Philippe Donnay (Bureau du Plan) est décédé d'une crise cardiaque

Philippe Donnay (Bureau du Plan) est décédé d'une crise cardiaque
©RUSSILLO MARIE

"J'ai le contre-coup des négociations budgétaires, désolé. Je n'ai pas pu vous rappeler avant et j'ai encore un rapport à lire sur la dette wallonne." Il est 21h ce jeudi soir. Philippe Donnay est au turbin. Il l'a toujours été. Partout où il est passé, il laissera l'image d'un homme consciencieux, soucieux de terminer les - nombreuses - tâches qu'il s'assignait au jour le jour. Le Commissaire au Plan est décédé d'une crise cardiaque ce vendredi 22 octobre au matin à l'âge de 46 ans. Il était Commissaire au Plan depuis le 1er mai 2014. Avant de rejoindre le Bureau fédéral du Plan, il avait travaillé comme macroéconomiste à la Banque Degroof, été chief economist pour la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) avant de passer par le banc politique, dans les rangs centristes (CDH). Joelle Milquet aura été celle qui lui aura mis le pied à l'étrier. "Elle m'a appris énormément de choses, y compris à travailler sur tous les fronts, à se battre pour ce que je considérais comme juste ", disait-il souvent. Il a œuvré à ses côtés dès 2008 comme directeur de cabinet adjoint, puis chef de cabinet (à la cellule de politique générale), alors qu'elle est à l'époque Vice-Première Ministre, Ministre de l’Emploi et de l’Egalité des chances. Fin 2011, il est nommé directeur de cabinet (Cellule de Politique générale & Cellule stratégique Intérieur) de la Vice-Première Ministre et Ministre de l’Intérieur et de l’Egalité des Chances. Ce passage chez Joëlle Milquet avait été vivement encouragé par l’économiste en chef de Degroof, Etienne de Callataÿ qu’il a connu quand il a travaillé pour Degroof à Luxembourg.

En 2014, le défi au Bureau fédéral du Plan est colossal: il s'agit de remplacer Henri Bogaert. Une institution. Une montagne de connaissances techniques. Phiilppe Donnay relève ce défi, défendant bec et ongles une institution fédérale dont il ne cessait de brandir l'indépendance face aux différents exécutifs avec qui il a eu à traiter. Inflexible sur la réalité des chiffres, soucieux de défendre ses ouailles, Philippe Donnay aura tout au long de sa trop brève carrière au Bureau du Plan été soucieux de décortiquer avec beaucoup de pédagogie les principaux mouvements socio-économiques de notre pays. Avec justesse. C'est un secret de polichinelle: il se faisait beaucoup de soucis sur les défis très importants que la Belgique va devoir relever à plus long terme: le financement du vieillissement, dans les domaines des soins de santé et des pensions, et du climat. "Nos finances publiques sont fragiles. Certains ne se rendent pas compte, ou ne veulent pas voir que les déficits actuels ont une incidence néfaste, automatique, sur nos finances publiques, et particulièrement sur notre endettement public", nous disait-il encore il y a quelques jours. Il exécrait donc l'argent "faussement gratuit". Il le disait de plus en plus ouvertement, quitte à s'attirer quelques inimitiés. Il n'en avait cure. Il tenait à « l’intérêt général » comme à la prunelle de ses yeux.

Enjoué, disponible, jovial, l'homme savait aussi abandonner un "boulot très prenant" pour "les choses qui comptent". Ses proches, en premier lieu. Il était ainsi particulièrement heureux d'avoir été rendre visite à sa maman début octobre… "On a beau dire, mais il n’y que cela de vrai, finalement", nous disait-il après une semaine particulièrement chargée. Il aurait tout de même apprécié de savoir que le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD), "en apprenant la nouvelle avec tristesse", rendait hommage à l’homme "connu pour sa verve et sa volonté de faire évoluer positivement notre pays".

Sur le même sujet