Entrepreneurs en transition #15 : l'économie collaborative des Deliveroo, Uber et autres AirBnb, avec ou sans partage ?

Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l’Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l’UCLouvain et à l’UNamur.

Roald Sieberath
Entrepreneurs en transition #15 : l'économie collaborative des Deliveroo, Uber et autres AirBnb, avec ou sans partage ?
©D.R.

Libre Eco week-end |

L’actualité autour du statut des coursiers Deliveroo (employés ou indépendants ?) nous remet sur la table une occasion de discuter de cette fameuse "économie du partage".

Je préfère ne pas commenter le cas d’espèce directement, mais réfléchir, avec une vue plus large, sur ce que ce genre d’entreprises questionne quant à nos structures et habitudes.

L’apparition de ce type de plateformes, il y a environ dix ans déjà, séduisait par certains aspects : une meilleure utilisation de ressources "dormantes" dans la société, une occasion d’arrondir ses fins de mois pour certains, une nouvelle offre de services pour un large public…

Dans une pure logique de marché, l'offre a rencontré une vive demande : si les utilisateurs ont employé massivement AirBnb, c'est bien parce que cela rencontrait une demande, de logements moins chers, plus proches des gens et plus authentiques. Ce succès vaut cette tirade du CEO et fondateur Brian Chesky en 2014 : "Marriott compte se doter de 30 000 chambres supplémentaires l'année prochaine. Nous allons faire la même chose en 15 jours."

Cette nouvelle façon de faire bouger l'économie a été rapidement baptisée sharing economy ou "économie collaborative", parce qu'elle donne l'impression d'inviter autour de la table toutes sortes de nouveaux acteurs. Mais après plusieurs années, on doit réaliser que ces habits neufs de l'économie craquent aux coutures. Ces entreprises restent intensément capitalistiques : 6 milliards de dollars ont été levés au total par AirBnb ; 25 milliards par Uber, qui a une ambition hégémonique de prendre une place importante dans les transports de tous les pays du globe… Où est le "partage" ? De certaines ressources peut-être, mais certainement pas de la propriété ou de la gouvernance.

Généralement, elle s'insère dans un no man's land juridique : le statut fiscal ou social des acteurs est au mieux dans une zone grise. En Belgique, nous avons clarifié, en 2016, le statut fiscal de ces travailleurs de l'économie du partage (via un prélèvement par les opérateurs de plateformes agréés)… jusqu'à un plafond de 5 000 euros. Ceci convient bien aux jobs occasionnels, aux étudiants… mais absolument pas à ceux qui voudraient en faire un véritable travail.

L'apparition des plateformes autonomes et décentralisées permises par la crypto (DAO pour Decentralized Autonomous Organisations) va certainement dans le sens d'une propriété et gouvernance bien plus partagée. Mais aussi vers de nouvelles tensions avec la logique légale et fiscale du système actuel.