Contentieux sur l'A350: Airbus et Qatar Airways se rendent coup pour coup

Ils se rendent coup pour coup: Qatar Airways, qui reproche à Airbus des défauts sur ses A350, a cloué un appareil supplémentaire au sol, l'avionneur européen accusant de son côté la compagnie de mauvaise foi.

Contentieux sur l'A350: Airbus et Qatar Airways se rendent coup pour coup
©AP

Loin des négociations d'habitude secrètes entre un fournisseur et son client, le litige, qui a pris une tournure judiciaire, s'étale sur la place publique et vire à la guerre de tranchées.

La compagnie qatarie a annoncé lundi que l'Autorité de l'aviation civile du Qatar (QCAA) avait cloué au sol un 22e appareil sur les 53 gros porteurs A350 qu'elle possède, en raison d'une dégradation de la surface des fuselages.

"Cette décision a été prise car tous ces appareils ont subi des dommages résultant de la dégradation accélérée des surfaces de l'A350 qui dépassent les seuils fixés par Airbus", justifie la compagnie dans un communiqué.

"La QCAA n'autorisera pas la remise en service de ces appareils tant qu'une analyse complète et concluante des causes profondes n'aura pas été réalisée", ajoute la compagnie du Golfe.

L'avionneur estime de son côté avoir bel et bien mené une "analyse complète" de ces causes dans un rapport de 288 pages remis en septembre, explique-t-il dans un mémoire en défense remis au juge britannique et dont l'AFP a pris connaissance.

Il reconnaît une dégradation de la peinture pouvant exposer un filet métallique intégré au fuselage en matériaux composites destiné à protéger l'avion en cas de frappe d'éclair, sans que cela n'affecte la sécurité en vol.

Le 1er octobre, l'EASA, l'Agence européenne de la sécurité aérienne, qui a certifié l'A350, écrivait à son homologue qatarie qu'elle n'avait "pu identifier une condition dangereuse potentielle qui affecterait la sécurité" des A350, rappelle également Airbus.

Devant la Haute cour de Londres, Qatar Airways réclame à l'avionneur une indemnisation de 618 millions de dollars, assortie d'une pénalité de plus de 4 millions par jour supplémentaire d'immobilisation.

Solution amiable

Dans son mémoire en défense, Airbus accuse en retour le transporteur du Golfe, l'un de ses principaux clients, d'agir de mauvaise foi.

"Il est actuellement dans l'intérêt économique de QTR (Qatar Airways, ndlr) --notamment en raison de l'impact de la pandémie de Covid-19 sur ses activités-- que les avions soient immobilisés au sol et qu'il cherche à obtenir une compensation d'Airbus (...) plutôt que de maintenir ces avions en vol", écrit-il.

Le trafic long courrier est le plus touché par les restrictions de circulation et ne devrait retrouver son niveau d'avant la pandémie qu'en 2025, avance-t-on dans le secteur.

L'avionneur européen s'interroge également sur une éventuelle collusion entre la compagnie et le régulateur "dans le but de tenter d'améliorer la position commerciale de QTR face à Airbus".

D'autres A350 de Qatar Airways ou d'autres compagnies présentant des dégradations de fuselage similaires continuent de voler dans le ciel qatari, sans que le régulateur national n'ait retiré leur autorisation de voler, remarque-t-il.

"Airbus défendra sa réputation et celle de l'A350 face aux demandes injustifiées de Qatar Airways", indique l'avionneur, précisant rester "attaché à trouver une solution amiable".

Le compagnie affirme elle n'avoir pas "connaissance d'un quelconque effort de la part d'Airbus pour tenter de résoudre la situation à l'amiable".

De fait, le conflit s'envenime. Face au refus de la compagnie de prendre livraison en fin d'année de deux A350, ce qui contraindra à de coûteuses modifications pour les revendre à d'autres clients potentiels selon Airbus, l'avionneur a annulé une commande de 50 A321 par la compagnie.

Qatar Airways a obtenu du juge britannique que les effets de l'annulation du contrat soient suspendus jusqu'à une nouvelle audience prévue le 6 avril.

"Si le juge donne raison à Airbus, alors Airbus construira les avions pour d'autres clients avec des spécifications différentes. Cela a un coût et Airbus demandera des dédommagements à Qatar Airways", estime une source proche du dossier.

Dans le dossier A350, une nouvelle audience procédurale aura lieu le 26 avril. Celle-ci devrait fixer le calendrier jusqu'au procès qui ne devrait pas se tenir avant l'an prochain, selon cette source. De quoi laisser encore du temps pour un accord amiable.