Un troisième mariage avorté pour Carrefour, cette fois avec Auchan

Les discussions avec l’Association familiale Mulliez, propriétaire des hypermarchés Auchan, ont duré cinq mois.

C.M. (avec AFP)
Un troisième mariage avorté pour Carrefour, cette fois avec Auchan
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Depuis qu’Alexandre Bompard a pris la tête du groupe de distribution Carrefour, il appelle de tous ses vœux à une plus grande concentration dans le secteur. Si pas mondiale, à tout le moins française.

Ce week-end, pour la troisième fois, une potentielle union s’est brisée. Et même une quatrième fois si on compte que l’un des prétendants a été courtisé deux fois : en 2018, l’approche de Carrefour vers l’enseigne Casino a été vertement rejetée ; en 2019, le même Casino se retrouvant en procédure de sauvegarde, Carrefour y est allé plus franco, proposant, sans succès, un rachat pur et simple aux créanciers.

En janvier de cette année, l'enseigne de supérettes canadiennes Couche-Tard crée la surprise en proposant de racheter Carrefour (20 euros par action, valorisant le groupe à plus de 16 milliards d'euros hors dettes). Une surprise de taille puisque c'est un petit Poucet qui avait des visées sur un géant. Cette fois, c'est le gouvernement français qui a mis son veto à ce rapprochement pourtant qualifié d'"amical" par les deux parties.

Cinq mois de discussions

Pas de quoi casser l’enthousiasme marital de Carrefour puisque très discrètement, dès mai, il se lançait dans des discussions avec le propriétaire des supermarchés Auchan, l’Association familiale Mulliez (AFM, une galaxie de plusieurs centaines de cousins à la tête de nombreuses autres enseignes, comme Decathlon, Jules, Kiabi, Leroy Merlin, Pimkie…).

Si l'on peut supposer que c'est en mai qu'ils ont lancé les premières tentatives d'alliance, c'est que ce week-end, les deux groupes ont mis fin à "cinq mois de discussions", selon l'entourage d'Auchan. Et c'est de Carrefour que l'arrêt est venu, prononcé jeudi 7 octobre par Alexandre Bompard, et confirmé ce week-end par les quotidiens Le Figaro et Les Échos.

"Les conditions étaient trop compliquées", a dit à l'AFP une source proche du dossier. "Jusqu'à jeudi soir, tout était sous contrôle dans le sens où tout le monde travaillait […] et on en était à choisir la date de l'annonce", indique la même source, qui s'étonne : "Donc ils ont été touchés par la Vierge en une nuit, en se disant 'mon Dieu ça fait cinq mois qu'on se fourvoie ?'". Les distributeurs n'ont pas souhaité faire de commentaire.

Plusieurs projets auraient été avancés, l'un d'entre eux prévoyant une prise de contrôle de Carrefour par Auchan, à la suite d'une offre publique d'échange. Les débats se seraient concentrés autour du prix de 21,50 euros par action selon Les Échos (supérieur donc à celle de Couche-Tard), dont plus de 70 % en numéraire et un peu moins de 30 % en actions Auchan. Cette offre aurait valorisé Carrefour à 16,5 milliards d'euros.

Toujours selon les Échos, Alexandre Bompard a rejeté l'offre en raison de la "difficulté à estimer la valeur des actifs d'un groupe familial non coté".