas de frais supplémentaires aux clients des autres banques ou alors qu’elles l’indiquent très clairement à l’avance.

Pour le CDH, le système proposé par Batopin "va réduire le service à la population". "Les garanties affichées constituent en réalité un recul", pointe le député régional humaniste Benoît Dispa.

Un projet à l’étude

Au moment de l'annonce du 7ème contrat de gestion en juillet, bpost faisait valoir "une nouveauté importante", à savoir que "les banques auront la possibilité de proposer leurs services dans les bureaux de poste". Relevant ce point passé inaperçu, Le Soir a interrogé Petra De Sutter, la ministre des Entreprises Publiques. Laquelle a précisé que le but serait de faire du bureau de poste un fournisseur le plus complet possible de services de proximité aux citoyens. Il s'agirait de contrats commerciaux signés entre des banques X et bpost. Chez bpost, on précise qu'il s'agit bien d'un "projet encore à l'étude". Du côté de Belfius, on nous dit que "le dossier est à l'étude". Chez ING, on se dit "toujours prêts à écouter leurs propositions". Pas de commentaire chez BNPP Fortis, futur actionnaire à 100 % de bpost banque.