Les entreprises continuent à se retirer de Moscou pour l'isoler de la scène internationale

Parmi elles : le constructeur automobile britannique Jaguar Land Rover et le géant danois du transport maritime Maersk. Le géant français de l'énergie TotalEnergies a lui annoncé arrêter de financer de nouveaux projets en Russie.

La Libre Eco avec Belga et AFP
Le géant danois du transport maritime Maersk a annoncé la suspension des nouvelles commandes depuis et à destination des ports russes, hors denrées alimentaires, médicales et humanitaires.
Le géant danois du transport maritime Maersk a annoncé la suspension des nouvelles commandes depuis et à destination des ports russes, hors denrées alimentaires, médicales et humanitaires. ©BELGA

Les entreprises continuent de suspendre leurs activités en Russie, du fait des sanctions internationales prises après l'invasion russe de l'Ukraine.

"Le monde des affaires construit une forteresse pour isoler la Russie de la communauté internationale", commente Susannah Streeter, analyste pour Hargreaves Lansdown. Les entreprises du monde entier répondent à la Russie "en gelant les transactions avec Moscou et en abandonnant des investissements financiers valant des milliards".

Géants du divertissement

Les géants du divertissement Disney, WarnerMedia et Sony Pictures ont suspendu la sortie de leurs films dans les salles de cinéma en Russie, dont le dernier Batman, imitant ainsi d'autres entreprises ayant choisi de se désengager, temporairement ou non, du pays.

"Compte tenu de l'invasion (...) de l'Ukraine et de la crise humanitaire tragique, nous suspendons la sortie de films en salle en Russie, y compris le prochain Alerte rouge de Pixar", a annoncé Disney dans un communiqué lundi. "Nous prendrons des décisions commerciales futures en fonction de l'évolution de la situation". En attendant, Disney affirme travailler avec des ONG pour fournir une aide d'urgence et d'autres formes d'assistance humanitaire aux réfugiés.

Autre grand studio américain, WarnerMedia a aussi indiqué qu'au vu de la crise en Ukraine, il allait "mettre sur pause" la sortie de la dernière version de Batman en Russie. Le groupe "continue de surveiller l'évolution de la situation", selon un message transmis à l'AFP.

Sony Pictures, filiale du groupe japonais Sony, a pour sa part annoncé qu'il suspendait le lancement de ses films dans les salles en Russie, dont celui de "Morbius", sa nouvelle superproduction dans l'univers des super-héros. Sony Pictures a justifié dans un communiqué sa décision par "l'action militaire qui perdure en Ukraine, l'incertitude qui en résulte et la crise humanitaire déclenchée dans cette région". "Nos pensées et nos prières vont à tous ceux qui sont affectés et nous espérons que cette crise sera résolue rapidement", a ajouté Sony Pictures.

D'autres multinationales ont pris leurs distances avec la Russie depuis son invasion de l'Ukraine. Facebook, Twitter et Microsoft ont ainsi pris des mesures lundi pour limiter la diffusion d'informations émanant d'organes de presse affiliés au gouvernement russe.

CMA CGM

L'armateur français CMA CGM a annoncé mardi la suspension des nouvelles commandes en provenance et à destination des ports russes.

"Dans un souci de sécurité, le groupe a décidé de suspendre tous les bookings au départ et à destination de la Russie à partir d'aujourd'hui et jusqu'à nouvel ordre", a écrit CMA CGM dans une note à ses clients, emboîtant le pas à ses principaux concurrents Maersk et MSC.

Adidas

Le géant mondial de l'équipement sportif Adidas a annoncé ce mardi avoir suspendu son partenariat avec la Fédération russe de football.

"Adidas suspend avec effet immédiat son partenariat avec la Fédération russe de football", a déclaré un porte-parole de l'entreprise, qui a réalisé en 2020 2,9 % de son chiffre d'affaire dans la région Russie, Ukraine et CEI.

Deutsche Post DHL

Le service allemand de distribution de courrier et de colis Deutsche Post DHL a suspendu ses services vers la Russie, a annoncé la société sur son site web. Elle n'accepterait plus d'envois vers la Russie "jusqu'à nouvel ordre". La société de logistique avait déjà déclaré dimanche dernier qu'elle suspendait temporairement tous ses services de livraison à destination et au départ de l'Ukraine et, par conséquent, qu'elle n'acceptait pas les expéditions de DHL à destination et au départ du pays.

"Pour le moment, notre principale préoccupation est la sécurité de nos employés en Ukraine, et nous avons conseillé à tous nos employés de rester dans un endroit sûr. Par conséquent, les bureaux et les opérations en Ukraine ont été fermés jusqu'à nouvel ordre", a déclaré la société, ajoutant qu'elle suivait la situation de près.

Les concurrents américains UPS et FedEx ont également suspendu dimanche leurs services de livraison vers la Russie et l'Ukraine en raison de l'invasion russe de l'Ukraine.

Jaguar Land Rover

Le constructeur automobile britannique Jaguar Land Rover (JLR) a également annoncé la suspension de ses livraisons de véhicules en Russie, invoquant les difficultés commerciales dans un pays qui voit se multiplier les sanctions occidentales sur son économie.

"Nous suspendons la livraison de véhicules sur le marché russe", a annoncé JLR, qui appartient au groupe indien Tata, dans un communiqué transmis à l'AFP, pointant "les défis commerciaux" posés par le contexte mondial actuel.

MSC Mediterranean Shipping

Pour sa part, l'armateur MSC Mediterranean Shipping Company suspend temporairement les réservations pour les cargaisons vers la Russie, annonce-t-il mardi. Cette suspension entre en vigueur avec "effet immédiat", indique dans un communiqué le groupe dont le siège social se trouve à Genève.

Elle concerne toutes les cargaisons au départ et en direction de la Russie, précise le groupe spécialisé dans le transport de conteneurs, aussi bien sur la Mer Baltique, la Mer Noire que l'extrême est de la Russie. L'entreprise continuera cependant d'accepter les ordres pour les livraisons de biens essentiels tels que la nourriture, les équipements médicaux et les biens humanitaires.

Le groupe va contacter si nécessaire les clients directement concernés pour les cargaisons déjà actuellement en transit.

Maersk

De son côté, le géant danois du transport maritime Maersk a annoncé ce mardi la suspension des nouvelles commandes depuis et à destination des ports russes, hors denrées alimentaires, médicales et humanitaires.

Le groupe, qui se dispute la première place mondiale du transport de conteneurs avec l'italien MSC, va toutefois honorer les commandes passées jusqu'ici, tout en respectant les sanctions visant Moscou, indique-t-il dans un communiqué.

"La stabilité et la sécurité de nos opérations étant déjà directement et indirectement affectées par les sanctions, les nouvelles réservations de Maersk dans le secteur maritime et terrestre à destination et en provenance de la Russie seront temporairement suspendues, à l'exception des denrées alimentaires, médicales et humanitaires", écrit le groupe.

La suspension s'applique à tous les ports russes et concerne également le transport routier, précise Maersk.

"Notre priorité est de gérer au mieux et de livrer toutes les commandes placées jusqu'à cette annonce, dans le respect des sanctions imposées", souligne le groupe danois.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé mardi à interdire la Russie de "tous les ports" et "aéroports du monde".

Maersk avait déjà arrêté tout transport en Ukraine à cause de la situation sécuritaire.

TotalEnergies

Par ailleurs, le géant français de l'énergie TotalEnergies a également annoncé qu'"il n'apportera plus de capital à de nouveaux projets en Russie", sans pour autant se retirer des projets dans lesquels il est actuellement investi, selon une déclaration transmise à l'AFP. Le groupe réalise en Russie 3 à 5% de ses revenus totaux, avait indiqué il y a quelques jours son PDG Patrick Pouyanné.

TotalEnergies est actionnaire à 19,4 % du géant du gaz russe Novatek et détient une participation de 20 % dans Yamal LNG, un projet qui a démarré fin 2017 et qui a produit plus de 18 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) en 2020. Le groupe détient également une participation de 10 % dans Arctic LNG 2, un projet dont la première livraison de GNL est prévue pour 2023.

En Russie, TotalEnergies est aussi impliqué à hauteur de 10 % dans un autre projet GNL dans le nord du pays, composé de trois "trains" (ensemble des unités d'une usine assurant le traitement et la liquéfaction du gaz, NDLR), dont le premier doit alimenter les marchés internationaux en 2023.

Dans sa déclaration mardi, TotalEnergies dit "approuver l'étendue et la force des sanctions mises en place par l'Europe et les mettra en oeuvre quelles que soient les conséquences (en cours d'évaluation) sur la gestion de ses actifs en Russie". Le groupe indique qu'il "n'apportera plus de capital à de nouveaux projets en Russie".

TotalEnergies indique "condamner l'agression militaire de la Russie envers l'Ukraine qui a des conséquences tragiques pour les populations et menace l'Europe" et "exprime sa solidarité envers la population ukrainienne qui en subit les conséquences et envers la population russe qui en subira également les conséquences".

Le groupe dit "se mobiliser pour fournir du carburant aux autorités ukrainiennes et de l'aide aux réfugiés ukrainiens en Europe".

En 2020, la Russie avait représenté 16,6 % de la production annuelle de liquides et de gaz naturel de TotalEnergies, selon son document de référence 2020.

Autres retraits

Le géant britannique des hydrocarbures Shell a annoncé se séparer de ses parts dans plusieurs projets communs avec le groupe russe Gazprom en Russie, suivant l'exemple de son compatriote BP qui se désengage du géant russe Rosneft.

Le Premier ministre Justin Trudeau a également déclaré lundi que le Canada allait interdire toute importation de pétrole brut russe, "bien que celles-ci soient très limitées par rapport à l'appétit de l'Europe pour le brut et le gaz naturel russe", poursuit l'analyste.

"Les craintes que la Russie ne riposte en utilisant ses exportations d'énergie comme une arme maintiennent les prix du pétrole et du gaz à un niveau élevé", affirme Susannah Streeter.

La Russie est le deuxième plus grand exportateur de pétrole brut au monde et représente plus de 40 % des importations annuelles de gaz naturel de l'Union européenne.

"La question des sanctions directes sur les exportations de pétrole et de gaz de la Russie est une question de temps et non de probabilité", estime Neil Wilson, analyste pour Markets.com.

Vers 10H30, le TTF (Title Transfer Facility) néerlandais, marché de référence du gaz naturel en Europe, prenait environ 10 % et se négociait à 108,495 euros le mégawattheure (MWh).