2 millions d'euros pour sauver un enfant en une dose: le prix du médicament le plus cher du monde, désormais remboursé, est-il justifié?

L'association de consommateurs Test Achats a décidé de porter plainte contre le médicament à 2 millions d’euros développé par le groupe suisse Novartis.

Le Zolgensma est commercialisé par la firme pharmaceutique suisse Novartis. En Belgique, il est remboursé depuis décembre 2021.
Le Zolgensma est commercialisé par la firme pharmaceutique suisse Novartis. En Belgique, il est remboursé depuis décembre 2021. ©Shutterstock
A. Msc.

Le Zolgensma, connu comme le médicament le plus cher du monde et qui avait fait parler de lui en 2019 avec le cas de la petite Pia , désormais sauvée, est remis sur le devant de la scène. Coûtant deux millions d'euros pour un traitement a priori unique afin de soigner l'amyotrophie spinale (SMA), le médicament est désormais remboursé en Belgique depuis le mois de décembre.

Mais pour Test Achats, qui a décidé de porter plainte, le prix n'est pas justifié.

"La forme la plus fréquente de cette maladie rare touche les très jeunes enfants et son issue est fatale en l'absence de traitement. Le prix demandé par Novartis est de près de 2 millions d'euros, ce qui en fait le médicament le plus cher au monde. La propension des firmes pharmaceutiques à demander des prix exorbitants pour leurs médicaments 'innovants' augmente chaque fois un peu plus. Pourtant, de tels prix hypothèquent tout le système de santé qui n'est plus en mesure de rembourser de tels prix et doit faire des choix douloureux. C'est ce qui a motivé Test Achats à porter plainte auprès de l'Autorité de la concurrence pour abus de position dominante", déclare l'association de consommateurs.

"Les petits patients fabriquent trop peu d'une protéine particulière, parce qu'il leur manque un petit bout d'ADN. Cela entraîne progressivement la mort des cellules nerveuses dans la moelle épinière et la paralysie de tous les muscles, empêchant ainsi de s'asseoir, marcher, manger et même respirer. Jusqu'à récemment, il n'existait aucun traitement",avance Test Achats.

Jusqu'à présent, seule la firme Biogen commercialisait un traitement, le premier, le Spinraza. Un traitement qui nécessite plusieurs injections pour un coût à hauteur de 265 000 euros par an. "C'est la position dominante de Biogen qui lui a permis de pratiquer un tel prix, car il n'existait pas d'autre alternative pour assurer une meilleure et plus longue existence des petites victimes de la SMA, ce que cette firme ne savait que trop bien. Test Achats avait déjà déposé plainte auprès de l'Autorité de la concurrence contre cette firme pour abus de position dominante", explique encore Test Achats.

Quelques années après l'arrivée du Spinraza, le Zolgensma a permis d'améliorer l'efficacité du traitement ainsi que l'espérance de vie des malades. Les enfants peuvent par exemple respirer de manière indépendante. "Certains parviennent même à marcher seuls. Mais on n'en connaît pas encore les effets à long terme. Le traitement est moins invasif qu'avec le Spinraza, et c'est en théorie un traitement unique, ce qui en fait un traitement privilégié chez les tout jeunes enfants. Pour fixer son prix, Novartis a suivi la tendance donnée par le Spinraza", précise l'association.

Développement, rachat à 8,7 milliards dollars... ou abus de monopole ?

Du côté de Novartis, on avance parfois que le prix n'est pas fixé par les laboratoires ou encore que le montant n'est pas si élevé par rapport aux autres traitements ou prises en charge, très coûteux à long terme. Ici, il s'agirait d'une seule injection permettant de sortir, a priori, l'enfant d'affaire. Ce qui, selon la firme pharma suisse, justifierait donc son prix. De plus, Novartis avait racheté le laboratoire américain AveXis 8,7 milliards de dollars pour mettre la main sur ce traitement, destiné à soigner relativement peu de personnes. Mais le prix est-il néanmoins cynique ? Et la Belgique devrait-elle payer aussi cher pour ce traitement désormais remboursé ?

"Les firmes pharmaceutiques qui demandent des prix exorbitants pour leurs médicaments clament sur tous les tons que les montants faramineux réclamés pour leurs médicaments sont justifiés par des coûts de recherche et de développement très élevés. Etant donné l'absence totale de transparence au sujet des chiffres concernant le Zolgensma, Test Achats a fait le calcul elle-même. L'organisation estime le coût de développement du Zolgensma à 512 millions d'euros, un montant récupéré après un an déjà. Moins de deux ans et demi après la commercialisation du Zolgensma, Novartis avait déjà encaissé près de quatre fois cette somme. Sachant qu'un nouveau médicament est protégé en moyenne pendant 13 ans par son brevet, il y a donc pas mal de bénéfices en perspective. Il faut également prendre en considération que le développement de ce médicament a été financé de façon importante par des fonds publics américains, et donc par les contribuables", tranche Test Achats.

"Fort heureusement, la Belgique a négocié avec quelques autres pays, dans le cadre de l'initiative Beneluxa, une réduction pour ce médicament, afin de pouvoir accorder un remboursement temporaire, mais cette réduction reste secrète. Test Achats soupçonne néanmoins que le prix final est encore beaucoup trop élevé", lance encore Test Achats, qui estime que Novartis abuse de sa position monopolistique.

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