Avec la fin de son OPA, Veolia est sur le point d'engloutir son concurrent historique Suez

Les actionnaires de Suez ont jusqu'à vendredi soir pour apporter leurs titres à Veolia, qui après 18 mois d'offensive s'apprête à prendre les clés du groupe rival et à créer un mastodonte de l'eau et des déchets. La publication des résultats définitifs de l'offre publique d'achat (OPA) est attendue lundi.

Présent à travers le monde, le groupe d'Antoine Frérot veut être "le champion de la transformation écologique".
Présent à travers le monde, le groupe d'Antoine Frérot veut être "le champion de la transformation écologique". ©AFP
La Libre Eco avec AFP

Veolia, qui a franchi un à un les obstacles et fini par vaincre la résistance de Suez, affiche sa confiance dans la dernière ligne droite: le 18 janvier sera le "day one", le jour où il réglera l'OPA et s'emparera du vieil ennemi de 150 ans.

Le groupe détient déjà près du tiers du capital. Il a fait les comptes, beaucoup communiqué, et ne doute pas d'un succès, avec une offre à 20,50 euros l'action (19,85 en retirant le dividende versé). Et ce même si une réouverture d'OPA n'est pas exclue pour les retardataires. Au-delà de 90 % d'actions, il pourra aussi demander un "retrait obligatoire" pour récupérer les derniers titres.

Xavier Regnard, analyste chez Bryan Garnier, n'a "aucun doute" non plus sur le rachat : "le prix est attractif, le cours de Suez n'a jamais été à ces niveaux.Le gros de la bataille est passé. 2022 sera une année de transition pour intégrer le groupe."

Devenir "le champion de la transformation écologique"

Pour le numéro un mondial du secteur, c'est une opération globale à 13 milliards d'euros. Son financement est prévu par une augmentation de capital de 2,5 milliards, de la dette hybride mais aussi la revente de 40 % de Suez à de nouveaux actionnaires. Veolia récupère la dette de Suez, mais garde sa capacité d'investissement et maîtrise son endettement, assure sa direction.

En absorbant quelque 60 % de Suez, il verra son chiffre d'affaires passer de 27 à 37 milliards d'euros, ses effectifs de 180 000 à 230 000, une croissance surtout axée sur l'étranger.

Présent à travers le monde, le groupe d'Antoine Frérot veut être "le champion de la transformation écologique", développant, outre les marchés publics de l'eau et des déchets, celui des clients industriels, le traitement des déchets toxiques, les recyclages complexes, l'efficacité énergétique...

Ce rêve d'union entre l'ex-Lyonnaise des Eaux et l'ex-Générale des eaux, Suez et Veolia s'en étaient approchés en 2006, puis en 2012, en vain.

Cette fois, tout commença fin août 2020 par un assaut surprise, avec le rachat par Veolia de 29,9 % de Suez auprès de l'énergéticien Engie. S'en suivit une violente bataille entre les deux rivaux, au tribunal, dans les médias, les ministères... jusqu'à ce que l'affaire se règle en avril, après la médiation secrète menée par un ancien patron de GDF Suez.

Un nouveau Suez qui ne rassure pas les employés

Aux termes de cet accord, Veolia releva son offre. Ne pouvant garder tout Suez pour des questions de concurrence, il accepta aussi de rétrocéder la quasi intégralité des actifs français, plus quelques activités à l'étranger, à un consortium de nouveaux repreneurs chargé de maintenir et développer un Suez indépendant.

Ce transfert de titres, créant un "nouveau Suez", pourrait avoir lieu dès la fin janvier, indique-t-on chez Veolia. En seront propriétaires les fonds français Meridiam et américain GIP, à 39 % chacun, aux côtés de la Caisse des dépôts/CNP Assurances.

A l'arrivée, ce futur Suez, retiré de la Bourse, représentera près de 7 milliards d'euros d'activité, dont 5 en Europe (surtout France), contre 17 jusqu'ici.

Il passera à 40 000 collaborateurs. En France, la plupart resteront Suez, une minorité rejoignant Veolia (notamment près de 300 salariés du siège de la Défense). Veolia s'est engagé à maintenir l'emploi pendant 4 ans, le consortium 5 ans.

Mais avant la clôture de l'OPA, les syndicats disent la préoccupation des personnels, notamment sur le sort du futur Suez.

Une directrice générale a été nommée, Sabrina Soussan, passée par Siemens.

"On est dans le flou artistique", dit Jérémy Chauveau, de l'union CFDT-CGT-CFTC. "Il faut que la DG présente son plan pour remettre Suez sur les rails, et que la séparation se fasse proprement et vite. On a encore des questions. Arrêtons le supplice chinois, c'est usant".

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