Quatre travailleurs sur dix doivent se forment pour garder leur emploi

Pourtant, certains travailleurs ne souhaitent pas participer à la formation continue, comme les personnes faiblement diplômées ou les plus de 55 ans. Ces groupes participent de moins en moins à ce type de formation.

Quatre travailleurs sur dix doivent se forment pour garder leur emploi
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La Libre Eco avec Belga

Quatre travailleurs sur dix ont besoin de nouvelles compétences pour assurer leur maintien en emploi ou une reconversion professionnelle, a fait savoir ce jeudi Steven Vanackere, vice-gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB) et vice-président du Conseil supérieur de l'emploi (CSE). Il présentait lors d'une conférence de presse le dernier rapport du CSE qui porte sur la formation continue des salariés.

Pourtant, "quatre adultes sur dix ne souhaitent pas participer à la formation continue", a souligné Steven Vanackere. "Certains groupes présentent malheureusement des taux de participation à la formation continue plus faibles". En particulier les personnes faiblement diplômées et les plus de 55 ans.

Si le taux de participation de formations continues en Belgique (54 %) est dans la moyenne européenne (52 %), "l'Allemagne, la France et surtout les Pays-Bas (74 %) sont bien au-delà de nos performances", a relevé le vice-président du CSE.

De manière plus précise, au niveau des chiffres, seulement la moitié (54 %) des travailleurs estime "très important" d'être formée dans le cadre de leur emploi actuel. Plus interpellant encore, note le CSE, les pourcentages de ceux qui jugent "important" (43 %) ou "très important" (13 %) de se former pour un autre emploi sont parmi les moins élevés au niveau européen.

"Cela pourrait s'expliquer par la relative stabilité qui caractérise l'emploi dans notre pays. Les travailleurs perçoivent moins le besoin de se former pour un emploi différent de celui occupé", indique le CSE.

Autre raison évoquée : "les bénéfices que retirent les travailleurs de la formation apparaissent relativement limités en termes de progression de carrière et de revenus". Ceux-ci seraient, d'après le CSE, principalement liés à la possibilité d'utiliser les compétences nouvellement acquises sur leur lieu de travail. Cela semble pourtant être moins fréquemment le cas en Belgique puisque 77 % des travailleurs disent utiliser les compétences acquises dans leur milieu professionnel, soit un pourcentage qui place la Belgique en avant-dernière place au niveau européen.

La Belgique peut encore s'améliorer

Pour Steven Vanackere, la Belgique doit intensifier ses efforts car les besoins en compétences ne sont pas suffisamment satisfaits, ce qui freine les possibilités de croissance de l'économie. Le vice-gouverneur de la BNB a illustré ses propos avec la situation dans le secteur des TIC (technologies de l'information et de la communication) où la Belgique est le pays européen qui a compté, proportionnellement et en 2020, le plus d'entreprises ayant eu des postes vacants difficiles à pourvoir.

En revanche, sur une note plus positive, le Conseil constate que la très grande majorité (84 %) des entreprises contribue à la formation de ses travailleurs, "c'est davantage que la moyenne de l'UE et pas loin des meilleurs". Si certains secteurs sont en retrait (horeca, commerce de détail, ...), d'autres sont à la pointe (services financiers, transport et logistique, ...). En moyenne, au plus une firme est grande, au plus la formation proposée aux employés est intense. Le CSE montre également que les investissements en formation ont un impact positif sur la productivité et sur les salaires alors que l'effet sur la productivité prévaut.

En outre, les travailleurs mieux formés sont aussi plus productifs et plus employables, ce qui réduit leur risque de chômage (en tout cas de durée de chômage) et d'inactivité, indique le rapport. Un ciblage spécifique sur certains groupes sous-représentés est d'autant plus pertinent pour le CSE que ce sont aussi ceux dont l'employabilité est la plus à risque.

Relever le taux d'emploi

La Belgique entend par ailleurs prendre sa part dans la réalisation de l'objectif de l'UE pour qu'en 2030, 6 européens sur 10, âgés de 25 à 64 ans, bénéficient d'une formation continue, souligne le CSE. "Ce sera une contribution essentielle au relèvement à 80 % du taux d'emploi auquel s'est engagé le gouvernement".

Enfin, le Conseil a également formulé quatre recommandations principales : améliorer la coordination et rationaliser le système de formation continue ; mieux aligner l'offre de formation sur les besoins du marché du travail; encourager la participation, en particulier pour les groupes sous-représentés et enfin renforcer l'outil statistique pour évaluer la politique de formation.

Pour Steven Vanackere, "tout le monde doit se conscientiser pour améliorer la situation" (formateurs, employeurs, employés, pouvoirs publics, etc.) concernant la formation continue. "On doit être plus positif sur les plaisirs d'apprendre", a-t-il conclu.

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